9 – Financer la Prise de Pouvoir du Monde des Affaires – Les Fondations Familiales Conservatrices et Libertariennes aux Etats-Unis

Les discours de William F. Buckley Jr., d’Irving Kristol, de Lewis F. Powell Jr.[1] et de W. E. Simon sur la nécessité de gagner, contre les libéraux anticapitalistes, « la guerre des idées », se traduisit, de la part de certains hommes d’affaires, par leur engagement à ne soutenir financièrement, et sur le très long terme, que les initiatives permettant aux conservateurs de rendre leurs idées et préconisations incontournables dans les débats publics, les média et la décision politiques aux Etats-Unis. Pour ce faire, ils établirent un réseau de fondations dont il importe de livrer le détail pour en comprendre les liens mais aussi la logique d’action et les priorités de financement.

Une douzaine de fondations, intégrées, pour certaines, dans des fondations plus importantes (« les quatre sœurs »), organisèrent ainsi des politiques de donations groupées et se signalèrent par la constance de leurs engagements sur le temps long. Il s’agissait de la fondation John Olin, de la fondation Lynde et Harry Bradley, des quatre fondations de la famille Scaife (The Scaife Family Foundation, the Sarah Scaife Foundation, the Carthage Foundation, The Allegheny Foundation) et de la fondation Smith Richardson. Parmi les autres donateurs importants, on trouvait la fondation Adolph Coors et les fondations Koch (Charles G. Koch, David H. Koch et Claude R. Lambe)[2]. Le rôle de ces fondations ne se limita toutefois pas à celui de donateur. Leurs dirigeants, issus de familles qui avaient bâti leurs fortunes entre la fin du 19ème siècle et le début du 20ème, fournirent en effet un appui stratégique au monde politique conservateur de plusieurs façons : en participant à l’organisation en réseaux de ses multiples relais; en concevant des campagnes de financement à long terme; en s’impliquant dans le soutien à des think tanks conservateurs et dans les activités politiques de ces derniers. Dans le même temps, ces fondations familiales choisirent de ne pas imposer de contraintes administratives aux organisations, projets, chercheurs qu’elles finançaient. A partir du moment où ils participaient à la diffusion des idées et thèmes conservateurs, ils n’avaient plus à se soucier de considérations matérielles.

On retiendra, parmi les plus importantes :

The Lynde and Harry Bradley Foundation

Sise à Milwaukee (Wisconsin), elle fut créée en 1942 sous l’intitulé « Allen Bradley Foundation » par les frères Lynde et Harry Bradley, fondateurs, en 1903, de Compression Rheostat Company, devenue plus tard Allen-Bradley Company, une entreprisequi s’imposa très vite sur le marché des composants électroniques et radio aux Etats-Unis et dans l’automatisation des outils industriels de contrôle et de production.

Des deux dirigeants, Harry, était le plus actif sur le plan politique, avec des opinions d’extrême-droite qui l’amenèrent à être l’un des premiers soutiens financiers de la John Birch Society[3]  l’organisation créée en 1958 par Robert Welsh dans la ville d’Appleton (Wisconsin). N’hésitant pas à faire distribuer de la littérature « Birchienne » au sein de son entreprise, Harry Bradley invitait aussi régulièrement Welsh à prendre la parole lors d’opérations de promotion commerciale initiées par Allen-Bradley[4]. Si le « capitalisme du laissez-faire », c’est à dire la possibilité pour l’entreprise Allen- Bradley de conduire ses affaires comme ses propriétaires l’entendaient, constituait l’essentiel de la philosophie politique d’Harry Bradley, ses thèmes de bataille de prédilection embrassaient, sans surprise, la lutte contre « le Communisme Mondial » et « le Gouvernement Fédéral ». Ces options expliquèrent ainsi, non seulement le soutien qu’il apporta aux efforts de ceux qui s’engageaient dans les mêmes combats, comme la John Birch Society de Robert Welsh mais aussi la Christian Anti-Communist Crusade du docteur Fred Schwarz, la National Review de William Buckley Jr. ou les programmes anti-communistes produits par Robert Siegrist et diffusés par une radio d’extrême-droite du Midwest.

Entre 1942, année de sa création et 1985, année du rachat de l’entreprise Allen-Bradley, par Rockwell International, Allen-Bradley Foundation resta principalement une institution appuyant les initiatives conservatrices à l’échelon local. L’irruption de Rockwell International, un conglomérat puissant dans le secteur de la défense et de l’aérospatiale, transforma le périmètre d’intervention de la fondation. Rebaptisée « Lynde and Harry Bradley Foundation » pour en séparer officiellement les activités, de celles de son entreprise mère, la nouvelle entité vit les actifs qu’elles géraient passer de 14 millions de dollars à 290 millions, ce qui lui permit de rejoindre les rangs des grandes fondations actives à l’échelon national. Dans le même temps, ses instances de tutelle décidèrent de faire appel à un vrai professionnel pour en assurer la gestion. Leur choix se porta alors sur Michael S. Joyce, dont le parcours professionnel l’avait conduit à travailler pour des organisations conservatrices parmi lesquelles l’Institute for Educational Affairs (IEA) créé par Irving Kristol et William Simon, puis la Olin Foundation. Pour Joyce, l’investissement à long terme dans la recherche universitaire était essentiel pour la réussite du mouvement conservateur. Cette conviction allait l’amener à concentrer les efforts de la fondation Lynde and Harry Bradley sur des think tanks et des universités prestigieuses, un choix expliqué dans les termes suivants : « Aux Etats-Unis, l’opinion des élites se forme en haut de la pyramide…les institutions d’élite ont un rôle essentiel à jouer dans la formation des politiques publiques[5]« .

Outre les universités, pour leur place de choix dans la formation des futures élites américaines, les principaux relais, ciblés par la politique de donation de la fondation Bradley pour faire du référentiel conservateur un paradigme dominant dans tous les aspects de la vie sociale, furent deux think tanks : American Enterprise Institute et Heritage Foundation[6], de même que des revues néoconservatrices dont la fondation appuya le développement, parmi lesquelles The American Spectator, The Public Interest et The National Interest. Et en janvier 2003, le think tank conservateur Hudson Institute créait, avec une subvention de la fondation Lynde and Harry Bradley, le Bradley Center for Philanthropy and Civic Renewal, avec pour mission, et sur la base des travaux de la National Commission on Philanthropy and Civic Renewal (1996-1997), de guider les donateurs potentiels vers le don à la fois « plus utile et plus efficace » (« Giving Better, Giving Smarter »)[7].

Les fondations de la famille Koch

Un retour aux origines de l’odyssée familiale est indispensable pour en comprendre la philosophie politique.

Après des études d’ingénieur faites au M.I.T dans les années 1920, Fred Koch, le patriarche du clan, mit au point un procédé de raffinage du pétrole. Avec des associés, il se rendit ensuite en Union Soviétique, afin d’en exploiter l’innovation. Mais les purges anticommunistes sous Staline, responsables de la disparition de ses associés, mirent un terme à cette aventure, et c’est en fervent anticommuniste que Fred Koch revint aux Etats-Unis. Au cours des années 1940, il créa avec deux autres partenaires Rock Island Oil and Refining, une entreprise pétrolière, et en 1958 Koch devint l’un des premiers membres fondateurs de la John Birch Society[8].

A la mort de Fred Koch en 1967, le contrôle de l’entreprise revint à Charles, le second de ses quatre fils, qui donna à la firme familiale le nom de Koch Industries. Diversifiant ses activités dans la construction de pipelines, de raffineries, dans la pétrochimie, les services financiers, la gestion foncière, etc. Charles Koch en fit rapidement un vaste conglomérat. Devenu propriétaire de l’entreprise avec David en 1983, suite à des tensions avec deux autres frères et le rachat de leurs parts, Charles, avec le soutien de David décida de consacrer une partie de la fortune familiale à promouvoir la cause « libertarienne » et son idée centrale : le marché, libre de toute contrainte, doit être l’arbitre ultime de tout problème économique et social. Pour en illustrer la traduction politique, David Koch déclara, quelques années plus tard: « Mon principal objectif est de minimiser le rôle du gouvernement et de maximiser le rôle de l’économie privée, ainsi que les libertés individuelles »[9]. C’est pour en faire progresser l’aboutissement, à la fois dans les esprits et les politiques publiques qu’en 1977, Charles Koch devint l’un des co-fondateurs du think tank libertarien Cato Institute et qu’en 1980, son frère David fut le candidat à la vice-présidence pour le « parti libertarien », allant jusqu’à investir 1, 6 million de dollars de son argent personnel dans la campagne électorale[10].

Au milieu des années 1980,  l’argent des frères Koch, par l’intermédiaire de leurs trois fondations (Charles G. Koch, David H. Koch et Claude R. Lambe), servit à créer Citizens for a Sound Economy sous la direction de Richard Fink (professeur à George Mason University), une base supplémentaire de diffusion de la cause libertarienne et des théories économiques associées[11] ou à financer l‘Institute for Humane Studies de George Mason University, le but étant, comme le déclarera John Blundell, l’un de ses présidents, de « repérer les jeunes qui manifestent de l’intérêt pour les thèses que nous défendons et qui deviendront les universitaires, journalistes, auteurs et romanciers, religieux et autres prestataires d’idées de demain[12]« .

Les fondations de la famille Olin

La philanthropie avait toujours été, dans la famille Olin, une tradition ancienne, illustrée par la création de fondations dont l’une, plus particulièrement, la John W. Olin Foundation, joua un rôle particulièrement important dans la propagation des idées conservatrices aux Etats-Unis.

Explosifs et armes furent à l’origine de la fortune qui permit aux membres de la famille Olin d’être des philanthropes. C’est en 1892 que Franklin Walter Olin, self-made-man, puis ingénieur formé à l’université Cornell et spécialiste de la production de poudre à canon, créa Equitable Powder Manufacturing Company, à East Alton, Illinois[13]. Et c’est à partir de cette base qu’il élargit progressivement la gamme des activités de son entreprise, révolutionnant le chargement des armes légères et devenant avec la création en 1898 d’une filiale, Western Cartridge Company, l’un des principaux fournisseurs de munitions de la première guerre mondiale. Ayant acquis, en 1931, l’entreprise mythique Winchester Repeating Arms Company, cette dernière, devenue Winchester Western, assura, de conserve avec United States Cartridge Company, filiale de Western Cartridge, la fourniture d’armes et de munitions aux forces alliées lors du second conflit mondial[14]. Ayant, dans le même temps, diversifié les activités de sa firme dans des domaines comme le papier ou l’industrie chimique, Franklin W. Olin en regroupa les parties sous un seul nom, celui de Olin Industries.

Abandonnant en 1944 à ses fils, John Merrill Olin et Spencer Truman Olin, les rênes du groupe qu’il avait créé (et qui devait devenir Olin Corporation en 1969[15]), il laissa également derrière lui la fondation qu’il avait mise sur pied en 1938 et dont les financements allaient principalement à l’éducation. John M. Olin allait pourtant reprendre la tradition, puisqu’en 1953, il créa une fondation à son nom, dont le biais conservateur s’affirma à partir de la fin des années 1960, période à laquelle l’agitation étudiante sur les campus (et en particulier sur le campus de Columbia dont il était issu) le convainquirent qu’il était urgent de contenir le radicalisme de gauche dans le pays. Dans les années 1970, il confia donc les rênes de sa fondation à William E. Simon qui présida à ses destinées pendant vingt ans (avec une parenthèse remplie par Michael Joyce qui devait quitter ce poste en 1985 pour diriger la fondation Bradley). Sous la direction de Simon, la fondation se fixa comme priorité la création d’une « contre-intelligentsia » pour équilibrer ce qui était perçu comme la domination libérale des universités, des media, des associations et de l’administration[16]. Cette voie allait faire de la fondation une « source de capital en quête d’investissements au service d’une vaste conspiration de droite », selon les mots employés par un sympathisant, journaliste à National Review[17], à l’occasion d’un bilan de ses activités.

Comme l’expliqua James Piereson, l’un des anciens executive director de la fondation, « John Olin réactiva la fondation en 1975, une année où l’avenir semblait aussi noir qu’à l’époque de la grande dépression. La puissance américaine était en retrait dans le monde et l’Union Soviétique ne cessait de gagner du terrain. Le socialisme, où ce qui y ressemblait, se présentait comme la perspective du futur. Nos villes étaient ingouvernables et on pouvait peut être dire la même chose du pays tout entier. Certains affirmaient que nos institutions étaient inadéquates pour affronter les défis des temps modernes. Notre économie était en panne, étranglée par l’inflation et le chômage. Des experts racontaient aux Américains qu’ils devraient s’adapter à un niveau de vie en déclin et que ‘le siècle américain’ était bien terminé. Aujourd’hui, près de trente ans plus tard [2005], alors que la fondation ferme ses portes[18], le discours dominant de cette époque a été mis en défaut. Les experts se sont trompés sur pratiquement toutes les grandes questions de notre époque. Les évènements des dernières décennies nous sont aujourd’hui familiers, de la chute du communisme à l’expansion du libre-marché, de la liberté et de la démocratie dans le monde. Aujourd’hui, et en rupture avec le passé, des plaintes sont formulées quant à l’excès de puissance des Etats-Unis dans le monde, la santé et l’efficacité insolentes de l’économie ou la trop grande confiance des Américains en eux et dans leurs institutions. C’est un changement que John Olin aurait accueilli très volontiers. D’une certain manière, peut-être, la fondation modeste qu’il a créée à contribué à cette mutation historique et c’est dans la sphère des idées que la fondation Olin a laissé son empreinte[19]« .

Les fondations de la famille Scaife

Trois d’entre elles, Carthage Foundation, Allegheny Foundation et Sarah Scaife Foundation (à laquelle on peut rajouter The Scaife Family Foundation[20]) ont formé la colonne vertébrale d’une des plus importantes sources de financement mises à la disposition de la cause conservatrice par Richard Mellon Scaife, l’un des héritiers d’une dynastie bancaire et industrielle américaine dont les origines remontent au 19ème siècle.

La fortune réunie des Scaife et plus particulièrement celle des Mellon (dont l’arrière grand-père, le Juge Thomas Mellon, était à l’origine[21]), assura à Richard de pouvoir assouvir, à partir de la fin des années 1950, son intérêt pour la politique. Pourtant, tout comme son père avant lui (Alan Scaife, un homme d’affaires médiocre), Richard avait été tenu à l’écart des affaires familiales par la branche Mellon de la famille (et en particulier  par son oncle R. K. Mellon, investisseur avisé). Il en conserva toujours une rancœur qui s’exprima plus tard lorsqu’il supprima le patronyme « Mellon » du nom de la fondation de sa mère (Sarah Mellon Scaife, la nièce d’Andrew W. Mellon[22], l’ancien Secrétaire au Trésor de l’administration Hoover).

Impliqué en politique, tout d’abord à Pittsburgh à la fin des années 1950 aux côtés des Républicains, il apporta ensuite son soutien financier à des campagnes électorales nationales : celle de Barry Goldwater en 1964, allant jusqu’à mettre l’avion privé de la famille pour permettre au Sénateur de se rendre à la réunion Californienne des conservateurs à Bohemian Grove[23] et celles ensuite de Richard Nixon[24]. Mais les déboires politiques du dernier et la tiédeur de ses choix publics par rapport au credo conservateur, convainquirent Richard Scaife qu’il était préférable d’investir également dans l’idéologie conservatrice plutôt que de se consacrer uniquement à des candidats.

Encouragé par sa mère à participer à la gestion des fondations familiales à la mort de son père en 1958, Richard Scaife en transforma progressivement la politique de donation. Alors que sa mère avait privilégié la lutte contre la pauvreté, les handicaps, le soutien aux hôpitaux et à la recherche médicale[25], etc., à partir de 1962, son fils commença à orienter les dons vers des entités porteuses de missions éducatives sur des thèmes conservateurs. A cette époque, l’American Bar Association’s Fund for Public Education reçut un financement pour assurer une « formation contre le communisme[26] » et dans les années qui suivirent, ce furent des institutions de recherche très conservatrices qui en profitèrent comme Hoover Institution on War, Revolution and Peace à l’Université Stanford, ainsi que le tout nouveau Center for Strategic and International Studies de l’Université Georgetown, puis American Enterprise Institute.

A la mort de sa mère en 1965, le contrôle de Richard Scaife sur la politique de donation des fondations familiales se renforça encore et, avec lui, une accentuation du biais conservateur de cette politique, expliqué par un ancien parlementaire républicain de la façon suivante : « Les gens à droite étaient absolument convaincus qu’il existait une vaste conspiration de gauche qu’il fallait émuler et combattre avec de nouvelles organisations conservatrices qui étaient philosophiquement saines, technologiquement efficaces et capables de porter un véritable mouvement[27]« . L’argent de Scaife fut donc employé à construire un réseau parallèle d’institutions conservatrices dont les publications et le message pourrait contrebalancer l’influence de l’establishment libéral vu comme ayant exercé une domination sans partage sur le monde universitaire, celui de la politique et des média dans les années 1960 : « Pour chaque Brookings Institution[28], il donna de l’argent à une Heritage Foundation; pour chaque Kennedy School of Government il finança une Hoover Institution à Stanford; pour chaque Arthur Schlesinger[29], il assura la promotion des travaux d’un Milton Friedman[30]. »

La fondation Adolph Coors

Elle fut créée à partir de l’empire bâti par un immigrant allemand, Adolph Coors,  qui établit, en 1873, une brasserie à Golden, dans l’Etat du Colorado. A peine plus d’un siècle plus tard, en 1975, la fondation Adolph Coors voyait le jour, soutenue financièrement par Adolph Coors Jr. Trust et d’autres donations familiales faites par Gertrude Steele Coors et Janet Coors. Alors que les fonds du Trust étaient consacrés en priorité à des subventions pour des programmes conçus en priorité pour l’Etat du Colorado, les financements de la fondation trouvèrent un emploi à l’extérieur[31].

Ce fut Joseph (Joe) Coors, le petit-fils d’Adolph Coors II et le président de Coors Brewing Co., qui se distingua rapidement par son engagement à promouvoir la cause et les idées conservatrices. Pour le décrire politiquement, son frère Bill, avec lequel il était très proche dans les affaires mais qui ne partageait pas ses idées, utilisa les mots suivants : « Un peu à droite d’Attila le Hun[32]« .  Joe Coors soutenait alors ouvertement la John Birch Society et n’hésitait pas à associer de la littérature de cette organisation aux chèques qu’ils remettaient à son personnel lors de la paie. « La liberté d’agir », déclarait-il « c’est-à-dire la liberté de créer une entreprise ou de gérer ses affaires et d’agir de façon responsable, pour réussir, est le fondement même du système capitaliste[33]« . Nombre de ses prises de position suscitèrent de vives réactions : comme dans les années 1960 lorsqu’il soutint des associations homophobes, ou lorsqu’entre 1967 et 1972 il se heurta à la Black Student Union en tant que membre du Conseil d’Administration de l’Université du Colorado, ou encore à la fin des années 1970, lorsque Coors bannit les syndicats de son entreprise jusqu’en 1987 et décida d’utiliser des détecteurs de mensonge pour le recrutement[34].

Pour Joe Coors qui défendait les idées de « gouvernement limité » et de « liberté économique », il fut ainsi naturel de soutenir, à partir des années 1960, les candidatures politiques d’un dénommé Ronald Reagan. Souvent invité chez les Coors où les deux hommes et d’autres amis finissaient souvent leurs débats dans la cuisine familiale, Reagan, lorsqu’il devint le 40ème président des Etats-Unis, invita Joseph Coors à faire partie de son « Kitchen Cabinet »  (cercle de proches conseillers) au sein duquel ce dernier put intervenir sur des questions de sélection de ses collaborateurs, mais aussi au niveau des recommandations politiques, et tout particulièrement dans le domaine de la défense[35].

Parmi les legs les plus marquants de Joe Coors dans le cadre de la fondation familiale, il faut citer un financement de 250 000 dollars, dont l’emploi permit à Paul Weyrich, co-fondateur de la Moral Majority et à Edwin Feulner, de démarrer, en 1973, les activités de Heritage Foundation (Coors en fut un administrateur jusqu’à sa mort en 2003). « Je pense qu’il n’est pas faux de dire », déclara Weyrich, « qu’il n’y aurait pas eu de mouvement conservateur contemporain sans Joe Coors[36]. » Et Feulner d’ajouter: « C’était un visionnaire qui était prêt à investir dans ceux qui avaient l’esprit d’entreprise à Washington, à une époque où ce n’était pas vraiment bien vu[37]. »  Au début des années 1970, Coors finança ainsi la création de Television New Inc., un réseau de télévision destiné à fonctionner 24 heures sur 24, conçu pour combattre ce qui lui apparaissait comme un « biais libéral » de la part des media. En ayant confié la direction de l’information à un jeune publicitaire conservateur, Roger Ailes, le projet se révéla toutefois très vite trop ambitieux et trop coûteux. Il disparut donc des écrans en octobre 1975, soit vingt-cinq ans avant que Ailes ne revienne avec Fox News (propriété du milliardaire conservateur Rupert Murdoch) et en fasse l’un des réseaux d’information télévisuelle les plus regardés aux Etats-Unis[38].

En sus d’avoir permis – avec d’autres grandes fondations conservatrices – d’organiser des actions appelant à la disparition du système d’éducation public et son remplacement par la création d’entreprises d’éducations privées, les donations de Joseph Coors permirent de financer un certain nombre de campagnes de censure destinées à débarrasser les manuels scolaires de contenus jugés antipatriotiques, antichrétiens ou opposés à la cellule familiale[39]. Elles subventionnèrent également les activités d’ Accuracy in Academia, une instance nationale conservatrice créée en 1985 pour « purger les campus de leur biais marxiste[40]«  et  jouèrent, enfin, un rôle important dans la mise en place de Free Congress Foundation (créé par Paul Weyrich après son départ d’Heritage), un think tank à l’origine, en 1989, d’une Christian Coalition fortement inspirée par Paul Weyrich[41], à la mort, à la même époque, de la « Moral Majority ».

La fondation Smith-Richardson

Connue à l’origine sous le nom de « Richardson Foundation », elle est associée aux opérations de la firme pharmaceutique du même nom, dont les origines remontent à la fin du 19ème siècle. C’est Lunsford Richardson, pharmacien établi en 1890 dans la ville de Greensboro (Caroline du Nord), propriétaire d’un drugstore et marié à Mary Lynn Smith, qui démarra les opérations de ce qui allait devenir un important laboratoire pharmaceutique américain[42]. Tirée, en grande partie, à partir de 1907, par le management innovant des fils, Henry Smith Richardson et son frère Lunsford, l’entreprise familiale, devenue Vick Chemical Company en 1911, réalisa des profits très significatifs avec Vick’s VapoRub, son remède contre les rhumes.

Après différentes fusions et acquisitions, l’entreprise devint Richardson-Vicks Inc. en 1980, avant d’être vendue par la famille Richardson à Procter & Gamble en 1985. En sus de ses responsabilités chez Vick et dans nombre d’autres groupes financiers, d’assurance et d’immobilier, H. Smith Richardson s’impliqua dans la vie politique, économique et sociale de son époque. Supporter de l’isolationnisme pour les Etats-Unis à la veille de la seconde guerre mondiale, il appartint à l’America First Committee, puis fut un membre de la United States Chamber of Commerce, et de la National Association of Manufacturers (NAM) entre 1939 et 1942, à une époque où cette association était particulièrement active. Après la guerre, H. Smith Richardson afficha des opinions ouvertement anti-communistes. Elles furent révélées, entre autres, par sa correspondance et son soutien financier à des parlementaires comme le Sénateur Joseph McCarthy, mais aussi par son engagement en faveur de la législation McCarran-Walter restreignant l’immigration, exprimant ainsi sa conviction que les immigrants apportaient avec eux le communisme aux Etats-Unis[43]. La crainte qu’éprouvait Richardson à l’égard du communisme était telle, qu’en 1956, il mentionnait dans sa correspondance la possibilité d’une invasion communiste, qui le motiva d’ailleurs à conserver une résidence à Greensboro, considérant que le nord-est des Etats-Unis étaient plus vulnérables à une attaque au cas où la guerre froide dégénèrerait[44].

La Richardson Foundation, que Henry Smith Richardson et sa femme Grace Jones Richardson, décidèrent de mettre sur pied en 1935[45], véhicula ces idées. Ayant, tout d’abord, débuté son activité en appuyant un programme de réforme judiciaire en Caroline du Nord, après la fin des hostilités avec l’Allemagne nazie et le début des tensions avec l’URSS, elle accrut progressivement son périmètre d’intervention, accordant un soutien financier à des organisations anti-communistes, ainsi qu’à une formation spéciale à la compréhension de la guerre froide (Cold War Education) dispensée par l’armée américaine dans le but d’« éduquer le public aux dangers du communisme »[46]. Elargissant encore, à la mort de son fondateur en 1972, ses activités de soutien à la cause conservatrice dans son ensemble, la Richardson Foundation finança, entre autres travaux dont l’influence intellectuelle et politique allait être considérable, ce que Leslie Lenkowsky, l’un de ses directeurs de recherche, appela, « la trilogie de l’économie de l’offre[47], à savoir : The Way the World Works de Jude Wannisky en 1978, Wealth and Poverty de George Gilder en 1981 et The Spirit of Democratic Capitalism de Michael Novak en 1982. » Sur la stratégie idéologique qui pouvait d’ailleurs guider les choix de sa fondation,  Lenkowsky déclara de façon relativement candide : « L’économie de l’offre est moins une théorie économique, qu’une philosophie, une idéologie. C’est un effort pour réorienter la politique. Les fondations ne sont pas directement impliquées dans la politique. Nous sommes dans le monde des idées. Le type d’infrastructure que nous créons, c’est un réseau de personnes qui savent qu’il existe un endroit où ils peuvent aller pour trouver des financements et des contacts[48]. »

A partir des années 1970, plus particulièrement, les fondations précitées organisèrent ainsi une offensive concertée et cohérente à l’encontre de ce que leurs dirigeants considéraient comme étant « des bastions du libéralisme moderne[49]«  : le système universitaire et la recherche, le Congrès, la Justice, l’Exécutif, les principaux media, les institutions religieuses et philanthropiques elles-mêmes. L’influence qu’eurent ces fondations conservatrices dans la réorientation des débats politiques locaux et nationaux et la reformulation des politiques publiques, fut, en partie, redevable à une organisation et une stratégie de financement sophistiquées.

Pourtant beaucoup moins riches que les grandes fondations américaines (Carnegie, Ford, etc.) ou les fondations identifiées comme « progressistes » (Public Welfare, Charles Stewart Mott, etc.), les fondations familiales conservatrices et libertariennes parvinrent néanmoins à atteindre leurs objectifs en adoptant, sur ces points, une démarche commune[50] : tout d’abord, à l’inverse de la plupart des fondations « progressistes » dont la plupart des récipiendaires (think tanks, publications, etc.) n’avaient pas de projet politique commun, étaient spécialisés (single issue) dans un domaine bien particulier et entendaient le rester (« jeunes en difficulté », « seniors en difficulté », « environnement », « santé », etc. ), les institutions que les fondations conservatrices appuyèrent furent des entités  généralistes (multi-issues) développant un propos conservateur dans tous les domaines que leurs administrateurs jugeaient prioritaires (culture, économie, éducation, famille, politique internationale, etc.) avec l’objectif d’en faire le fondement de nouvelles politiques publiques. Ensuite, et contrairement aux fondations progressistes qui multipliaient leurs dons en direction d’une foultitude de projets à court terme (one-year grants) bien spécifiques, souvent mal  gérés par des organisations fragiles, les fondations conservatrices accordèrent des dotations générales (general-support grants) sur plusieurs années (multi-year grants) à un nombre restreint d’institutions, choisies, à la fois pour leur engagement conservateur indiscutable et pour leur organisation efficace, laissant ensuite à leurs dirigeants le soin d’en organiser la ventilation.

Dans ce contexte, les intellectuels, chercheurs, journalistes appartenant aux organisations élues savaient qu’ils pouvaient compter sur un soutien à long terme pour développer et promouvoir leurs idées, sans avoir à se soucier, comme leurs adversaires libéraux, d’avoir à exercer une autre activité professionnelle pour vivre, pour autant toutefois que leur propos reste dans le format conservateur. Car la stratégie des fondations conservatrices était claire sur ce point : à la différence des fondations « progressistes » qui mettaient un point d’honneur à être bipartisane, apolitique et finançaient aussi bien les organisations ou programmes de droite que ceux de gauche, les fondations conservatrices n’accorderaient leurs financements plus modestes qu’à des entités se battant pour leurs idées[51]. Par là même, elles purent exercer une influence décisive dans les débats nationaux, imposant progressivement à une recherche académique et des media jusqu’ici dominés par les idées libérales, et par l’intermédiaire de leurs dotations ciblées, la diffusion de paradigmes alternatifs (conservateurs et libertariens) qui, dans les domaines de la politique intérieure et de l’économie, justifièrent le démantèlement des dispositifs sociaux du New Deal et l’abolition des règles encadrant l’activité des entreprises.

Comme l’expliqua William E. Simon qui fut président de la John M. Olin Foundation, à propos de la logique guidant leurs activités: « Cela fait bien trop longtemps que, dans le monde capitaliste, l’alliance entre les théoriciens et les hommes d’action, tarde à être réalisée. Cette alliance doit devenir une véritable croisade si nous voulons survivre dans un monde libre[52]. »


[1] Cf. notre article n°8 de la Série Etats-Unienne sur le blog World Issues and Services, https://worldissuesandservices.org/2019/01/12/8-de-la-justification-etats-unienne-dune-economie-sans-regles-ni-contraintes-hommes-idees-et-reseaux/

[2] D. Callahan, $1 Billion Dollars for Ideas: Conservative Think Tanks in the 1990s, A Report of The National Committee for Responsive Philanthropy, March 1999, p.29.

[3] La John Birch Society (JBS) vit le jour en décembre 1958, créée par Robert Welch. Son premier chapitre s’ouvrit un an plus tard, décidant de promouvoir des idées dans lesquelles se retrouvait un nombre important de conservateurs. Le nom de « John Birch » avait été retenu par Welch en souvenir d’un jeune missionnaire Baptiste américain, mort en Chine aux mains des communistes. La JBS, en accord complet avec les analyses du Sénateur Joseph McCarthy, appelait à débusquer et combattre la subversion communiste, aux Etats-Unis, sous toutes ses formes. « Collectivisme » et « Etatisme » étaient présentés par les dirigeants de l’association comme autant de vecteurs, utilisés par les forces « libérales » (Démocrates ou Républicaines) soutenant le New Deal pour installer durablement le communisme dans le pays. Or, martelaient les responsables de la JBS, le communisme était en contradiction complète avec les idées politiques, économiques et religieuses contenues dans les textes fondateurs de la République américaine. Il en était de même concernant l’« Internationalisme » défendu par les « Républicains libéraux » rassemblés au sein du Council on Foreign Relations ou du Bilderberg Group. Les supporters de la JBS y voyaient un complot contre la République américaine, destiné à installer un gouvernement mondial sous l’autorité d’organisations supranationales, contrôlées par une oligarchie d’hommes d’affaires et de politiciens. D’autres points, défendus par la JBS, séduisaient également un nombre important de conservateurs. Il s’agissait de l’abolition de tout idée de progressivité de l’impôt sur le revenu, de l’annulation des lois sur la sécurité sociale, de la fin du transport scolaire à des fins d’intégration, du retrait de l’Amérique de l’organisation des Nations unies, de la sortie du traité qui prévoyait le retour du Canal à l’Ẻtat de Panama . Les idées de Robert Welch, le fondateur de la JBS avaient, très tôt, été consignées dans un ouvrage remis à tout nouveau membre (« The Blue Book of the John Birch Society »). Il y était particulièrement question de la « conspiration communiste » aux plus hauts niveaux de l’Etat , un thème récurrent de l’association. Ayant, au début des années 1950, accusé, dans une publication intitulée « May God Forgive Us » (1951) les présidents Démocrates Roosevelt et Truman, ainsi que les Secrétaires d’Etat Acheson et Marshall d’avoir abandonné la Chine et l’Europe de l’Est aux dirigeants communistes, quelques années plus tard, Welch s’en prit, dans « The Politician  », au Président Républicain Eisenhower et à John F. Dulles, également dénoncés pour leur « participation active à la conspiration communiste».

[4] « The Lynde and Harry Bradley Foundation Inc. », MediaTransparency, 2006, http://mediatransparency.org/ .

[5] « The power and the money », Rethinking Schools, vol.8, Spring 94, et The Lynde and Harry Bradley Foundation 1994 Annual Report, cités in Buying a Movement: Right-Wing Foundations and American Politics, Report by People for the American Way, 1996.

[6] Cf. notre article n°10 de la Série Etats-Unienne intitulé : « 10 – Justifier et Organiser la Prise de Pouvoir du Monde des Affaires – Les Think Tanks Conservateurs et Libertariens aux Etats-Unis »/

[7] The Bradley Center for Philanthropy & Civic Renewal, http://pcr.hudson.org/index.cfm?fuseaction=about_detail

[8] Robert Parry, « Dole: What Wouldn’t Bob Do for Koch Oil? », The Nation, vol. 23, Issue n°6, August 26, 1996.

[9] W.J. Moore, « Wichita Pipeline », National Journal, 5/16/92, p.1171, cité in Buying a Movement: Right-Wing Foundations and American Politics, op. cit.

[10] Robert Parry, op. cit.

[11] Sur la page d’accueil de Citizens for a Sound Economy, figure le mot d’ordre suivant : « Moins d’impôts, moins de gouvernement, plus de liberté », http://www.cse.org/ .

[12] W.J. Moore, op.cit. 

[13] « Olin History », Olin College, http://olin.edu/about_olin/olin_history_detail.asp .

[14] « About Olin », Olin Online, http://www.olin.com/about/history.asp .

[15] A la suite d’une fusion avec Mathieson Chemical Corporation en 1954.

[16] John J. Miller, « The Very Foundation of Conservatism », The New York Times, November 28, 2005.

[17] John J. Miller, « Foundation’s End », National Review, April 06, 2005.

[18] Après 52 ans de fonctionnement. Comme l’explique John J. Miller, « John M. Olin, qui est mort en 1982, craignait que si la fondation existait à perpétuité, elle risquait d’être récupérée par des forces hostiles. Il avait en effet été très marqué par l’exemple de Henry Ford II qui avait quitté le conseil d’administration de la fondation Ford, suite à ce qu’il jugeait être une dérive libérale de ses priorités », in « The Very Foundation of Conservatism », The New York Times, November 28, 2005.

[19] Gary Shapiro, « Saluting James Pierson Knickerbocker », The New York Sun, April 8, 2005.

[20] The Scaife Family Foundation est contrôlée par les enfants de Richard Mellon Scaife, David et Jenny, in « Scaife’s Foundations », Washington Post Staff, Sunday, May 2, 1999, p. A23.

[21] En 1885, Thomas Mellon faisait la réflexion suivante : « La condition normale d’un home est le dur labeur, le renoncement à soi, l’acquisition et l’accumulation. Dès que ses descendants sont libérés de telles obligations, tôt ou tard, leur corps ou leur esprit dégénère », cité in Eric Alterman, What Liberal Media? The Truth About Bias and The News, New York: Basic Books, 2003, p. 247.

[22] Cf. note n°4.

[23] Robert G. Kaiser and Ira Chinoy, « Scaife: Funding Father of the Right », Washington Post, Sunday, May 2, 1999. Pour des informations sur Bohemian Grove, cf. l’article de Peter Phillips, « San Francisco Bohemian Club: Power, Prestige and Globalism »,

http://www.sonomacountyfreepress.com/bohos/San_Francisco_Bohemian_Club_Power_Prestige_and_Globalism.html .

[24] Nurith C. Aizenman, « The man behind the curtain: Richard Mellon Scaife – and $200 million of his money – is the man behind the conservative revolution », Washington Monthly, Volume 29, n°7, July-August 1997.

[25] L’une des plus fameuses donations de Sarah Scaife, faite au laboratoire de recherche l’Université de Pittsburgh, permit à Jonas Salk d’y mettre au point le vaccin contre la polio dans les années 1940, in Eric Alterman, What Liberal Media? The Truth About Bias and The News, New York: Basic Books, 2003.

[26] Robert G. Kaiser and Ira Chinoy, « Scaife: Funding Father of the Right », op. cit.

[27] Vin Weber in Robert G. Kaiser and Ira Chinoy, « Scaife: Funding Father of the Right », op. cit.

[28] En 1916, Robert S. Brookings, un magnat du bois et de l’immobilier de St. Louis (Missouri), finança la création de trois entités : The Institute for Government Research qui fut la première organisation privée à réaliser des études sur des questions de politique publique à l’échelon national, ainsi que The Institute of Economics et The Robert Brookings Graduate School. En 1927, ces trois entités furent regroupées sous un label commun, The Brookings Institution, et à partir de cette époque, cette organisation s’est efforcée de produire de la recherche selon des critères universitaires, sans toutefois jamais aspirer à devenir elle-même une institution similaire à l’université. Elle s’est plutôt efforcée de faire le lien entre le monde académique et le monde politique, permettant aux protagonistes de ces mondes respectifs (chercheurs et hommes politiques) d’échanger leurs observations. Au début des années 1970, Brookings était, au niveau politique, certainement le think tank le plus influent.

[29] Historien célèbre, conseiller spécial, avec l’économiste John K. Galbraith, du président Démocrate John F. Kennedy.

[30] Nurith C. Aizenman, op.cit.

[31] « Castle Rock Foundation », http://mediastransparency.org .

[32] « Joseph Coors: Brewer whose political donations helped to support Ronald Reagan », The Times, March 20, 2003.

[33] Ibid.

[34] Ibid.

[35] Edwin J. Feulner, « Salute to a Visionary Founder », Special to the Washington Times, March 19, 2003.

[36] Amy Fagan, « Coors, Conservative Cause Financier Dies at 85 », The Washington Times, March 18, 2003.

[37] Ibid.

[38] Edwin J. Feulner, op.cit.

[39] Valerie L. Scatamburlo, Soldiers of Misfortune: The New Right’s Culture War and the Politics of Political Correctness, New York, Peter Lang, 1998, pp. 55-56.

[40] Ibid.

[41] Ibid., p. 56.

[42] « Inventory of the Richardson-Vicks Inc., Records, 1885-1995 », Collection Number 4468, Manuscripts Department, University Library of the University of North Carolina at Chapel Hill, http://www.lib.unc.edu/mss/inv/htm/04468.html .

[43] « #4283 Henry Smith Richardson Papers Inventory », Manuscript Department, Library of the University of North Carolina at Chapel Hill, Southern Historical Collection, http://www.lib.unc.edu/mss/inv/r/Richardson,Henry_Smith.html .

[44] Ibid.

[45] « History », Smith Richardson Foundation, http://www.srf.org/mission/history.php .

[46] « #4283 Henry Smith Richardson Papers Inventory », op. cit.

[47] Cité in Alan Geyer, Ideology in America: Challenges to Faith, Louisville, KY, Westminster John Knox Press, 1997, p.  47.

[48] Ibid.

[49] Sally Covington, « How Conservative Philanthropies and Think Tanks Transform US Policy », Covert Action Quarterly, Winter 1998.

[50] Cf. Michael H. Shuman, « Why Do Progressive Foundations Give Too Little to Too Many? », The Nation, n°2, January 12, 1998.  Cf. également Sally Covington, ibid.

[51] Robert Lerner, Althea K. Nagai, Stanley Rothman, Giving for Social Change: Foundations, Public Policy and the American Political Agenda, Westport, CT, Praeger Publisher, 1994, p. 152.

[52] Cité in Michael H. Shuman, op. cit.

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