6 – Justifier la prise de pouvoir du monde des affaires états-unien : l’influence du Manifeste de Lewis F. Powell Jr.

Le Parti Républicain des années 1970 trouva ainsi, dans les thèmes véhiculés par des chercheurs bien décidés à gagner « la guerre des idées », le moyen de justifier scientifiquement, mais aussi idéologiquement, tant à l’intérieur des frontières qu’à l’extérieur, une « révolution conservatrice » dont le libellé finit d’ailleurs, dans son volet économique, par s’identifier au nom de son leader et futur Président (Reaganomics). Le retour aux sources se fit donc en s’appuyant sur les mythes fondateurs de l’espace politique et culturel nord-américain[1], mais aussi en jouant sur la crise domestique profonde traversée par les États-Unis.

Les conservateurs, organisés en réseaux étroitement maillés par des activistes particulièrement actifs, allaient pouvoir exploiter cette situation privilégiée, notamment grâce aux moyens financiers mis à leur disposition, sur le très long terme, par une partie du monde des affaires. Confrontés, en effet, par les mouvements de gauche, à une remise en cause du capitalisme, des représentants des milieux économiques décidèrent, toute tendance politique confondue, qu’il était temps d’organiser une riposte à la mesure du danger perçu.

L’un des premiers à le faire fut Lewis F. Powell Jr[2], un éminent avocat Démocrate de Richmond (VA), membre du conseil d’administrations de onze entreprises. Son intervention fut si déterminante dans l’organisation de nombre de firmes en réseaux de soutien à la cause conservatrice (et tellement révélatrice de la perception que leurs responsables avaient de la gravité de la situation domestique), qu’il importe d’en livrer ici le détail.

Le 23 août 1971, Lewis Powell, qui, deux mois plus tard, devait être nommé par le président Nixon « Associate Justice » à la Cour Suprême, rédigea un manifeste « confidentiel » de 5 000 mots à l’attention de son ami Eugène Sydnor, alors directeur du « Education Committee » de la « United States Chamber of Commerce ». Intitulé « Confidential Memorandum : Attack on the American Free Enterprise System [3]« , le propos était résolument alarmiste. Trois thèmes étaient abordés : les « dimensions », « les sources » et « le ton » bien particuliers de « l’attaque ».

Concernant les deux premiers thèmes, on pouvait lire, en introduction : « Aucune personne sensée peut aujourd’hui mettre en doute le fait que le système économique américain subit une attaque d’envergure. Ses manifestations diffèrent en intensité, mais aussi dans les techniques employées et le niveau de visibilité ». Le sentiment d’une menace à prendre particulièrement au sérieux, était illustré par l’analyse qui suivait : « Les motifs de notre préoccupation sont inédits dans l’histoire de l’Amérique. Nous n’avons pas affaire à des attaques sporadiques ou isolées de la part de quelques extrémistes ou même d’une minorité de cadres socialistes. Non, l’assaut contre notre système de libre entreprise est massif et poursuivi de façon systématique. Il ne cesse de prendre de l’ampleur ». Powell passait alors à l’indentification des auteurs de ces attaques : « Sans surprise, des communistes, des partisans de la nouvelle gauche et des révolutionnaires prêts à détruire notre système politique et économique. »

Toutefois, des éléments nouveaux l’inquiétaient particulièrement. Ce n’était pas le fait que les perturbateurs fussent plus nombreux, disposassent de ressources financières plus conséquentes ou fussent de mieux en mieux acceptés dans la société américaine, car, dans la réalité, écrivait Powell, ils demeuraient toujours minoritaires. Le phénomène alarmant, selon lui, était lié à plusieurs observations. Tout d’abord, ces « minoritaires » trouvaient des relais, en la personne d’autres « minoritaires », installés dans des lieux institutionnels qui étaient autant de piliers essentiels de la société américaine : campus universitaires, églises, médias, revues intellectuelles, milieux des arts et des sciences, monde politique. Ensuite, leurs représentants étaient, dans ces lieux, ceux qui écrivaient et savaient s’exprimer le mieux, et ceux qui étaient les plus prolifiques dans leurs déclarations écrites et orales. Enfin, la plupart des médias, et en particulier, la télévision, leur accordait volontairement une couverture unique, participant ainsi au formatage de la pensée, des attitudes, et des émotions de la population.

Il y avait pourtant pire. Powell dénonçait en effet ce qu’il appelait « l’un des paradoxes les plus étonnants de notre époque », à savoir « le degré auquel le système de la libre entreprise tolère de se voir détruire, lorsqu’il ne participe pas lui-même à sa propre destruction ». Il rappelait alors au monde des affaires, quelques vérités qui lui paraissaient essentielles : « les campus desquels émane la révolte sont soutenus financièrement (i) par les recettes d’impôts en provenance des entreprises américaines et (ii) par des contributions accordées par des fonds d’investissement créés et contrôlés par le monde des affaires. De plus, les conseils d’administration des universités sont en majorité composés d’hommes et de femmes aux commandes de l’économie. Et la plupart des médias, parmi lesquels les systèmes nationaux de télévision, appartiennent à des entreprises privées qui théoriquement les contrôlent. Le sort de ces réseaux est donc directement lié au niveau de profit réalisé par ces entreprises et le système économique dont elles sont issues ».

Le dernier thème du « Powell Memorandum », intitulé « Tone of the Attack », illustrait, à l’aide d’exemples précis, la gravité des assauts sur le système capitaliste. Plusieurs points étaient passés en revue, puis des solutions formulées pour y remédier.

Le premier point consistait à citer un avocat américain, présenté comme l’un des juristes les plus admirés par les étudiants américains, dont les paroles confirmaient la gravité de la situation sur les campus : « Vous devez apprendre à vous battre dans les rues, à vous révolter, à utiliser des armes de poing. Nous apprendrons à faire tout ce que craignent les représentants de la classe possédante ». Venait ensuite une description des actes de violence commis par les révolutionnaires de la nouvelle gauche à l’encontre d’établissements bancaires (piliers du système capitaliste), qui illustraient, par là même, la réalité du propos précédent : « Depuis février 1970, des agences de la Bank of America ont été la cible d’attentats à 39 reprises, 22 fois à l’aide d’explosifs et 17 fois avec des cocktails Molotov ou par des pyromanes ». Powell finissait d’enfoncer le clou, en citant un passage d’un éditorial du magazine Newsweek, commis par le journaliste Stewart Alsop, en mai 1970, sous le titre : « Yale and the Deadly Danger ». Ce dernier écrivait : « Yale, comme le reste des universités d’élite du pays est en train de diplômer des quantités de jeunes éléments brillants qui sont des adeptes de ‘la politique du désespoir’. Ces jeunes méprisent le système politique et économique des États-Unis… Leurs esprits semblent totalement hermétiques. Ils existent, non pas en mobilisant les ressorts d’un argumentaire rationnel, mais à travers des slogans tout faits ». Quelques références universitaires suivaient, destinées à confirmer la forme particulière du mal à traiter. Un professeur britannique, rappelait Lewis Powell, avait été invité par l’Université Rockford pour faire une série d’interventions sur le thème suivant : « The Ideological War against Western Society ». Il y avait expliqué la gravité de la menace que représentait, selon lui, la guerre idéologique menée par des membres de la communauté intellectuelle contre le système de la libre entreprise et les valeurs des sociétés occidentales. Ces propos, précisait Powell, avaient été confirmés par le Dr. Milton Friedman de l’Université de Chicago qui, dans une introduction à l’une des interventions de l’enseignant britannique, avait déclaré : « Il est tout à fait clair que les fondements mêmes de notre société libre font l’objet d’une attaque d’envergure – non pas par des communistes ou d’autres conspirateurs, mais par des individus égarés qui se singent les uns les autres et servent, sans le vouloir, des intérêts qu’ils refuseraient de promouvoir intentionnellement s’ils avaient conscience de leur véritable nature ».

Venaient, à la suite de ces exemples, l’énoncé d’un ensemble de solutions destinées à organiser le monde des affaires contre cette offensive.

Pour reprendre le contrôle de la situation, Lewis Powell proposait de s’appuyer sur des organisations comme la Chambre Nationale de Commerce. Comme il l’écrivait, « le rôle de la Chambre nationale de Commerce est vital ». « Celle-ci occupe une position stratégique, possède une bonne réputation, et une base de soutien large. Également, et c’est là un atout qui n’a pas de prix, il existe des centaines de Chambres de Commerce locales qui peuvent jouer un rôle d’appui efficace ». En termes de priorités, Powell attribuait à la Chambre une mission essentielle : celle de contrer l’hostilité au monde des affaires, émanant des campus. Il proposait donc un véritable programme pour y parvenir. Étaient ainsi énumérés les domaines qui devaient être réinvestis pour faire pencher la balance en sa faveur.

Parmi ces domaines, le premier concernait le recrutement d’enseignants prestigieux qui, dans le domaine des sciences sociales, ne serait pas hostile au système. Ensuite, venait le choix de conférenciers et d’orateurs qui, autant dans les cercles académiques qu’à l’extérieur, seraient capable de véhiculer le message en faveur du système. Un « bureau permanent » leur donnerait, ainsi qu’aux représentants des plus grandes entreprises, l’appui nécessaire pour diffuser leurs idées. En sus de ces moyens, le corps constitué d’enseignants aurait pour tâche de passer en revue les manuels utilisés par les étudiants en sciences sociales (particulièrement en économie, science politique et sociologie), l’objectif étant de corriger ce que Powell considérait comme « un biais défavorable à l’encontre du monde des affaires ».

Autre point considéré par Powell, « les écoles supérieures de commerce ». Celui-ci estimait en effet que la Chambre devait cultiver des liens particulièrement étroits avec les écoles les plus influentes et peut-être proposer des enseignements en rapport avec les questions soulevées dans le mémorandum. Si le programme concernait l’enseignement supérieur, il n’oubliait pas malgré tout le secondaire. Un effort devait donc être consenti au niveau des lycées, et mis en œuvre en fonction de la spécificité de ces établissements, dont pourraient peut-être s’occuper les chambres de commerce locales sous la direction et le contrôle de la Chambre nationale.

Un autre point abordé, concernait plus particulièrement le grand public. Alors que la transformation des élites était vue comme un effort à long terme, la conquête du grand public était présentée par Powell comme une priorité essentielle de court terme. Plusieurs pistes étaient évoquées qui passaient par la surveillance constante du contenu des médias de masse, le dépôt de plaintes lorsque ce contenu était jugé tendancieux et une exigence pour que le temps d’antenne obtenu pour défendre le monde des affaires soit aussi important que celui accordé à ses détracteurs. Tous les médias devaient donc être mobilisés pour reconquérir le public américain : revues académiques, ouvrages, publicité.

Le monde politique n’était pas non plus oublié. Powell, qui estimait à l’époque que les hommes d’affaires avaient perdu toute influence par rapport à lui, écrivait : « le pouvoir politique est nécessaire ; un tel pouvoir doit être assidûment cultivé ; à l’occasion il ne faut pas hésiter à l’utiliser de façon agressive et déterminée, sans embarras, et en tout cas sans la gêne qui a été si caractéristique du monde des affaires. »

Autre domaine que Powell ciblait comme stratégique : celui des tribunaux et de la sphère juridique. En tant que juriste, connaissant la nature particulière du système constitutionnel américain et observant que Cour Suprême pouvait se révéler particulièrement active, Powell estimait que la sphère judiciaire pouvait être « l’instrument le plus important pour précipiter des changements politiques, économiques et sociaux. » Ce faisant, il recommandait à la Chambre de Commerce d’engager une équipe de juristes particulièrement compétents, des juristes reconnus à l’échelon national, qui, lorsque l’occasion se présenterait, seraient autorisés à intervenir pour défendre les intérêts de ses membres.

Dernière « clientèle » que Powell entendait mobiliser derrière la défense du monde des affaires : les actionnaires. Pas les plus « gros », mais les quelques vingt millions d’actionnaires modestes qu’il importerait de transformer en votants pour soutenir à la fois « un programme d’éducation et un programme d’action politique. » À cet effet, les entreprises pouvaient utiliser leurs supports de communication internes et externes.

Pour finir, Powell invitait le monde des affaires à « faire preuve de beaucoup plus d’agressivité que dans le passé ». Pour atteindre les objectifs précisés, il insistait sur la nécessité de mettre à la disposition de la Chambre de Commerce les moyens financiers et organisationnels. Dans ces domaines, les grandes entreprises étaient invitées à faire un effort significatif, de façon à augmenter et attirer des effectifs de qualité, en donnant aux orateurs, enseignants, etc. des salaires comparables à ceux versés à des cadres supérieurs. Autres suggestions faites : restructurer l’organisation de la Chambre en créant un véritable poste à temps plein pour le Président, ainsi capable d’être plus efficace dans la continuité. En outre, les programmes proposés feraient l’objet d’un suivi « qualité » (articles, discours, programmes des médias, publicités, audiences officielles devant des commissions parlementaires, etc.). Le mémorandum s’achevait, en rappelant que, en sus d’une situation domestique nationale rendue particulièrement difficile par un système d’imposition jugé « non équitable » et d’une inflation qui paraissait échapper à tout contrôle, la possibilité de transformer les suggestions faites, en action, reposait sur un élément : l’acceptation, par les responsables du conseil d’administration de la Chambre, de la thèse centrale du mémo : « le monde des affaires et les entreprises sont en danger, et leur temps est compté. ».

La publication de Lewis F. Powell, destinée au départ à rester confidentielle (« Confidential Memorandum »), fut toutefois connue du grand public après que son auteur ait été nommé à la Cour Suprême. Elle fut, en fait, divulguée par une source anonyme à un journaliste de gauche du nom de Jack Anderson, qui, lui-même, attira l’attention sur le document, lorsqu’il le cita, en septembre 1972, pour remettre en cause l’objectivité juridique du magistrat. Anderson, dans l’une de ses publications, fit en effet remarquer que Powell pourrait utiliser sa position à la Cour Suprême pour mettre ses idées en pratique… au service des intérêts du monde des affaires [4]. Le phénomène ne devait pourtant jamais se produire, puisque, au cours de sa carrière, un ancien greffier devait le décrire comme « trop libéral pour plaire aux conservateurs, et trop conservateur pour plaire aux libéraux [5] ».

Quoiqu’il en fût, la Chamber of Commerce et les activistes du monde des affaires prirent très au sérieux les recommandations de Lewis Powell. Comme le révéla plus tard Joseph Coors, l’un des plus importants brasseurs et philanthropes conservateurs de l’Ouest américain (et soutien de la John Birch Society [6]), le mémorandum l’avait convaincu du fait que le monde des affaires était en train d’ignorer une crise majeure [7]. Un discours, prononcé par l’ancien Treasury Secretary, Henry Fowler, qui l’exhortait, lui et d’autres dirigeants d’entreprises à s’impliquer davantage sur le plan politique vint renforcer cette impression [8]. Coors investit, en conséquence, les premiers 250 000 dollars pour financer, entre 1971 et 1972, la création de Analysis and Research Association (ARA), qui, en 1973, allait devenir Heritage Foundation, l’un des plus influents « think tanks » conservateurs aux États-Unis. À la même époque, W. E. Simon, alors Secrétaire au Trésor du Président Nixon, pressait les responsables des grandes fondations d’en faire autant et d’exiger de leurs contributions qu’elles servent leurs intérêts [9]. Ses mots étaient les suivants : « le monde des affaires doit cesser de subventionner sans réfléchir les collèges et les universités dont les départements d’économie, de science politique et d’histoire sont hostiles au capitalisme ; il faut également cesser d’investir dans les médias qui servent de relais aux opinions anticapitalistes, et reporter ces investissements vers des médias favorables à la libre-entreprise » [10]. Pour Simon, qui allait devenir en 1977 le président de la fondation Olin, l’heure était à l’investissement groupé dans les idées. Il s’agirait, à partir de ressources financières privées, d’organiser, sur le long terme, le contrôle d’un processus complet de production de justification, à partir d’arguments favorables au « libre marché » et à « l’État minimum » : recherche scientifique, formation des décideurs, techniques de marketing et de mobilisation de masse autour de ces thèmes – l’ensemble permettrait ainsi de formater les débats, d’influencer les votes et la prise de décisions (limitation des impôts et des dépenses publiques, privatisation de la sécurité sociale, etc.) qui allaient dans ce sens. Le capital financier requis pour mener à bien cette tâche fut principalement apporté par un petit cercle de riches philanthropes qui avait pour noms Richard Mellon Scaife de Pittsburgh, Lynde et Harry Bradley de Milwaukee, John Olin de New York, la famille Smith Richardson de Caroline du Nord, Joseph Coors de Denver, David et Charles Koch de Wichita.

C’est à partir du raisonnement précité que s’organisa la « galaxie conservatrice américaine ». Des fondations, issues de familles précitées (Olin, Scaife, Bradley, Richardson, etc.[11]), en composèrent le noyau dur, qui allaient investir, à très long terme, dans les idées conservatrices et leur diffusion auprès des milieux dirigeants américains. Bien que financièrement modestes par rapport aux fondations Ford et Rockefeller, les fondations conservatrices se distinguèrent de ces dernières en n’investissant de l’argent que dans des projets conservateurs. Elles s’appuyèrent en outre sur cet argument pour lever des fonds supplémentaires en provenance d’individus et d’entreprises partageant les mêmes idées. Le journaliste Lewis H. Lapham rapporta ainsi, dans Harper’s Magazine, comment, ayant rencontré, à la suggestion d’Irving Kristol, des donateurs à la cause conservative, Michael Joyce, le directeur de la Olin Foundation, lui offrit un salaire de 200 000 dollars payables à vie, même s’il donnait sa démission ou décidait de prendre sa retraite, au cas où il accepterait d’être le rédacteur en chef d’un journal d’opinions destiné à « réfuter et confondre les divagations de la New York Review of Books [12] ». Autour, de ces fondations, furent créées (ou parfois revitalisées) les organisations satellites qui allaient produire et propager sans relâche les idées conservatrices : « think tanks » nationaux (American Enterprise Institute, Heritage, Cato, Hoover, Hudson, etc.[13]) et régionaux (Wisconsin Policy Research Institute, Hudson Institute de l’Indiana, le Heartland Institute en Illinois, le Manhattan Institute à New York) ; professeurs et chaires d’économie et de droit dans des départements d’universités prestigieuses (Yale, Harvard, Stanford, Chicago, etc.) ; organisations spécialisées dans le lobbying direct du Congrès pour le compte des fondations et entreprises conservatrices (Business Roundtable, Philanthropy Roundtable) ; fondations spécialisées dans le droit (Institute for Justice, Washington Legal Foundation, Pacific, Atlantic, New England et Southeastern Legal Foundations) ; des magazines (American Spectator, Weekly Standard), des revues (Public Interest, National Interest), des sites Internet (Town Hall, etc.) et un réseau national de télévision (National Empowerment television) qui toucherait plus de onze millions de foyers. Le pilotage coordonné de ces entités se fit, à partir de 1981, par l’intermédiaire du Council on National Policy (CNP) une structure très discrète [14] qui allait réunir les donateurs et les stratèges-responsables de think tanks pour définir des priorités d’intervention politique et organiser des campagnes nationales et locales de soutien à ces priorités et aux candidats les plus susceptibles de les faire adopter.

Dans la mesure où ce réseau parvint à faire des idées conservatrices, les références du débat politique, économique et social aux États-Unis, dans un contexte intellectuel qui leur était pourtant majoritairement hostile, il nous a paru essentiel d’en décrire les rouages dans d’autres articles de ce blog.


[1]        Cf. les articles n°3, 4 et 5 de la « série états-unienne » du blog.

[2]      « Le Manifeste de Lewis F. Powell Jr. », in Bernard Sionneau, La construction du conservatisme moderne aux Etats-Unis, Paris : L’Harmattan, 2012, pp. 101-111.

[3]         Lewis F. Powell, « Confidential Memorandum: Attack of American Free Enterprise System », August 23, 1 971. Toutes les citations sont extraites du texte original. Comme l’écrivit Lewis H. Lapham, « […] dans les esprits des chefs d’entreprise qui déambulaient au milieu des séquoias de Bohemian Grove  en juillet 1968, la peur était réelle et palpable », in « Ronald Wilson Reagan, 40th President of the United States », cf. http://millercenter.org/president/reagan et sur Bohemian Grove : L’emplacement, dans la région de San Francisco (Monte Rio, Ca.), d’un club conservateur très élitiste (Bohemian Club), peu connu du grand public, dont les sessions, ouvertes et clôturées par des « rites païens » sont interdites à la presse. Il réunit chaque année en été les homes et les entreprises les plus influents des États-Unis et de la planète, cf. Peter M. Philips, A Relative Advantage: Sociology of the San Francisco Bohemian Club, Doctoral Dissertation in Sociology, University of California at Davis, 1994.

[4]         « Powell Memorandum: Text and Analysis », http://www.reclaimdemocracy.com/

[5]         Jerry Landay, « The Powell Manifesto: How a Prominent Lawyer’s Attack Memo Changed America », Media Transparency, August 20, 2002. Cf. also Manuel Castells, Communication Power, Oxford Univ. Press Inc., New York, 2009, pp. 207-208.

[6]         Douglas Kiker, « High-Stakes Race in Rockies », CBS News, Washington, May 19, 2004, https://www.cbsnews.com/news/high-stakes-race-in-rockies/   

[7]         Ibid.

[8]         Lee Edwards, The Power of ldeas, 1997, « The Héritage Foundation at 25 Years », Chapter One, The New York Times On The Web,

[9]         Sally S. Covington, « How conservative philanthropies and think tanks transform US Policy », Covert Action Quarterly, winter 1 998.

[10]       Cité in Karen M. Paget, « Lessons of right-wing philanthropy », The American Prospect Online, Issue 40, september-october 1998.

[11]       Parmi les fondations conservatrices les plus influentes et connues, on trouve Koch (Charles G. Koch, David H. Koch, Claude R. Lambe), John M. Olin, Lynde and Harry Bradley, celles de la famille Scaife (Sarah Scaife, Carthage et Allegheny), les fondations Adolph Coors, Smith Richardson, Phillip M. McKenna, Henry Salvatori et Earhart. Nous consacrons un article du blog à leur exposition.

[12]       Lewis H. Lapham, « Tentacles of Rage: The Republican Propaganda Mill, A Brief History », Harper’s Magazine, v. 309, n° 1852, September 1st. 2004.

[13]       Nous consacrons un article du blog à ces « think tanks ».

[14]       Cf. Jeremy Leaming, Rob Boston, « Behind Closed Doors: Who Is the Council for National Policy and What Are They Up to? And Why Don’t They Want You to Know? », Church & State, Volume 57, n° 9, October 2004. Dans cet article, les auteurs citent l’enquête de David Kirpatrick du New York Times, qui, en août 2004, réussit à assister à une réunion du CNP avant la convention Républicaine et à se procurer une liste de ses membres qui fit apparaître les noms suivants : Paul Weyrich (Free Congress Foundation), James C. Dobson (fondateur de Focus on the Family, Wayne LaPierre (National Rifle Association), Grover Norquist (Americans for Tax Reform), Howard Phillips (cf. infra et fondateur du Constitution Party ultra-conservateur), Donald P. Hodel (ancien directeur exécutif de Christian Coalition), Becky Norton Dunlop (vice-présidente pour les rela-tions extérieures de Héritage Foundation), James C. Miller III (ancien directeur de Citizens for a Sound Economy), T. Kenneth Cribb Jr. (vice-président du CNP ancien conseiller pour les affaires intérieures de Ronald Reagan, dirigeait le Intercollegiate Studies Instituts). Parmi les autres affiliés, on trouvait également les noms des « Télévangélistes » Jerry Falwell et Pat Robertson, l’opposante de longue date aux mouvement féministes Phyllis Schlafly, une personnalité de l’affaire Iran-Contra l’ancien colonel Oliver North, l’ancien Sénateur des États-Unis Jesse Helms, l’ancien leader Républicain de la Majorité Parlementaire Dick Armey, l’Attorney General John Ashcroft et Tommy Thompson Secretary of the U. S. Department of Health and Human Services. Cf. aussi sur le CNP, Marc Ambinder, « Conservatives say Pawlenti is Potential Presidential Candidate », ABC News, Feb. 09, 2005.

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