8 – Les obstacles à la réalisation d’une zone partiellement dénucléarisée d’Asie du Nord-Est

Bernard Sionneau et Michel Dusclaud

Document de Travail[1], CAPCGRI, Université Montesquieu Bordeaux IV, 2000

Cette contribution traite du concept de Zone Partiellement Dénucléarisée d’Asie du nord-est (« Limited Nuclear Weapons Free zone – Northeast Asia »). Présenté par ses créateurs américains comme un moyen de faire progresser la réflexion sur la réduction des armements, la non-prolifération nucléaire[2]  et/ou le désarmement en Asie orientale[3], le concept précité contient, malgré son intérêt et celui du processus de négociation qui le porte, un certain nombre de faiblesses.

Le propos qui suit s’efforcera de les faire apparaître.

 Il évoquera, plus particulièrement, en sus d’une description de l’initiative, les obstacles potentiels à la réalisation de ce type de solution commune de sécurité, dans une donne régionale fragilisée par la combinaison de plusieurs éléments : les fractures non résorbées de l’histoire, les tentations impériales, les ambitions nationales, les forces de la globalisation, et le jeu des réseaux.

Le concept de LNWFZ-NEA complète plusieurs initiatives : celles engagées par douze pays en 1959 (Traité de l’Antarctique), par les pays d’Amérique Latine en février 1967 (Traité de Tlatelolco)[4], par les pays du Pacifique Sud en août 1985 (Traité de Rarotonga), par les pays d’Asie du Sud-Est en décembre 1995 (Traité de Bangkok) et par les pays africains en avril 1996  (Traité de Pelindaba[5]). Il s’inscrit également dans une lignée d’autres projets régionaux évoqués pour le Moyen-Orient, l’Asie du Sud ou l’Europe centrale.

Contrairement aux zones « dénucléarisées » d’Amérique latine ou d’Asie du sud-est qui ont été le fait de négociations officielles engagées entre des puissances ne disposant pas d’arsenaux nucléaires, les discussions portant sur le projet de « Limited Nuclear Weapons Free Zone » en Asie du nord-est mettent en scène des acteurs et présentent des caractères bien spécifiques et très différents.

Sont d’abord concernés les Etats-Unis et la Russie, deux des plus importantes puissances nucléaires du moment, ainsi que la République Populaire de Chine qui est un membre officiel du « club atomique ». Ces trois Etats sont membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU.  Sont également impliqués le Japon et la Corée du Sud qui appartiennent au « club nucléaire civil ».

Manquent toutefois la République Populaire Démocratique de Corée (Corée du Nord) et la République de Chine (Taiwan) qui sont deux acteurs essentiels de la problématique nucléaire régionale[6] : la première, pour des raisons politiques et stratégiques qui lui sont propres; la seconde, par le fait même de la République Populaire de Chine, qui estime légitime de l’isoler sur le plan diplomatique et de la maintenir dans un statut de province[7] (la formule : « un pays deux systèmes » servant, par l’intermédiaire de Hong-Kong[8] et de Macao rétrocédés, de test pour préparer sa réintégration dans l’ensemble continental).

Le développement du concept de  » Limited Nuclear Weapon Free Zone-North-East Asia «  n’est en outre pas le fait d’une initiative officielle engagée par différents gouvernements de la région. A la différence du « Treaty on the South-East Asia Nuclear Weapon-Free Zone » qui est la résultante d’une démarche entreprise par les pays de l’ASEAN, elle est le fruit d’une initiative informelle qui débute fin 1991et dont la conduite revient à un institut de recherche nord-américain le Center for International Strategy, Technology and Policy (CISTP) du Georgia Institute of Technology. Elle implique des représentants des différents pays concernés qui, pour la plupart, sont d’anciens militaires ou officiels de haut rang, des fondations privées et des entreprises nord-américaines qui subventionnent la démarche.

            Le propos qui suit s’attachera, dans un premier temps, à présenter la genèse et les composantes principales du projet de NEALNFZ (I).

Seront ensuite évoqués les obstacles potentiels à son existence, contenus dans trois dimensions :

– la nouvelle donne en Asie orientale (II)

– les choix militaro-stratégiques et économiques des Etats-Unis (III)

l’apparition de nouvelles formes de menaces (IV).

            I – Genèse et composantes du projet de LNWFZ-NEA

a – la genèse du projet

 Ce projet prend forme au début des années 1990, sous l’impulsion de J. Endicott, le directeur du Center for International Technology, Strategy and Policy (CISTP)[9] du Georgia Institute of Technology[10]. A l’époque, des progrès significatifs sont accomplis par les deux Corées en matière de dénucléarisation de la Péninsule et d’accords de non-agression. La décision du Président Bush de concentrer le stockage des armes nucléaires tactiques aux Etats-Unis a également des effets positifs sur les discussions entre les frère ennemis. Elle permet au président de la Corée du Sud de déclarer qu’il ne reste plus d’armes nucléaires sur le sol de son pays. Simultanément, le ministère de la Défense des Etats-Unis expose son initiative stratégique pour l’Asie du Nord-Est (East Asian Strategic Initiative) dans un rapport publié en 1991 (East Asian Strategy Report). Le contenu évoque la réduction des forces américaines aux Philippines, en Corée du Sud et au Japon.

Dans la région, le sentiment général est alors que les Américains se préparent à partir.

C’est donc pour rassurer les partenaires des Etats-Unis, prouver la solidité de l’engagement américain, et jeter les bases d’une communauté de sécurité régionale, que le CISTP se met à la recherche d’un concept. L’idée est de remplacer l’ancien système de sécurité basé sur la confrontation, par un système fondé sur la coopération et le gain mutuel.

Le mécanisme choisi est celui de « zone dénucléarisée ». Des structures d’observation et de mise en œuvre (cf. infra) lui fourniront les moyens d’inciter les puissances régionales à travailler et se rencontrer régulièrement.

En 1992, le concept de Nuclear Weapons Free Zone (NWFZ) est présenté par deux fois : tout d’abord en février 1992, à Washington, devant un groupe d’experts, ensuite, en mars de la même année, lors d’une conférence internationale organisée conjointement à Pékin par le CISTP et un centre de recherche chinois, The Institute for Global Concerns (IGC). Cette session informelle réunit des spécialistes originaires du Canada, de la RPC, de Hong Kong, du Japon, des deux Corées, de la Mongolie, de la Russie et des Etats-Unis. Les discussions tournent autour de trois thèmes : la sécurité, le développement économique en Asie du Nord-Est, la notion de zone dénucléarisée. Ce dernier concept est, à l’époque, bien reçu par la plupart des participants, mis à part la délégation chinoise qui refuse de le prendre au sérieux. Un an plus tard toutefois (1993), au cours d’une rencontre trilatérale organisée à Atlanta entre des représentants japonais, chinois et américains, les seconds font part de leur intérêt. Ce revirement de la part de la RPC intervient une semaine avant que la Corée du Nord n’annonce son départ du système organisant le Traité de Non-Prolifération (TNP). Tout au long des années 1993 et 1994, le concept de zone dénucléarisée sera présenté un peu partout en Asie et aux Etats-Unis.

En janvier 1995, les réactions positives des différents milieux contactés motivent un réexamen du projet. Sur une période de cinq semaines, un groupe de cinq spécialistes des questions de sécurité se réunit à Atlanta pour mettre au point les détails d’une zone dénucléarisée. Leurs travaux, contenus dans un document intitulé « Accord de principe » (Agreement of Principles),  en font apparaître de nouvelles dimensions clés  : le projet s’articulera désormais autour du contrôle des armes nucléaires tactiques et de certaines portions du territoire des Etats concernés (dont les Etats-Unis). Pendant les semaines qui suivent, les chercheurs qui ont mis au point le nouveau concept se rendent à Washington, New York, Boston et San Francisco pour le présenter à des experts du contrôle des armements et à des officiels. Si la réception est globalement très positive, nombreux sont ceux qui trouvent trop difficile de créer une zone partiellement dénucléarisée, dans un endroit du monde qui compte trois puissances nucléaires et des tensions héritées de la guerre froide, de la seconde guerre mondiale et de l’ère coloniale.  Dans le but de continuer à tester le concept et impliquer un nombre croissant d’experts, le groupe de départ (Senior Panel) est élargi, de façon à accueillir cinq participants de chaque pays concerné appartenant à différents domaines : l’armée, l’université, les affaires, et la communauté des spécialistes du nucléaire. En mars 1996, ce groupe élargi de vingt-cinq experts (Expanded Senior Panel – ESP) se retrouve à Buenos Aires. Le but est de profiter de l’expérience acquise par le Brésil et l’Argentine en matière d’inspection réciproque de leurs installations nucléaires et des enseignements que l’Argentine a pu tirer de sa situation de participant à la zone dénucléarisée d’Amérique Latine. Cette expérience incitera les experts engagés sur l’Asie du Nord-Est à solliciter l’avis d’acteurs extérieurs à la région (elle débouchera sur la participation d’observateurs français en 1996 et finlandais en1998). Les résultats de la session argentine, consignés dans « La déclaration de Buenos Aires » (The Statement of Buenos Aires) constituent un gage de crédibilité pour la suite du projet. Octobre de l’année 1996 constitue une date importante dans son évolution. C’est en effet à cette date que le groupe élargi d’experts se donne rendez-vous à Bordeaux. Organisée conjointement par des membres du Centre d’Analyse Comparée de l’Université de Bordeaux IV (CAPC[11]) et les responsables du CISTP de Georgia Tech, la réunion, à laquelle participe une délégation de chercheurs français[12], est à l’origine de deux initiatives importantes contenues dans le « Protocole de Bordeaux » (Bordeaux Protocol. Ce document définit les principales étapes à franchir pour mettre en œuvre une « Zone Partiellement Dénucléarisée d’Asie du Nord-Est » (LNWFZ-NEA). Il concrétise également l’institutionnalisation et la codifications des relations entre les parties prenantes du projet, par la création d’un « secrétariat provisoire » (Interim Secretariat of the LNWFZ-NEA). A travers ces préconisations, les participants signifient leur volonté de s’engager sur le long terme.

Les deux années suivantes (1997-1998) confortent la dynamique du projet. En octobre 1997, le secrétariat provisoire nouvellement créé réunit à Moscou le groupe élargi, soit près d’une cinquantaine d’experts. Là, le concept de LNWFZ s’enrichit de deux dispositions complémentaires : la création d’une « ligue d’Etats non-nucléaires d’Asie du nord-est » (A League for Non-Nuclear States for Northeast Asia) impliquant la Mongolie, les deux Corées, et le Japon; un « programme pilote » (Pilot Program) concernant les Etats nucléaires – l’objectif étant de convaincre la RPC, les Etats-Unis et la Russie d’abandonner un nombre limité d’armes nucléaires tactiques au contrôle régional d’une « Agence LNWFZ-NEA » et de prouver ainsi au Japon que les puissances nucléaires s’engagent sur le projet et sur le long terme.  L’idée de parvenir à mettre au point un «régime d’inspection » (Inspection Regime), composé de représentants de tous les Etats membres de la région, reste au cœur du projet. Le raisonnement qui sous-tend l’ensemble est le suivant : l’occasion donnée à chaque partie intéressée de travailler ensemble sur les questions de sécurité, sera à l’origine d’une « communauté de sécurité coopérative » (Cooperative Security Community) en Asie du nord-est. En octobre 1998, le groupe élargi d’experts (ESP), en collaboration avec le ministère des Affaires Etrangères finlandais et le Finnish Institute of International Affairs, organise une conférence internationale sur les suites à donner au projet de LNWFZ. La République Populaire Démocratique de Corée et la République de Corée ayant des représentations diplomatiques à Helsinki, la médiation finnoise autorise des contacts fréquents avec la Corée du Nord (qui n’avaient pas eu lieu depuis 1992). Plus tard, la Mongolie assurera le relais. Juste après la conférence, une session d’information organisée à l’intention d’officiels nord-coréens à Helsinki confirme l’intérêt de leur pays pour le processus. Une autre contribution importante de la Conférence d’Helsinki est l’introduction du concept de « corbeilles » (Baskets), selon une formule déjà éprouvée en Finlande lors des accords d’Helsinki sur la CSCE. Trois corbeilles[13] sont proposées qui traitent pour la première de la zone partiellement dénucléarisée (LNWFZ-NEA), de la création de mesures destinées à établir la confiance pour la seconde (Confidence Building Measures), et de mesures économiques de soutien (Economic Incentives) pour la dernière. Bien qu’aucun pays de la zone concerné par le concept de LNWFZ ne l’ait officiellement adopté, la réunion d’Helsinki est également l’occasion de prévoir un calendrier de conférences qui doivent passer par Tokyo en octobre 1999, par Pékin en 2000 et par la Corée en 2001. Les participants se mettent également d’accord sur la tenue d’une conférence à Vladivostok (si les crédits affectés à ce projet le permettent). Ils réaffirment aussi leur souhait de voir le processus évoluer du stade informel (Track II) à un stade plus officiel impliquant les autorités des pays concernés (Track I).

En 1999, une session préparatoire (Technical Meeting) à la Conférence de Tokyo est organisée à Shanghai, grâce à la collaboration de la Fudan University. Malgré l’absence des Nord-Coréens, la rencontre se déroule dans une atmosphère propice à la réflexion et les hôtes chinois assument la prise en charge financière complète des invités – une première dans l’histoire de la LNWFZ. Les participants se mettent d’accord sur le programme de Tokyo. Il comportera quatre grands thèmes : les critères à respecter pour parvenir à l’existence d’une zone partiellement dénucléarisée; les systèmes de défense anti-missiles (National Missile Defense – NMD, Theater Missile Defense- TMD); les relations bi- et multi- latérales; les armes nucléaires et les relations dans la zone. Cette session, qui implique une quinzaine de représentants des parties impliquées à l’échelon de l’Asie du Nord-Est, confirme l’utilité d’une coordination préalable à la tenue des conférences plénières. La cinquième réunion du groupe élargi d’experts (ESP) est organisée en octobre 1999 au Japon par l’Université Teikyo, avec l’aide financière du Council for Global Partnership de la Japan Foundation, et de la W. Alton Jones Foundation. Près de quarante délégués représentent, de façon informelle, la RPC, le Japon, la République de Corée, la Mongolie, la Fédération de Russie, et les Etats-Unis. Des Argentins, Français, et Finlandais sont invités à rejoindre le groupe. Mais, cette fois, des observateurs officiels participent à la session.Ils appartiennent au bureau du Sénateur américain Max Cleland, au ministère des affaires étrangères et au ministère de la sécurité nationale de la République de Corée, au Conseil de Défense de la Présidence russe et au ministère des affaires étrangères de la Fédération, au ministère des Affaires étrangères et à la force d’autodéfense du Japon, à l’armée de libération de la RPC. A l’issue de la session, plusieurs recommandations importantes sont formulées; elles concernent le soutien nécessaire des gouvernements de la région à la notion de zone limitant les armements nucléaires et accordent une attention toute particulière aux multiples complications politiques et stratégiques posées par l’introduction de systèmes de défense anti-missiles; sont également proposés le partage nécessaire des technologies entre les pays d’Asie du nord-est et la poursuite d’accords bi- et multi- latéraux pour renforcer la sécurité commune dans la région. En sus d’une invitation à continuer de tirer profit de l’expérience d’autres zones dénucléarisées, des voies permettant d’atteindre ces objectifs sont évoquées; elles comprennent : la mise en œuvre des accords de base conclus en 1991 par les deux Corées; l’engagement, pour les Etats impliqués dans la zone LNWFZ, à ne pas utiliser en premier l’arme nucléaire; la gestion, par un régime de contrôle, des technologies de missiles produites dans la région; la constitution d’un réseau de coopération d’alerte avancé sur les tirs de missiles – l’objectif étant d’améliorer le partage de l’information, de la technologie et la transparence entre les pays de la région; la conclusion d’un accord régional sur la prévention des crises militaires; la formulation de propositions supplémentaires destinées à contrôler ou limiter des classes bien particulières de missiles balistiques (dont ceux utilisés dans les systèmes défensifs); la formulation de garanties de sécurité pouvant être données à la Corée du Nord en échange de son renoncement aux armes de destruction massive. Les participants à la réunion de Tokyo suggèrent également d’impliquer la Grande-Bretagne et le Canada dans le processus de réflexion.

b – les composantes principales du projet

Au nombre de trois, elles concernent la zone géographique, la catégorie d’armes et l’agence multilatérale de contrôle.   

            * la zone géographique tout d’abord : elle correspond, en février 1992, à un cercle de 1200 milles marins de rayon (« a 1200 nm radius nuclear weapons removal zone »)[14]. Le centre de ce cercle est situé en plein cœur de la zone démilitarisée (DMZ)[15]  de la Péninsule coréenne dont la partition reste l’un des derniers vestiges de la guerre froide. Mais après une session de travail organisée en février 1995 à Atlanta[16], la représentation de la zone évolue. Les cinq spécialistes des questions de sécurité en provenance de la Chine, du Japon, de la République de Corée et de la Russie proposent, avec leurs collègues américains, d’en faire une ellipse. Le but est de parvenir à y inclure une portion du territoire des cinq pays (Etats-Unis, Chine, Corée du Sud, Japon et Russie) dont les représentants participent à la réflexion. En 1996, les « Conclusions et Recommandations du Groupe de Buenos-Aires » confirment cette possibilité. Une troisième proposition est évoquée à la conférence de Moscou : créer une zone partiellement dénucléarisée impliquant des pays qui ne sont pas considérés comme des puissances nucléaires militaires, les limites géographiques de ces zones étant précisées ultérieurement. Les délégués à cette conférence émettent une autre possibilité : établir une zone non contiguë, avec des pays membres qui ne seraient pas situés en Asie du Nord-Est, mais poseraient des problèmes importants en matière de sécurité (conflit Indo-Pakistanais et les essais nucléaires de ces deux puissances).

            * la catégorie d’armes ensuite : pour que les Etats impliqués parviennent à un accord, le projet est dans un premier temps volontairement « limité » (d’où l’utilisation du qualificatif « limited » dans l’intitulé du projet) aux armes nucléaires tactiques[17]. L’intention est la suivante: les puissances dont les armes de ce type sont localisées dans le cercle ou l’ellipse s’engagent à les en retirer (pour le cas échéant les déplacer ailleurs). Elles ont toutefois la possibilité d’y conserver leurs armes nucléaires stratégiques. Ce choix pragmatique, qui est aussi unique en son genre, est conçu comme une étape dans la construction d’un processus graduel d’établissement de relations de confiance (« confidence building measures – CBM »). Il doit permettre aux gouvernements des Etats concernés de trouver plus facilement un terrain d’entente.

            * l’agence multinationale de contrôle (Multinational Verification Agency) enfin : elle doit être basée dans la zone géographique du projet et dotée d’une véritable infrastructure administrative. Ses cadres, originaires des pays concernés par le projet, se verront confier deux missions principales : veiller à ce que les puissances détentrices d’armes nucléaires tactiques procèdent à leur retrait; inspecter les programmes et/ou projets de recherche nucléaires des Etats impliqués non dotés d’armes de destruction massive – l’objectif étant de s’assurer qu’ils ne les détournent pas de leur finalité civile. Pour les responsables du CISTP d’Atlanta, cette agence est la clé de voûte du projet. Ils justifient ce constat avec un argument : pour la première fois, l’Asie a l’occasion de se doter d’une structure permanente chargée des problèmes de sécurité; son rôle sera de créer une communauté d’intérêts partagés (« cooperative security community »); le dialogue, la transparence et la confiance induites par le contact quotidien des personnels de l’agence, tout comme le partage et le développement conjoint d’instruments de vérification (« joint development and sharing of verification technology ») seront des facteurs de réalisation progressive du nouveau système coopératif de sécurité ( new cooperative security system). Dans la présentation du projet faite par J. Endicott à Hawaii en juillet 1994, le site retenu pour installer l’agence était Vladivostok[18]. Aujourd’hui, le choix de l’emplacement reste ouvert: le port russe de la mer du Japon est toujours sur les rangs, mais d’autres lieux sont évoqués : dans la Péninsule coréenne, en Mongolie extérieure à Oulan-Bator, ou au Japon à Hiroshima. Cette dernière ville doit d’ailleurs abriterune agence intérimaire, chargée de faire respecter le régime de vérification sur lequel les Etats de la zone se seront accordés. Le CISTP propose en outre d’engager, comme responsables du processus de contrôle, des spécialistes issus de tous les pays compris dans le cercle de 1200 milles marins servant à délimiter la zone partiellement dénucléarisée. Depuis 1998, un secrétariat intérimaire (cf. supra) existe, dirigé par J. Endicott (siège à Atlanta, à Georgia Tech University). Son rôle est d’accélérer le processus de négociation tout en assurant des fonctions administratives indispensables au soutien du projet avant la création d’une structure permanente.

            Comme il est possible de le constater, le projet de LNWFZ est ambitieux. Mais les seules tendances géopolitiques « lourdes », héritées de la guerre froide, sont restées, jusqu’à maintenant, autant d’obstacles à son existence. Avant de rentrer davantage dans le sujet, ou peut citer, pour exemples, la décision prise en juin 1995 par la Corée du Nord de ne plus reconnaître l’accord d’armistice, ni la zone démilitarisée[19], tout comme les tensions dans le détroit de Taiwan entre juillet 1995 et janvier 1996, provoquées par les manœuvres navales et les tirs de missiles balistiques de la République Populaire de Chine (le Pentagone décidait alors d’envoyer des navires). Nous allons revenir sur ces points, mais ajoutons ici que dès 1995, parmi les spécialistes des questions de sécurité invités par le CISTP à venir travailler à Atlanta, la réalité diplomatique s’imposait. Ne participaient en effet que les représentants de cinq pays : République Populaire de Chine, Japon, Corée du Sud, Russie et Etats-Unis. Il en était de même pour les conférences les plus récentes où n’ont figuré aucun chercheur ou ancien officiel de la Corée du Nord ou de Taiwan. Un autre problème qui se pose sur la voie d’une zone partiellement dénucléarisée est le nouveau contexte mondial, dans ses implications économiques, financières, et de sécurité. Les auteurs du projet présentent en effet le processus de dénucléarisation comme un moyen d’accélérer « le développement d’une communauté de sécurité régionale destinée à remplacer la confrontation associée à la guerre froide, par la coopération »[20]. Toutefois, autant la nouvelle donne en Asie Orientale, que les options militaro-stratégiques et économiques américaines, ou l’extension des « zones grises » dans la région, sont trois dimensions qui compromettent la finalité même du projet de LNWFZ. Ce sont ces points, qui transcendent les frontières de l’Asie du Nord-Est et concernent la zone dans sa totalité (Asie orientale), qui seront traités maintenant. 

II – La nouvelle donne en Asie Orientale

            Enclavés pendant près d’un demi-siècle dans un cadre diplomatique et stratégique, « libérés » pour certains (Japon, Taiwan, Corée du Sud) de la nécessité de penser seuls la guerre, les « dragons » et autres « tigres » de l’Asie Orientale (Thaïlande, Malaysia, Indonésie) ont pu se consacrer au développement de leurs économies.        Cette option leur a permis de renforcer leur situation financière et par là même leur potentiel militaire. Il leur est alors devenu possible de consolider leurs frontières et de réaliser l’unification de leur territoire. Le rôle particulier que les gouvernants ont su jouer dans ce domaine (« Etat Pro »)[21]  a permis, jusqu’à une date récente, de faire de la zone l’une des plus dynamiques du globe. La crise financière de 1997 a, cependant, introduit le doute dans les esprits. Sans remettre en cause, à court terme, le potentiel de croissance des pays industrialisés d’Asie orientale, elle en a démontré les limites, redevables à des problèmes structurels importants (liens opaques entre le politique et les intérêts financiers, absence de réels systèmes d’innovation[22], etc). La fin de la guerre froide et l’expansion planétaire de l’économie de marché ont ainsi provoqué ou ravivé des tensions régionales et nationales difficiles à gérer. Certaines sont actuelles, d’autres ne sont encore que latentes. Elles peuvent se traduire par une exacerbation des nationalismes et déboucher sur la prolifération nucléaire en Asie orientale – autant de phénomènes contraires aux objectifs recherchés par les concepteurs d’une LNWFZ.

            a – les tensions nationales latentes

            Les effets de la globalisation transforment, à l’échelle du monde, les rapports traditionnels entre les agents économiques, les collectivités nationales et les individus. Ils posent directement le problème de la souveraineté réelle des Etats et de la légitimité de leurs dirigeants. Les Pays d’Asie orientale n’échappent pas au phénomène. En ouvrant leurs territoires à l’investissement international, ces pays sont obligés de tenir compte des nouvelles obligations internationales (OMC, FMI, etc.) qui en découlent. En outre, la possibilité aujourd’hui offerte aux grandes entreprises de décomposer leurs processus productifs à l’échelon international (DIPP) et de moduler leurs stratégies (Nouvelles Formes d’Investissement – NFI)[23], contrarie la capacité des gouvernements de la zone d’ouvrir partiellement ou de clore à volonté leurs territoires. Le phénomène est porteur d’incertitude : il laisse planer la menace d’une déstructuration des systèmes productifs nationaux, certaines industries passant dans la sphère de décision de firmes étrangères, davantage préoccupées de rendement et de rentabilité des investissements, que d’intérêt national[24]. Ensuite, l’existence d’un marché global des capitaux, dont les principaux opérateurs disposent, grâce à l’évolution des techniques, de l’information sur les marchés de la planète sans délai et à un moindre coût – cette réalité est intégrée de façon différente dans les économies de la région[25]. Destinée à favoriser une meilleure utilisation et répartition de l’épargne ou des revenus issus de la production et de l’échange (marchandises, services) sur les projets d’investissement les plus attractifs, cette expansion de la sphère financière qui passe par une déréglementation et une modernisation des marchés domestiques, suscite des réticences dans certains pays. Elle rend possible une diminution de la capacité d’intervention de « l’Etat Pro », en permettant à de multiples opérateurs (nationaux et étrangers) de réaliser les montages financiers les plus sophistiqués, ainsi que des arbitrages incessants entre actifs (dont les monnaies), qui se nourrissent des plus petites différences. Également, l’ouverture des frontières indispensable à la circulation des marchandises, des hommes et des capitaux accroît la vigueur des activités informelles portées par les réseaux chinois[26]. La plupart du temps, les dirigeants des Etats d’Asie orientale ferment les yeux sur ces activités, en échange des contacts et des moyens privilégiés qu’ils leur procurent et à condition de pouvoir compter sur leur neutralité politique. Pourtant, l’expansion de ces réseaux les gêne également dans la mesure où ils affaiblissent leur pouvoir en circonscrivant les cadres de négociations diplomatiques habituels et en échappant à tout contrôle direct[27]. La crainte de voir la République Populaire de Chine intervenir dans leurs affaires par ce canal est une source de préoccupations. Enfin, l’individualisme que porte l’économie financière, contrarie la cohésion des Etats de l’Asie sinisée. Leurs populations, déjà peu disposées, en raison d’un attachement premier à des solidarités infranationales (clans, villages, etc…) à inscrire leur action dans le respect des cadres nationaux, ont profité de l’effondrement des murailles dressées par la guerre froide pour reconquérir leurs espaces naturels. Deux éléments accentuent cette tendance : les nouvelles générations dirigeantes sont tout d’abord formées dans les plus grandes universités occidentales (en particulier aux Etats-Unis[28]) à une version du libéralisme économique glorifiant l’aventure et la réussite individuelles. Ensuite, l’interdépendance des économies et des places boursières transforment les relations sociales. En permettant aux individus les mieux dotés, de s’affranchir des contraintes de la solidarité collective, par le biais des progrès réalisés dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (arbitrages multinationaux), elle exacerbe les prises de risque individuelles[29] réalisées parfois au détriment des groupes (familles, clans, sociétés). La spéculation dans tous les domaines (monnaies, bourse, art, immobilier) et les effets douloureux qu’elle peut induire sur certaines économies[30] illustre le problème.

Les développements précités ont deux effets contradictoires : ils consacrent tout d’abord l’existence d’une géographie économique qui rend possible, pour les élites en place de réaliser d’importants profits (commissions, participations multiples, etc.). Mais ils signifient, dans le même temps, la dilution des contrôles politiques et économiques traditionnels (information[31], noyaux durs industriels et financiers, etc.) et la remise en question des territoires réglementaires et des acteurs traditionnels porteurs de sens et de légitimité. Ils compromettent par là même la capacité des dirigeants d’Asie orientale à maintenir le délicat équilibre entre ouverture et clôture – un équilibre qui leur a jusqu’ici permis de piloter le développement économique et social, sans remettre en cause leur autorité. Ils annoncent certes un « retour du politique » mais pas forcément de la coopération régionale ou internationale, car la capacité d’érosion du vivre-ensemble de ces éléments exacerbe la territorialisation du politique[32].

            b – les tensions régionales actuelles

            Le dynamisme économique, dont a fait preuve l’Asie orientale au cours des deux dernières décennies, a une double origine : il a non seulement été le fait des mouvements d’investissement des firmes originaires du Japon, de Corée du Sud, de Taiwan, Singapour et Hong-Kong;  mais il a également été en grande partie orienté et contrôlé par les dirigeants politiques de ces pays qui ont toujours veillé à ne consentir aucun abandon de souveraineté essentiel[33]. Ce processus d’enrichissement de la zone résulte d’une accumulation de calculs économiques nationaux. Il n’a produit jusqu’ici aucune forme d’identité collective ni aucune idéologie suffisamment mobilisatrice (l’« asiatisme » étant un processus fragile[34]). De fait, malgré la prolifération d’organisations de coopération (ASEAN, APEC, ARF), l’Asie orientale agrège des projets nationaux qui ne s’accordent ni sur le périmètre du projet régional, ni sur la nature de la construction régionale[35]. L’absence de volonté politique réelle (individuelle et commune) destinée à réglementer les flux commerciaux et financiers à l’échelle de la zone consacre ainsi la loi du plus fort. Car, à l’opposé de la construction européenne institutionnalisant l’abandon de certains éléments de souveraineté, les processus de construction régionale en Asie orientale sont avant tout le produit de stratégies globales élaborées à l’échelon national et sont destinées à consolider les constructions nationales, ainsi que la légitimité politique des Etats membres[36]. Si l’on prend le cas de l’ASEAN, cette organisation ne correspond pas à l’instauration d’une forme de solidarité régionale[37]. Elle exprime davantage l’idée que l’Etat est inséré dans un ensemble de relations bilatérales qui sont dans l’intérêt de ce dernier. Sa création a davantage été dictée par la nécessité politique du moment, que par la prise de conscience d’une histoire ou d’un héritage communs. Elle n’est d’ailleurs pas considérée comme un organisme supranational, ce qui explique les obstacles réels à la constitution d’une alliance militaire même souple, et d’un organisme régional formel de résolution des litiges. La situation, qui voit les Etats d’Asie orientale assez peu disposés à consentir quelque abandon de souveraineté, tend à encourager chacun à jouer sur les registres de la puissance qui sont à sa disposition et dont aucun n’en possède à lui seul la gamme complète. C’est ainsi qu’une distribution inégale de la richesse et de la force posent deux grands problèmes en Asie orientale : celui de l’équité et de la hiérarchie entre les pays (J.L. Domenach). Le partage de la richesse n’étant pas considéré comme légitime, il conditionne la fréquence des heurts commerciaux et encourage la xénophobie entre voisins[38]. Quant à la question des vrais candidats au leadership dans la région, elle est à l’origine de tensions diplomatiques et stratégiques.  Celles-ci se traduisent par une augmentation des dépenses d’armement chez les plus riches[39], moins armés ou prêts à faire la guerre et un recours de plus en plus fréquent à la menace et au chantage de la part des régimes les plus militarisés.

Une observation complémentaire s’ajoute aux interrogations sur l’évolution de la donne régionale : avant la matérialisation de la crise financière de 1997, la croissance économique en Asie orientale avait facilité la stabilité et le renforcement des régimes politiques[40]. Obtenue par une mobilisation exceptionnelle des ressources nationales (capital et travail)[41], elle leur avait permis d’atténuer l’infirmité politique des sociétés civiles et de renforcer leur pouvoir tout en évitant de vraiment de partager[42]. La chute brutale d’une croissance qui, à l’origine, avait été portée par la volonté de ne pas sacrifier les gains futurs à la satisfaction des désirs immédiats, s’est avérée déstabilisante pour ces régimes politiques dirigistes, tolérés jusqu’ici en raison de leurs succès économiques. Elle a remis en cause l’équilibre de sociétés encore traversées par de profonds antagonismes où le déficit démocratique, conjugué aux problèmes économiques et sociaux, restent des vecteurs potentiels de crises. La tourmente financière de la fin des années 1990 a eu d’autres conséquences. Si elle a opposé les failles du développement de certains pays d’Asie orientale à la prospérité des Etats-Unis, elle a également montré aux gouvernements asiatiques les dangers politiques et sociaux d’une économie internationale soumise aux anticipations mimétiques et auto-réalisatrices des grands opérateurs de marché. Si, en outre, les économies et les bourses occidentales ont pu tirer honorablement leur épingle du jeu, l’insolente prospérité des Etats-Unis dont les dépenses sont financées à crédit par l’épargne internationale (les Japonais détiennent pour 320 milliards de dollars de titres de dette américains), demeure vulnérable à une correction brutale de l’indice Dow-Jones (certains traders parlent de 30 à 40%). Le nouveau discours, porté par des économistes proches des grandes agences multilatérales sur l’utilité de contrôles de changes temporaires destinés à enrayer les mouvements spéculatifs, conforte également les réticences de nombreux dirigeants d’Asie orientale, hostiles à la conception américaine du marché (la RPC a jusqu’ici échappé à la crise en appliquant des recettes contraires à celles du FMI et de la BM[43]). On peut alors imaginer deux facteurs à l’origine de tensions possibles dans la zone : le ressentiment, manifesté par certains dirigeants asiatiques, à l’égard d’une forme d’économie de marché qui leur a fait « perdre la face »; un regain de nationalisme, chaque gouvernement cherchant à privilégier, à l’extérieur, les intérêts économiques et de sécurité de son pays, pour tenter de regagner, à l’intérieur, une légitimité qu’il a perdue.

            c – nationalismes et prolifération nucléaire

            L’observateur qui se penche sur l’histoire récente constate une faille dans l’analyse des auteurs du « Draft Agreement de 1995 » sur une LNWFZ en Asie du nord-est: « […] l’envie et l’intention de posséder des armes nucléaires est l’une des causes d’insécurité dans la région »[44]. Cette analyse est contestable dans les faits. Durant la période comprise entre la deuxième guerre mondiale et aujourd’hui, une petite fraction de la planète connaît la paix. L’intégration du nucléaire dans les doctrines de sécurité et les forces armées d’un nombre restreint de grandes puissances les incite à faire preuve de retenue dans leurs ambitions. L’équilibre de la terreur assure la stabilité et la paix des régimes inclus dans les zones protégées[45]. Ailleurs, dans les pays du « Sud », les conflits dits « périphériques » se multiplient, s’enchevêtrent (luttes ethniques, religieuses, partisanes, territoriales, internes ou extérieures) et sont particulièrement meurtriers[46]. L’Asie orientale en fait l’expérience douloureuses à plusieurs reprises : guerre civile chinoise (1945-1949), guerre de Corée (1950-1953), les deux guerres d’Indochine (1945-1975), la révolution culturelle en Chine (1966-1971), les massacres de 1965-1966 en Indonésie, le génocide polpotiste (1975-1979), la troisième « guerre d’Indochine » (1978-1989)[47]. L’idée qu’il existe ainsi un lien direct entre la prolifération nucléaire et la guerre reçoit un démenti. Hormis la possibilité de voir des Etats[48] ou des groupes suicidaires ne pas reculer devant la possibilité d’utiliser des armes nucléaires du champ de bataille, l’observation historique fournit un autre éclairage : les dirigeants d’Etats « cohérents », dotés officiellement d’armes capables par leur portée et leur puissance de prendre en otages le territoire et les populations d’autres Etats également pourvus, font preuve de retenue (à l’inverse, le cas des Etats dont la cohésion nationale est fragile pose un réel problème[49]). Nul besoin, nous rappelle P. Boniface, d’armes high tech ou intelligentes pour faire la guerre en Yougoslavie; le fusil des snipers ou l’artillerie lourde ont suffi. De même au Rwanda, l’un des massacres les plus marquants de ce siècle a été réalisé à la machette (500.000 morts en quelques semaines)[50]. Le constat qui vient d’être fait pourrait inciter les dirigeants des Etats d’Asie orientale à opter pour la prolifération nucléaire; mais dans certaines circonstances bien particulières. Examinons quels pourraient être les déterminants d’un tel choix.

De nombreux éléments font redouter, à moyen terme, la perspective de prolifération nucléaire : les capacités techniques et financières de trois pays de l’Asie du nord-est comme le Japon, la Corée du Sud et Taiwan[51], qui leur permettent de disposer de programmes nucléaires civils; l’accroissement des frictions économiques entre les pays de la zone (mais également entre ces pays et les Etats-Unis); le sentiment d’infériorité stratégique du Japon vis à vis de la Chine; les troubles politico-économiques rémanents entre le Japon et les Etats-Unis; l’absence du Japon comme membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations-Unies; les inquiétudes de la Corée du Sud à l’égard de son voisin imprévisible au nord (inquiétudes partagées par les autres[52]); l’envie de préserver une autonomie stratégique de la péninsule coréenne contre les Etats-Unis, la Chine et le Japon; le désir grandissant de Taiwan de conquérir un statut de puissance à part entière et la crainte d’une intervention militaire directe de la République Populaire de Chine; l’instabilité de la situation politique à l’intérieur de la Fédération de Russie qui pose le problème des territoires (cf. infra) abritant des installations nucléaires militaires. Dans ce contexte incertain, le Japon[53], la Corée du Sud et Taiwan qui disposent de programmes nucléaires civils pourraient estimer qu’une force de dissuasion indépendante est une alternative séduisante. Elle leur permettrait en effet de ne plus devoir choisir entre deux options contraignantes : apaiser la Chine et dépendre perpétuellement des revirements politiques américains[54]. Le nucléaire est, en outre, à l’ordre du jour des priorités gouvernementales dans plusieurs pays.Pour des raisons de croissance soutenue, la demande en énergie électrique des pays en développement de la zone augmente environ de 8% par an[55] et l’installation de nouveaux réacteurs nucléaires est prévue dans plusieurs cas : en Chine[56], à Taiwan[57], en Indonésie[58] et en Corée du Sud[59]. Au Japon, le programme nucléaire civil s’est également développé de façon considérable et cette réalité place le pays, d’ores et déjà, parmi les trois plus grands consommateurs mondiaux, avec cinquante et une centrales nucléaires produisant le tiers de la consommation d’énergie de l’archipel. Aussi, même si tout ce qui est nucléaire ne peut servir à faire une bombe, certains pays d’Asie orientale ont déjà les moyens financiers et l’infrastructure scientifique et industrielle pour y parvenir. Le choix du nucléaire militaire servirait également « le retour du politique » dans la région : combiné à l’existence tenace de ferments nationalistes, il assurerait à des gouvernements le monopole d’une source de violence ultime susceptible de procurer les arguments d’une certaine légitimité; l’option serait tout autant un moyen de soutirer des concessions politico-économiques aux grandes puissances, qu’ un instrument de dissuasion (et donc de défense); elle garantirait la tranquillité pour une plus grande prospérité, permettrait d’éviter, dans le même temps, les engagements stratégiques majeurs (« cocooning stratégique[60]« ) et tempérerait les effets des litiges régionaux non résolus[61]. Le nucléaire militaire pourrait donc apparaître comme une option attirante, permettant à certains dirigeants politiques d’Asie du Nord-Est de combler un vide politique et stratégique, tout en leur assurant, à l’interne, une continuité que leurs succès économiques ont, jusqu’ici, autorisée[62].

            Dans une zone géographique où les principaux Etats membres éprouvent de réelles difficultés à dégager des intérêts économiques et stratégiques communs, l’adoption par l’Administration Clinton de nouvelles priorités, a eu pour effet d’accroître l’incertitude générale sur l’évolution du contexte régional de sécurité et d’encourager la recherche de solutions nationales d’auto-défense.

            III – Des options américaines porteuses d’insécurité?

Trois concepts clés guidaient la politique étrangère américaine au lendemain de la seconde guerre mondiale : l’endiguement de l’Union Soviétique, la lutte contre la diffusion du communisme et la promotion d’une croissance économique globale sous-direction américaine[63]. Ils traduisaient une interprétation des relations internationales en termes de confrontation est-ouest, de menaces de subversion communiste, tout en intégrant les impératifs traditionnels de la doctrine de Monroe en Amérique latine et dans les Caraïbes, la volonté d’éviter un embrasement du Proche-Orient, l’accès aux matières premières, le souci des lignes de communication, et les considérations humanitaires[64]. Le communisme disparu, il ne s’est plus agi de « contenir » (contain) mais d’« élargir » (enlarge), de consolider, de parachever la victoire[65]. De nouveaux concepts ont alors guidé la politique étrangère américaine. Sous l’administration Clinton, ils se sont déclinés en termes d’« engagement global sélectif » et de « sécurité économique ». Ils traduisaient une nouvelle lecture américaine des relations internationales conditionnée par trois facteurs : les Etats-Unis ne pouvaient plus se permettre d’assurer une Pax Americana mondiale; la concurrence industrielle et commerciale entre les grandes puissances économiques amoindrissait les affinités politiques avec les anciens alliés (l’Europe ou le Japon); les problèmes d’insécurité dans le Tiers-Monde étaient devenus beaucoup plus complexes. L’ensemble de ces facteurs induisaient denouveaux choix : tout d’abord, l’intervention financière ou militaire américaine ne serait envisagée que dans les situations où  se manifesterait une menace claire et imminente pour les intérêts des Etats-Unis ou lorsque l’intervention aurait toutes les chances d’être ni coûteuse, ni sanglante; ensuite, le maintien de la sécurité globale devrait être assuré par le biais de formes de coopération régionale appuyées par des engagements américains sélectifs et proportionnés; enfin, les Etats-Unis accepteraient l’émergence de nouvelles puissances, tout en veillant à rester le principal pôle de dissuasion nucléaire et en développant les  forces et les technologies qui leur assureraient le maintien de leur supériorité militaire. En résumé, un nouvel internationalisme pragmatique et sélectif, qui ferait jouer au maximum les mécanismes de la sécurité collective mais se réserverait toujours la possibilité d’une intervention unilatérale, complété par une sorte d’américanisation économique et culturelle du monde, notamment par l’intermédiaire du G7, de l’OMC, du FMI ou de l’OTAN – l’ensemble de ces idées allaient constituer le fondement de la politique étrangère  des Etats-Unis dans les années 1990[66].

La volonté des Etats-Unis de garder les mains libres à l’égard de toute ce qu’ils considèrent comme d’éventuelles menaces contre leurs intérêts, ainsi que leur ambition de mettre leur diplomatie au service de la « sécurité économique » du pays (par le bais d’une doctrine prônant aussi bien le contrôle des alliés et des pays amis que celui des « perturbateurs ») – ces facteurs peuvent être autant d’obstacles à la création d’une atmosphère de confiance nécessaire à la mise en oeuvre d’une zone partiellement dénucléarisée en Asie orientale.

            a – NMD, TMD et risques d’une relance de la course aux armements

Le désir d’éviter que leurs alliés orientaux ne développent de programme nucléaire militaire indépendant, tout comme la volonté de protéger des zones jugées stratégiques (territoire américain ou allié) contre les frappes de missiles balistiques à moyenne et longue portée orchestrées par des « Etats parias » (rogue states) ou des « concurrents potentiels » (peer competitors) – ces éléments ont conduit les Etats-Unis à envisager unilatéralement des options de défense qui ne sont pas exemptes de risques, en Asie orientale.

C’est en avril 1996 que le secrétaire à la défense W. Perry annonce la décision du gouvernement américain de mettre au point, d’ici l’an 2000, un système national de défense anti-missile limité. L’objectif est de parvenir à contrer, dans les années qui viennent, les menaces de frappes balistiques en provenance d' »Etats parias » (Lybie, Irak, Iran, Syrie, Corée du Nord) ou de « concurrents potentiels » (Chine, Russie, Inde).

Le 20 janvier 1999, W. Cohen, le successeur de Perry à la défense, indique que le ministère dont il a la charge investira de nouveaux fonds dans les principales composantes du projet : le National Missile Defense (NMD) et le Theater Missile Defense (TMD). Une ralonge de 6,6 milliards de dollars portera le financement du NMD à 10,5 milliards de dollars en 2005[67]. Quant au TMD, le nouveau budget poursuivra les efforts engagés dans trois de ses éléments : les tests en vol de la Theater High Altitude Area Defense (THAAD), destinée à être opérationnelle en 2008;  le programme Navy Theater Wide (NTW), prévu pour un déploiement éventuel en 2010; et le système de surveillance par satellites, sans lequel les deux autres éléments du TMD ne peuvent fonctionner. En octobre 1999, un missile américain, l’Exo Atmospheric Kill Vehicle (EKV) décolle de l’atoll de Kwajalein dans les îles Marshall pour intercepter, à 225 km au-dessus du Pacifique, un missile stratégique Minuteman tiré (sans sa tête nucléaire) à partir de la base aérienne de Wandenberg en Californie. C’est la première fois qu’une expérience de ce type, réalisée à une telle altitude, est menée à ce niveau de précision et d’efficacité[68]. Et c’est aussi la même année que des discussions s’engagent entre les Etats-Unis, le Japon, la Corée du Sud et Taiwan sur le développement possible d’un système régional de défense anti-missiles (TMD). L’initiative provoque de vives protestations de la part de la Russie et de la RPC (l’inclusion de Taiwan dans le dispositif est perçue comme une atteinte à la souveraineté chinoise[69]), ainsi que la formulation de contre-projets communs incluant la Corée du Nord. Mais les Etats-Unis sont décidés à aller de l’avant. Plusieurs événements récents dans la région, les ont convaincus du bien-fondé de leurs choix : les essais nucléaires indiens et pakistanais, la crise des missiles dans le détroit de Taiwan, le lancement d’un missile nord-coréen Taepodong 1.

Les dispositions prises par les dirigeants américains en matière de sécurité, laissent planer l’incertitude sur deux facteurs qui sont liés : une recrudescence des tensions en Asie orientale où les Etats-Unis vont devoir gérer l’hostilité de la Chine et de la Russie au projet de TMD; une possible relance de la course aux armements dans la région. Tout indique en effet que les Etats-Unis sont décidés à préserver leur supériorité militaire et à augmenter la primauté scientifique et technique de leurs forces : ils conservent, tout d’abord, l’arsenal d’armes nucléaires stratégiques capables de dissuader ou de menacer n’importe quel agresseur, ainsi que leur système d’armes nucléaires de théâtre[70]; ils augmentent, ensuite, leurs dépenses militaires qui atteindront 267,8 milliards de dollars pour l’année fiscale 1999-2000, soit 7% de plus que le budget précédent; ils poursuivent, également, le développement d’un système anti-missile qui remet en question le traité ABM[71] (1972) et, qui, dans sa finalité de sanctuarisation du territoire américain et de certains pays alliés, invalide le principe de dissuasion; leurs deux chambres ont enfin rejeté, en octobre 1999, le traité d’interdiction totale des essais nucléaires, avant que d’avoir approuvé, en mars de la même année, deux programmes de défense (NMD et TMD) contre les frappes des puissance émergentes. Malgré les avertissements lancés par la Russie quant aux conséquences de ces programmes sur le processus de contrôle des armements, malgré les protestations de la France qui s’est opposée à tout dispositif menaçant la capacité de pénétration des missiles balistiques stratégiques, malgré l’offensive diplomatique de la RPC accusant les projets américains de violer le traité ABM – les milieux officiels américains se sont prononcés en faveur d’une interprétation plus souple d’un traité ABM conçu à une autre époque. Bien que l’avenir des programmes de missiles anti-missiles reste incertain, les initiatives américaines témoignent d’une volonté, de la part des Etats-Unis, de garder les mains libres à l’égard de tout ce qu’ils considérent comme d’éventuelles menaces pour leurs intérêts où que ce soit dans le monde et indiquent clairement leur désir de juger unilatéralement ce qui doit être accepté ou refusé en matière de désarmement[72]. Dans un tel contexte stratégique non coopératif, il apparaît alors très difficile, malgré l’intérêt du projet de zone partiellement dénucléarisée d’Asie du Nord-Est, de compter sur les Etats-Unis pour favoriser, dans cette région, l’existence d’une communauté d’intérêts partagés en matière de sécurité.  

            L’offensive commerciale, engagée, au cours de la première moitié des années 90, par les administrations Bush et Clinton dans le domaine des matériels militaires, ajoute au problème.

            b – course aux exportations et surarmement

            Les années 1993 et 1994 marquent un véritable tournant dans les commandes intérieures des grands pays producteurs d’armes. La France est, à l’époque, la seule puissance à maintenir son effort militaire. L’exportation devient une nécessité. Malgré les efforts déployés par les producteurs européens et leurs gouvernements, de 1987 à 1992, les ventes d’armes des Etats-Unis dans le Tiers-Monde passent de 13 à 57% du total des ventes. Ce chiffre doit être interprété par rapport à plusieurs éléments : la victoire de la coalition emmenée par les Etats-Unis sur les troupes irakiennes dans le Golfe consacre l’avance technique de la superpuissance; l’effondrement de l’URSS, qui était le principal pourvoyeur d’armes dans le Tiers-Monde, entraîne pratiquement sa disparition de la liste des fournisseurs (la Russie ne représente plus que 5% des ventes en 1992); mais ce résultat doit être également replacé dans le contexte d’une posture commerciale plus agressive de la part des Etats-Unis : en 1993, la part des contrats décrochés par ce pays atteint 72,6%[73].

Cette situation est à l’origine d’une véritable « course aux exportations » entre les principaux pays producteurs. Elle les incite à faire de la surenchère (transferts de technologie et conditions financières privilégiées) pour placer leurs matériels. Les plus hautes autorités américaines s’impliquent directement dans la promotion des matériels de défense : en pleine campagne électorale, le Président Bush autorise la vente de 150 avions F16 à Taiwan et intervient pour la vente de chars MIA2 au Koweït. Lui et son adversaire d’alors, W. Clinton, s’accordent en outre pour juger que la vente de 72 chasseurs F-15 à l’Arabie Saoudite doit aboutir (le principal constructeur Mc Donnell-Douglas ayant fait une formidable campagne de lobbying)[74]. Le ministre du Commerce de l’époque, R. Brown s’investit personnellement pour faciliter la vente de chasseurs F/A-18 à la Malaisie, tout comme le président Clinton encore, pour faciliter la conclusion d’un contrat d’achat d’avions gros-porteurs par la compagnie aérienne Saudia Airlines (6 milliards de dollars). En 1993, le Département d’Etat demande aux ambassades américaines d’appuyer les actions commerciales des industriels, y compris des firmes d’armement. En octobre 1995, W. Clinton donne l’autorisation d’exporter de super-ordinateurs susceptibles de contribuer à la fabrication de missiles nucléaires[75]. Ensuite, le feu-vert est donné par le gouvernement aux firmes Mc Donnell-Douglas et Lockheed-Martin pour préparer des versions « export » des F-15 et F-16 plus avancées que celles en service dans les forces américaines; c’est la première fois qu’une telle initiative est prise dans le but de remporter de nouveaux marchés (en particulier les Emirats arabes unis) sur des concurrents français et russes (Rafale et SU-30). A noter enfin, les mesures qui sont prises pour faciliter les transferts d’armes vers les pays de l’Est, Taiwan, ou pour lever les sanctions qui frappaient certains pays comme la Chine et l’Argentine. De même, la garantie de l’Eximbank (équivalent américain de la Coface) est étendue aux contrats militaires. Les Etats-Unis justifient alors cette politique en affirmant qu’elle est non seulement bonne pour eux, mais qu’elle l’est aussi pour les autres. Convaincus que la stratégie de non-prolifération et de contrôle des exportations d’armes conventionnelles n’aboutira pas, ils ont décidé de « traiter le mal par le mal ». Le raisonnement est le suivant : le monopole des Etats-Unis dans le commerce des armes doit leur permettre de maintenir une base industrielle et technologique de défense qui rendra possible la maîtrise d’éventuelles situations conflictuelles, tout comme celle des rapports de force avec les concurrents (« peace through superior firepower »)[76]; ce monopole  les autorisera également à disposer de moyens de pression plus efficaces sur d’éventuels pays « fauteurs de troubles » en fermant le robinet de la maintenance ou de la formation; il convaincra aussi de nombreux pays de l’inutilité de fabriquer des armes, et de la possibilité de réorienter leurs investissements dans des secteurs plus productifs; il sera enfin bénéfique à tous les acheteurs d’armes potentiels – un développement massif des exportations américaines devant théoriquement se traduire par une diminution unitaire des coûts des matériels[77].

En résumé, et selon le point de vue américain, les transferts d’armes conventionnelles et de technologie sont destinés à favoriser la stabilité de régions comme l’Asie Orientale, en créant un équilibre de puissance fondé sur une capacité de « dissuasion » réciproque acquise par les alliés des Etats-Unis. Sachant que les armes conventionnelles ont jusqu’ici rarement dissuadé les protagonistes décidés (les armes nucléaires ayant à l’inverse rempli cette fonction), l’argument d’un nouvel équilibre de puissance fondé sur une homogénéisation des forces militaires en présence et sur une combinaison d’arrangements bilatéraux » et de « dialogue multilatéral » peut ne pas convaincre[78]. Les ventes américaines d’armes « tous azimuts » donnent en effet l’impression d’avoir été motivées davantage par la volonté de satisfaire des intérêts nationaux immédiats, que par une « grande vision » des problèmes de sécurité, en Asie Orientale, comme dans le reste du monde. Plusieurs éléments confortent cette analyse. Pris ensemble ou séparément, ils font douter de la volonté réelle des Etats-Unis (et de leur capacité) à faire se rencontrer des intérêts de sécurité très différents (cf. supra) autour d’objectifs qui, pour les principaux, sont dictés par la situation politique intérieure du géant nord-américain. Tout d’abord, la politique d’exportation d’armement des Etats-Unis semble avoir été conçue pour permettre à l’industrie américaine de l’armement de passer un creux, en compensant, à l’export, les réductions des commandes sur le marché intérieur; elle facilite la transition entre des systèmes d’armes issus de la technologie des années 70: AWACS, F-14, F-15, F-16, chars M1, blindés Bradley, lance-roquettes multiples, hélicoptères Apache, missiles Patriot – et de nouvelles générations qui ne seront prêtes que dans les années qui viennent[79]. Également, la motivation de l’administration Clinton de soutenir les entreprises américaines du secteur de l’armement, paraît avoir été dictée par une ambition : gagner l’appui financier des plus gros soutiens électoraux du pays, de façon à assurer la résurrection politique du Président au lendemain de la débâcle électorale de 1994; elle a conduit ce dernier à attaquer les Républicains sur leur propre territoire[80] : les industries de la défense et du pétrole[81]. W. Clinton s’est ainsi prononcé pour une augmentation des crédits militaires, alors que les Etats-Unis consacraient déjà presque autant à leur défense que le total cumulé des dix pays suivants[82], et que l’opinion américaine plaçait les dépenses militaires tout au bas de son échelle des priorités. Enfin, la volonté de concurrencer, sur un plan qualitatif et quantitatif les pays européens producteurs d’armes européens a certainement été un argument de poids, l’objectif étant de s’assurer une position dominante autour de l’ensemble aéronautique-espace et électronique tant militaire que civil, dans un environnement international marqué par la contraction des dépenses militaires et des acquisitions d’armements[83]. Car le débat sur la production nationale est éminemment politique : selon les estimations, les Etats-Unis ont perdu 1,5 millions d’emplois dans le secteur de la défense depuis 1987, et 250 000 autres sont sur la sellette[84]. Deux enjeux sont ainsi clairement affichés dans le pays : la protection de l’emploi et le maintien de l’avance technologique américaine. Les mouvements de concentration-restructuration de l’industrie d’armement[85] (Lockheed-Martin Marietta, Northrop-Grumman), ainsi que le soutien des dépenses de R&D (dont les crédits diminuent moins vite que les autres postes militaires)  sont les moyens qui ont été choisis pour y répondre. Notons ici qu’une posture commerciale agressive a déjà permis aux Etats-Unis de « tailler des croupières » aux producteurs européens sur leur propre marché, comme en témoigne la vente d’hélicoptères Apaches au Pays-Bas, d’avions C-130 J Hercules en Grande-Bretagne, de missiles AMRAAM (Advanced Medium Range Air-to-Air Missile) au Danemark, en Finlande et au Royaume-Uni, d’avions F-18 en Finlande et en Suisse, etc.[86].

c – « sécurité économique » et insécurité militaire

L’offensive commerciale, engagée par les administrations Bush et Clinton dans l’exportation d’armes conventionnelles, n’apparaît pas vraiment favorable à l’établissement d’un climat de confiance indispensable pour réaliser une « communauté de sécurité » en Asie du nord-est. Cette offensive est d’autant plus déstabilisatrice, que les Etats-Unis sont déterminés à faire valoir leurs intérêts économiques face aux pays qu’ils estiment ne pas jouer le jeu du libre-échange; et dans ce domaine, les pays d’Asie orientale sont tout particulièrement visés; ils sont en effet régulièrement accusés de pratiquer un « commerce prédateur » consistant à pénétrer les marchés de leurs concurrents tout en maintenant un contrôle strict et difficilement décelable sur leur marché intérieur (importations et investissements)[87]. Tensions et incertitude dans la zone sont renforcés par un autre élément : le désengagement continu des Etats-Unis. Plusieurs événements en ont souligné le caractère réel[88], malgré l’offre américaine de protéger certains pays alliés grâce au projet de TMD (cf. supra).  La tendance s’amorce à la suite de la Doctrine énoncée à Guam par le Président Nixon en 1969 : les Etats-Unis feront en sorte de permettre aux Etats de la zone d’être responsables de leur propre défense. D’autres événements renforcent cette impression de désengagement : le départ américain du Viêt Nam et de l’Indochine, la proposition (non suivie d’effet) du candidat Carter de retirer de Corée du Sud les troupes américaines qui y étaient stationnées, les demandes américaines formulées au Japon et à la Corée du Sud d’assumer un rôle plus important dans leur défense, l’initiative stratégique de 1992 concernant l’Asie de l’Est (East Asian Initiative) réclamant une réduction par étapes des forces américaines dans le Pacifique, la fermeture des bases américaines dans la région, les coupes effectuées depuis la fin de la guerre froide dans les moyens affectés à la présence extérieure des forces américaines, les réticences des Etats-Unis à engager des unités pour assurer les opérations de maintien de la paix au Cambodge. 

Malgré les promesses américaines faites sur le maintien d’une présence militaire en Asie orientale, les événements précités ont engendré dans la région le sentiment que cette présence pouvait être remise en cause. De nombreux dirigeants sont ainsi convaincus que les Etats-Unis continueront de poursuivre leur désengagement, créant un vide de puissance que la Chine, le Japon[89], peut-être même l’Inde ou la Russie s’efforceront de combler. Ce faisant, ils ont estimé que la nouvelle donne stratégique nécessitait une meilleure préparation à des conflits imprévus et à des situations de guerres locales. Profitant des nouvelles dispositions américaines en matière de ventes d’armes (cf. supra, le concept de « sécurité économique »), ils ont opté pour des forces de réaction rapide structurées autour d’armes et d’équipement de haute technologie, et ont acquis les matériels suivants[90] : systèmes de communication, de renseignement, et de guerre électronique; avions de combats multi-tâches, avions de reconnaissance et de surveillance maritime, forces navales de combat en surface – toutes unités dotées de missiles antiforces navales, sous-marins à double propulsion (diesel-électricité); forces rapides de déploiement. Ces programmes de modernisation doivent leur permettre de gérer différents types de crises ou de faire face à d’autres formes de tensions intrarégionales. La protection des voies maritimes est en particulier à l’ordre du jour. Convaincus que la prospérité future de leurs pays est liée à la navigation et aux ressource maritimes contenues dans des Zones Economiques Exclusives (qui sont souvent plus grandes que leur territoire), ils ont restructuré et modernisé leurs forces pour se concentrer sur le contrôle et la protection de ces zones.

L’évocation, dans cette troisième partie, de questions liées à l’intégration de la notion de « sécurité économique » dans la doctrine de politique étrangère des Etats-Unis, est porteuse d’interrogations. Elles rendent concevables plusieurs scénarios : tout d’abord, le déclenchement en Asie orientale de conflits conventionnels dont l’ampleur est susceptible de croître, chaque pays estimant qu’il a les moyens militaires de faire respecter ses intérêts ou de faire accepter ses exigences; ensuite, la tentation proliférante dans le domaine des armes nucléaires, alimentée par effet rétroactif et jugée alors indispensable pour dissuader ce type de menace[91]; enfin, la remise en question des engagements traditionnels en matière de sécurité, induite par ces options. Les scénarios précités ont d’autant plus de chances de se matérialiser, que les Etats d’Asie orientale, désemparés par l’ouverture exigée de leurs frontières, les stratégies techno-financières de leurs firmes ou de leurs concurrents, et les calculs des opérateurs sur leurs marchés, se livrent aujourd’hui une « guerre économique » acharnée pour capter et fixer l’investissement direct étranger (IDE) sur leur territoire[92]. Le facteur est susceptible de remettre en question les alliances et les engagements de sécurité traditionnels.

           Cette situation, où les tensions économiques, les conflits latents internes ou externes, les méfiances liées à l’histoire, où les tentations impériales s’entremêlent – est éminemment complexe, et ses conséquences sont largement imprévisibles en Asie orientale[93]; elles le sont d’autant plus, qu’à ces questions, s’ajoute aujourd’hui une autre menace stratégique : l’extension des « zones grises[94]« .

            IV – « zones grises » et criminalité transnationale

            Le problème de la dénucléarisation partielle de l’Asie du Nord-Est a, jusqu’ici, été abordé dans un cadre qui est toujours celui de la guerre froide; un cadre où l’Etat parvient à légitimer l’idée qu’il détient le monopole de la violence sur un territoire donné; un cadre où les acteurs de la sécurité ou de l’insécurité sont identifiés, hiérarchisés, se connaissent et connaissent leurs forces. Or, certaines formes de la violence contemporaine, si elles sont moins spectaculaires que la guerre traditionnelle, n’en constituent pas moins de véritables défis pour la sécurité des territoires et des personnes. Générées par l’incurie politique, la détresse économique et sociale, elles précipitent le glissement de territoires, de sphères d’activité et de populations, vers une forme d’état de nature » où s’impose,  à l’échelon infranational, la loi du plus fort – un contexte peu propice à l’apparition ou la consolidation d' »Etats de droit »[95]. Ces formes de violence,  « complexifient » aujourd’hui les problèmes de sécurité et de défense, en ajoutant à la matrice guerrière traditionnelle (symbolisée par le duel, les alliances) des types inédits de conflits[96] et de menaces dont le caractère pluridimensionnel et parfois transnational rend difficile la classification; elles remettent en question toute idée d’une partition physique du terrain des hostilités, pensée uniquement en termes de « théâtre central, régional, ou local ».

            Pour illustrer, dans cette dernière partie, le problème des « zones grises » et leurs conséquences sur la création d’un processus de sécurité en Asie orientale, trois points seront abordés : le cas du district du Primorie et de Vladivostok (site retenu en  1994 comme lieu d’accueil possible de l’agence multinationale de contrôle de la LNWFZNEA), les analyses effectuées par des experts américains sur les trafics nucléaires en Russie, la commercialisation de produits à double usage et le développement de nouvelles formes de terrorisme.

            a – Vladivostok et le district du Primorie (extrême-orient russe)

            En 1994, un rapport parlementaire russe signalait qu’un ancien député du Soviet Suprême, devenu gouverneur du territoire administratif duPrimorié, s’était emparé de tous les leviers de pouvoir (administration, grandes entreprises, télévision) en s’appuyant sur les mafias locales et, dans une certaine mesure sur l’armée[97]. Le rapport précisait que les lois de la Fédération de Russie n’étaient plus appliquées sur ce territoire, et que régnait pour seule logique d’Etat,  » un népotisme de bande ». D’abord nommé à son poste en 1993 par le Président de la Fédération de Russie, Boris Eltsine, le gouverneur Evgueni Nazdratenko et, avec lui, la région administrative du Primorié et Vladivostok, paraissaient décidés à vouloir s’affranchir du contrôle de Moscou. Disposant de puissants protecteurs dans la capitale russe, soutenu localement par les directeurs des deux cents plus importantes entreprises du Primorié ainsi que par les acteurs de «l’économie de l’ombre » avec lesquels il avait créé en 1992 la la société PAKT (Corporation par actions des producteurs du Primorié), Nazdratenko ne semblait pas avoir vraiment contribué à mettre en valeur la ville de Vladivostok et le territoire du Primorié. Selon les mots de certains observateurs, « Vladivostok se trouve aujourd’hui dans un état de décomposition avancée. […]. A l’exception des voitures japonaises et des biens de consommation coréens qui dominent le paysage, il est difficile de croire qu’elle est située à proximité de la Chine, de la Corée et du Japon »[98]. La métropole et le district du Primorié étaient pourtant localisés dans une région dotée de richesses naturelles exceptionnelles (le potentiel minier est très important), d’une industrie et d’une agriculture relativement développées, de grands ports maritimes placés à proximité des voies commerciales internationales. Or,  au milieu des années 1990, le coût de la vie et le taux de criminalité[99] y étaient parmi les plus élevés de la Fédération de Russie[100] et 50% de la population du district vivaient en dessous du seuil de pauvreté.

Par rapport à la situation générale en Russie, le cas de Vladivostok n’avait rien d’exceptionnel. Mais il prenait un éclairage tout particulier à l’aune d’une réalité: la ville et son district servaient de port d’attache à la Flotte russe du Pacifique (en tant que territoire stratégique, leur accès avait été interdit à toute présence étrangère entre 1958 et 1991). A ce titre, ils abritaient plusieurs installations réservées aux sous-marins nucléaires[101]. Quatre d’entre elles étaient situées non loin de Vladivostok : Bolshoi Kamen, tout d’abord, un grand site de ravitaillement en combustible, réparation et démembrement des sous-marins nucléaires. Chazma Bay, ensuite, un site moins important de remise en état et de ravitaillement localisé à Dunai (Shkotovo-22) et Temp, sur la péninsule de Shkotovo en face de Strelok Bay. Installation 927-III, également, un site permanent de stockage et de traitement des déchets nucléaires situé à la pointe de la péninsule Shkotovo. Pavlosk, enfin, une base sous-marine majeure, située sur la côte de Strelok Bay. Dans la première moitié des années 1990, des écologistes appartenant à l’organisation Greenpeace, produisaient plusieurs rapports préoccupants consacrés aux installations militaires du Primorié[102]; ils signalaient, tout d’abord, sur certains sites, la présence de navires dont les coques rouillées laissaient fuir leur cargaison de déchets radioactifs liquides; ils évoquaient, également, les problèmes de désarmement des sous-marins nucléaires : la plupart d’entre eux contenant deux réacteurs, les autorités russes allaient devoir assurer le traitement du combustible irradié des réacteurs, celui des réacteurs eux-mêmes, ainsi que des résidus solides et liquides[103]; ils rappelaient, toutefois, que le gouvernement russe ne disposait, ni des fonds suffisants pour procéder à ces opérations, ni des fonds nécessaires pour assurer la sécurité des matériels nucléaires entreposés[104].

            La situation de septembre 1996 dans le Primorié confirmait une pénurie de fonds publics dans les secteurs les plus stratégiques. Au cours de la période, en effet, outre les grèves des mineurs et des employés du secteur énergétique, les personnels du chantier naval militaire de Zvezda cessaient le travail pour réclamer des arriérés de cinq mois de salaire et protester contre les coupures de courant dans leurs ateliers et leurs foyers. D’autres établissements militaires de Bolshoi Kamen se déclaraient prêts à en faire autant[105].  Quant à la compagnie d’électricité locale Dalenergo, incapable de se faire régler ses factures, aussi bien par les particuliers, les entreprises privées, que les secteur public et militaire (dans l’impossibilité de payer leurs employés), ses responsables cherchaient en Novembre 1996 comment ils allaient pouvoir se procurer les 18 millions de dollars nécessaires pour acheter le charbon et le gas-oil indispensables pour faire tourner leurs centrales (Vladivostok connaissait des coupures de courant dont les plus longues avaient duré 12h)[106]. Aux difficultés croissantes du pouvoir fédéral pour rémunérer les employer et acquitter les dettes du secteur public et militaire, se greffait ainsi, dans la région administrative du Primorié et comme nous l’avons déjà précisé, une situation de gestion locale catastrophique, et de corruption, qu’aucune aide fédérale ne semblait capable de corriger.

            Dans un contexte général difficile en Russie, la sécurité des installations militaires les plus sensibles n’a pu être assurée. Cette situation explique, par là même, le développement de trafics qui inquiètent les Etats-Unis. 

            b – trafics nucléaires en Russie : l’analyse des experts américains

            La croissance des activités illicites (trafics en tous genres) à proximité d’installations militaires en Russie (cf. supra, les bases navales de la flotte du Pacifique), les problèmes de survie quotidienne que les personnels employés dans ces installations connaissent, l’insuffisance des dispositifs de sécurité liés au manque de moyens, la demande de certains Etats proliférants – tous ces éléments ont rendu concevable le détournement de matériaux fissiles, de technologie ou d’armes nucléaires. Plusieurs études américaines, réalisées dans les années 1990, se sont efforcés de cerner l’ampleur du phénomène. 

            Publiée en 1996 pour le compte de l’armée américaine, une étude de G. H. Turbiville posait, tout d’abord, le problème de la criminalisation des forces arméesrusses[107]. Elle faisait ressortir les éléments suivants : l’Etat n’avait plus les moyens de rémunérer correctement ses personnels militaires, ni d’assurer la bonne marche de ses unités. Nombre d’entre elles, dans le but de compenser ce manque, s’étaient alors engagées dans des opérations de commercialisation de matériels clés. L’entreprise se révélant profitable, leurs hommes, mal payés, mal logés et démoralisés, s’étaient progressivement reconvertis dans des activités criminelles diversifiées : trafics d’armes et de drogue, détournement massif d’équipement et de matériels, opérations d’extorsions et de racket, avec des conséquences graves pour la sécurité. Comme le notait Turbiville, « De façon générale, à partir d’avril 1995, le MVD russe (service de renseignement) considérait que les forces militaires étaient devenues le principal fournisseur d’armes à destination des organisations criminelles et des participants aux différents conflits ethniques, à l’intérieur ou à la périphérie de la Fédération de Russie »[108]. Des armes, munitions, équipements, étaient dérobés par des civils employés dans les bases, souvent avec la complicité de personnels militaires; des installations étaient attaquées par des groupes de criminels armés, qui neutralisaient ou tuaient les sentinelles pour dérober des armes; des matériels militaires étaient vendus directement par des officiers stationnés en Russie et à l’étranger. A partir de ces observations, Turbiville posait une question : sachant que des militaires de haut rang, chargés de la sécurité d’installations et d’équipements conventionnels, se laissaient corrompre, qu’en était-il des personnels chargés de la sécurité des armes chimiques, biologiques et nucléaires?

Des réponses partielles étaient faites, dans deux enquêtes consacrées au phénomène de prolifération des armes de destruction massive. Le 13 mars 1996, le Dr W. C. Potter témoignait devant une commission sénatoriale présidée par le Sénateur S. Nunn[109]. Il faisait état de sept cas précis de contrebande nucléaire organisés, entre 1992 et 1994 à partir des territoires de l’ex-URSS, impliquant le détournement de quantités significatives d’uranium enrichi et de plutonium[110]. Son analyse du problème l’amenait à formuler trois remarques : la protection des réserves de combustible, pour les réacteurs à propulsion nucléaire des unités militaires navales, ou des brise-glace, était inadéquate; il en était de même pour le combustible nucléaire déjà utilisé en provenance de ces sources; d’importantes quantités d’uranium hautement enrichi ne faisaient l’objet d’aucune surveillance particulière au Kazakhstan. Potter signalait, en outre, d’autres éléments importants : les « proliférateurs » appréhendés appartenaient aux personnels des instituts de recherche nucléaire ou des bases navales; ils ne semblaient pas avoir eu de vrais commanditaires, mais paraissaient plutôt avoir voulu faire du profit rapidement, afin d’améliorer leur situation économique. J. Deutch, ancien directeur de la CIA, faisait, à la même époque, une analyse très similaire sur les origines de la prolifération[111]. Selon lui,  tous les militaires russes – dont ceux responsables des matériels et installations nucléaires pourtant traditionnellement mieux lotis – étaient confrontés à des problèmes graves de logement, salaire, nourriture, services sociaux. Les personnels de MINATOM, le ministère de l’Energie Atomique, avaient même été avertis par leur hiérarchie qu’ils allaient devoir commercialiser leurs talents et les ressources de leur ministère, pour assurer ses dépenses de fonctionnement et leurs revenus. Il existait ainsi, en Russie, une population de spécialistes attachés au complexe nucléaire (civils et militaires) qui cherchait à se reconvertir dans le privé. Un système peu fiable d’inventaire des matériaux et des équipements, de même qu’une demande réelle de la part de pays proliférants et de terroristes potentiels, ajoutaient au problème de sécurité.

            Les conclusions de ces enquêtes faisaient apparaître une réalité : les problèmes de prolifération en Russie étaient liés de façon inextricable à la situation politique, économique, et sociale de la Fédération, dont certains territoires et leurs populations civiles ou militaires avaient basculé dans la criminalité. Par rapport aux ambitions des concepteurs d’une LNWFZ, ces observations permettaient d’entrevoir la difficulté de protéger des armes, installations et technologies nucléaires dans une  zone grise russe obéissant à d’autres principes que ceux de l’Etat de droit : comme l’écrivait A. Anderson, « les lois en vigueur y sont floues, incomplètes, parfois contradictoires, tout comme les droits de propriété; il n’existe aucun consensus sur ce qui est légitime, moral et acceptable et ce qui ne l’est pas; la corruption ayant été institutionnalisée en système de récompense par le régime précédent, s’y attaquer entraîne, pour les responsables politiques, le risque de voir l’initiative se retourner contre eux; les efforts pour appliquer la loi contre la violence des organisations criminelles peuvent directement affecter les intérêts de dirigeants aux plus hauts sommets de l’Etat[112]« .

Dans le contexte des zones grises, la sécurité internationale prend ainsi une autre dimension. Même si, pour produire des armes nucléaires, bactériologiques ou chimiques, les groupes criminels, terroristes, ou les Etats, se doivent toujours de posséder les ressources financières, les infrastructures scientifiques et industrielles indispensables pour enrichir l’uranium ou retraiter les combustibles nucléaires irradiés – ces acteurs bénéficient, aujourd’hui, grâce à l’existence de pays surarmés mais fragiles, de conditions plus favorables qu’auparavant (ordre bipolaire), pour parvenir à leurs fins.

            c – produits à double usage et « terreur sainte« 

            Certains produits, ont une double vocation, civile et militaire. De ce fait, leur contrôle est très difficile. Les firmes qui les fabriquent, n’ont pas forcément vocation à se préoccuper d’intérêt national, ni les moyens (ou le désir) de connaître l’utilisation finale de leurs produits, ou l’identité réelle de leurs clients. Cette situation offre de nouvelles opportunités aux Etats, organisations terroristes ou criminelles, en quête d’armes de destruction massive.

Si l’on prend ainsi l’exemple du krytron, cette sorte d’interrupteur, de la taille d’une pellicule photographique, est utilisé pour la mise à feu des engins nucléaires. Mais il est également utilisé dans la technologie des lasers, et dans celle de l’exploration pétrolière[113]. Bien que restreint à la vente, la concurrence sur le marché des armes que se livrent les quelques pays qui le fabriquent (Etats-Unis, France et République Populaire de Chine),  ainsi que sa double vocation, civile et militaire, en rend concevable la diffusion ou l’appropriation illicite. D’autres équipements comme les excavatrices de 10 m de diamètre utilisées pour creuser des tunnels ou les systèmes de nettoyage et de dépollution, peuvent être détournés de leurs finalités pacifiques : les premières pour enterrer les programmes et les armes nucléaires si profondément, que même des missiles nucléaires dotés de capacité exceptionnelle de pénétration ne parviendront à les atteindre; et les seconds, pour empêcher des capteurs perfectionnés de repérer les émissions chimiques, biologiques et nucléaires de programmes secrets d’armements[114]. Il existe, en outre, d’autres types d’armes moins encombrants, plus faciles à fabriquer et autrement plus létaux que les armes nucléaires : ce sont sont les organo-phosphorés comme le Sarin dont une petite quantité (1 à 2 kg) transportable dans de simples sacs en plastique ou des récipients métalliques suffit à causer, soit par contact avec la peau, soit par la respiration, des pertes humaines considérables (0.6 g suffit pour éliminer une personne d’environ 60 kg en moins de 5 minutes)[115]. L’existence de ces produits à double usage inquiète d’autant plus les responsables chargés des questions de sécurité, que le terrorisme a changé de nature. Auparavant, comme l’indique B. Hoffman, la plupart des terroristes se tenaient à l’écart des moyens de destruction massive. La crainte de subir directement leur effets, et leur incapacité à les fabriquer, paraissaient faire obstacle à cette possibilité[116]. Mais en mars 1995, l’utilisation, au mépris de leur vie, de gaz toxique par les membres de la secte japonaise Aum Shinri Kyo, changeait la donne. Ayant précédemment tenté, sans succès, d’extraire de l’uranium en Australie, et d’acheter des têtes nucléaires russes[117], ils ajoutaient, par leur acte, une dimension au terrorisme, en traduisant dans le concret l’idée de « terreur sainte« , portée par un système de « violence de droit divin », sans limites.

La combinaison « zones grises », « produits à double usage » et « terreur sainte », ajoute un degré de complexité supplémentaire au traitement de la prolifération nucléaire en Asie du nord-est. Elle rend difficilement crédible le seul traitement technique[118] de problèmes dont les racines plongent dans les impasses diplomatiques, économiques ou financières, redevables aux ambitions des grands acteurs régionaux (gouvernements et forces transnationales).

            Conclusion

            Jusqu’ici, les délégations impliquées dans la conception d’une LNWFZ-NEA, ont abordé le problème, à partir d’une vision des relations internationales dominée par les Etats. Leur réflexion s’est donc portée prioritairement sur plusieurs points : les critères retenus par chaque pays pour définir des zones dénucléarisées, le parapluie de défense anti-missile du TMD, les relations multilatérales et bilatérales dans la région, le rôle des armes nucléaires.  Il s’agit bien là d’une conception extrêmement classique de la notion de sécurité qui n’intègre, ni la nouvelle donne économique et financière en Asie orientale, ni l’existence de formes inédites de terrorisme, ou l’expansion de la criminalité organisée.

Le processus de rencontres, amorcé par le CISTP de Georgia Tech, a pourtant marqué des points importants : au cours des années, les partenaires du Senior Panel – véritables relais semi-officiels auprès de leur gouvernements respectifs – ont appris à se connaître, à s’estimer, et ont été porteurs de propositions concrètes;  ensuite, les débats ont permis d’aborder librement des sujets fondamentaux pour la sécurité collective dans la zone et dans le monde; enfin, la pérennité du projet a montré qu’il existait un réel désir de trouver des solutions originales, négociées dans un cadre « pluraliste », dépassant l’aspect purement militaire et stratégique, abordant les questions de développement, voire les relations culturelles. L’intégration d’observateurs extérieurs, dans le processus, a également prouvé l’esprit d’ouverture des créateurs du projet.

En mars 2000, le CISTP de Georgia Tech accueillait une délégation de huit représentants officiels de la Corée du Nord qui venaient de boucler une session de dix jours de négociations organisées avec le gouvernement américain. S’il n’est pas possible d’établir de lien direct entre la tenue de ces rencontres et le sommet historique de juin de la même année entre les chefs d’Etat sud- et nord- coréens, il n’en reste pas moins que la combinaison d’initiatives officielles et informelles[119] demeure un moyen privilégié de maintenir ouvertes les voies du dialogue et de la négociation entre des parties aux vues a priori irréconciliables.


[1] A l’origine, ce texte très complet devait faire l’objet d’une publication dans un ouvrage en anglais réunissant les contributions des participants (chercheurs, représentants des différents pays impliqués et leurs institutions) à la création d’une LNWFZ Mais les difficultés à obtenir les nombreuses contributions attendues mit un terme à ce projet.

[2] Le 12 mai 1995, 178 pays (dont 173 pays non-nucléaires) sur les 185 membres des Nations-Unies acceptaient de renouveller, pour une durée illimitée, le Traité de Non-Prolifération (TNP) des armes nucléaires (conçu en 1968 et signé en 1970). L’inde, Israël et le Pakistan, soupçonnés d’être en mesure de produire des armes nucléaires, sinon d’en posséder, s’abstenaient. Le TNP divise le monde en deux catégories bien étanches d’Etats : ceux qui ont procédé à une explosion nucléaire avant le 1er janvier 1967 (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine) ont le droit d’avoir des armes nucléaires; les autres y renoncent à jamais, tout en ayant la possibilité d’avoir accès au nucléaire à des fins pacifiques. Les cinq pays du « Club Nucléaire officiel » s’engagent toutefois à réduire et éliminer progressivement leurs arsenaux nucléaires. Sources : C. Sublette, « Nuclear weapons frequently asked questions », http://www.onestep.com/milnet/nukeweap/nfaq7.html, july 12 1996;  P. Boniface, La volonté d’impuissance, Paris, Seuil, 1996, p.101.

[3] L’Asie Orientale comprend  :

– l’Asie du Nord-Est : Mongolie, Chine, Péninsule Coréenne, Japon;

– l’Asie du Sud-Est est formée de deux ensembles géographiques : la péninsule indochninoise (Viêt Nam, Laos, Cambodge, Birmanie, Thaïlande, Malaysia),  et un monde insulaire divisé en plusieurs Etats (Singapour, Indonésie, Bruneï, Philippines). L’expression « Asie du Sud-Est » a été forgée au cours de la seconde guerre mondiale par les Britanniques. Elle désignait un commandement militaire, le « South-East Asia Command », dont l’objet était la reconquête de la Malaisie et des Indes Néerlandaises alors occupées par les Japonais, dans R.Blanadet, L’Asie du Sud-Est : Nouvelle Puissance Economique, Presses Universitaires de Nancy, 1992, p.13.

[4] La zone dénucléarisée d’Amérique latine couvre désormais l’intégralité du sud du continent américain, depuis les ratifications en 1994 et 1995 par l’Argentine, le Chili, le Brésil, Bélize, la Guyana, Ste Lucie et St Kitts-et-Nevis, ainsi que la signature de Cuba, annoncée en 1994 et effective le 25 mars 1995, dans : L’Année Stratégique-Les Equilibres Militaires, Paris, Arléa, 1996, p.190.

[5] Si le traité a été signé dans la capitale égyptienne du Caire, il n’en porte pas moins le nom de « Traité de Pelindaba », du nom de la petite ville d’Afrique du Sud qui a abrité le programme nucléaire de ce pays et où se sont conclus, en 1995,  trente et un ans de négociations entreprises dans le but d’instaurer une « zone africaine franche de l’arme nucléaire », Source AFP (Service Economique), Jeudi 11 Avril 1996, 11H40 GMT.

[6] Durant les années 1970 et 1980, Taiwan a poursuivi un programme secret d’armement nucléaire. Ce programme, initié comme celui de l’Inde grâce à un réacteur de recherche fourni par le Canada (40 MW heavy water research reactor) a été abandonné en Mars 1988 sous la pression des Etats-Unis, T. Zimmermann et S.V. lawrence, « Will Taiwan succumb to the nuclear temptation? », U.S News and World Report, 1996, webmaster@usnews.com. Le pays possède six réacteurs civils installés dans trois centrales nucléaires (un quatrième projet est à l’étude depuis une dizaine d’années). En 1994, ces réacteurs ont produit 30,4% de l’électricité du territoire sous le contrôle de l’opérateur national Taiwan Power Company (Taipower), The 1996 Republic of China Yearbook, The Government Information Office, Republic of China,1996, p.165.

[7] En 1863, Taiwan devient une partie de la province chinoise du Fukien et en 1885 se voit attribuer le statut de 22ème province chinoise. 10 ans plus tard, le Japon en fait une colonie (traité de Shimonoseki). A partir de 1936 et en même temps que la préparation du Japon à la conquête s’accélère,Taiwan est assimilée à une province japonaise. L’île est restituée au gouvernement nationaliste chinois par les Etats-Unis en octobre 1945 (Déclaration du Caire). En décembre 1949, après la défaite du Guomintang face aux troupes communistes,Taiwan est officiellement consacrée fief du gouvernement nationaliste chinois. Aujourd’hui,Taiwan n’existe plus dans la plupart des grands organismes internationaux. Son retrait de l’ONU est amorcé en 1971 lorsque la RPC l’évince (25 octobre) pour prendre place parmi les membres permanents du Conseil de Sécurité. L’année suivante, un coup très rude est porté à ses dirigeants lorsque débute le processus de rapprochement entre les Etats-Unis, son principal allié, et la RPC. Ce choc est aggravé par la reconnaissance complète de la RPC achevée en 1979, suivie du départ des troupes américaines stationnées sur l’île. Perçue par les Taiwanais comme une trahison mal compensée par le Taiwan’s Relations Act (mars 1979) elle entraîne une réduction considérable du nombre des pays avec lesquels Taiwan maintient des relations diplomatiques. Aujourd’hui, la République de Chine n’est reconnue, à l’exception du Saint Siège et de quelques pays africains, que par des micro-Etats des Caraïbes et du Pacifique Sud. Sources : The 1996 Republic of China Yearbook, op.cité; F. Godement, La renaissance de l’Asie, Paris, Odile Jacob, 1993; N. Wang, L’Asie orientale : du milieu du 19ème siècle à nos jours, Paris, A.Collin, 1993; H. Tertrais, Asie du Sud-Est, le décollage, Paris, Le Monde Editions, 1996.

[8] Le statut prévu pour Hong-Kong après le 30 Juin 1997 est celui d’une « région administrative spéciale » partie intégrante de la Chine, mais où il est prévu que la capitalisme reste en vigueur pendant 50 ans. Hong Kong dépend de la Chine pour la moitié de son approvisionnement en nourriture et eau potable, ainsi que pour la majeure partie de son électricité fournie par la centrale nucléaire de Daya Bay au nord-est et pour le gaz, de l’île de Hainan au sud-ouest. Hong-Kong est aujourd’hui la porte du continent chinois, dont une bonne moitié des échanges avec l’extérieur passe par son port, dans : « Hong-Kong », Le dossier de L’Expansion, du 26 sept au 9 oct 1996, pp.104-111.

[9] Le CISTP est une création du Dr. J. E. Endicott. C’est après une carrière de 31 ans au service du gouvernement des Etats-Unis – dont 28 années passées au sein de l’armée de l’air et 3 dans le « Senior Executive Service » du Ministère de la Défense – que J. Endicott devient « Professor of International Affairs » en juillet 1989, et qu’il met sur pied le CISTP à l’Université de Georgia Tech. Il a été le Directeur du Institute for National Strategic Studies entre 1986 et 1989 à Fort Mc Nair (Washington) et durant sa carrrière d’officier dans l’armée de l’air a occupé les fonctions de « Associate Dean of the National War College », « Deputy Air Force Representative to the Military Staff Committee of the UN Security Council », et « Division Chief of the International Affairs Division at Headquarters USAF » au Pentagone.

[10] Cette section sur la genèse, les concepts et processus d’une LNWFZ – NEA a été réalisée à partir de plusieurs documents : CISTP, « A Summary Report », 5th Meeting of the Expanded Senior Panel of the Limited Nuclear Weapons Free Zone for Northeast Asia, Tokyo and Hakone, Japan, 3-6 ocober, 1999. J. Endicott, « Existing Criteria for Nuclear Weapons-Free Zones and The Limited Nuclear Weapons-Free Zone Concept for Northeast Asia », A Report presented by the Chairman of the Interim Secretariat Regarding Efforts to Create a Cooperative Security Regime in Norheast Asia, 5th Meeting of the Expanded Senior Panel, Hakone, Japan, oct. 1999; J. Endicott, « A limited Nuclear-Weapons-Free Zone in Northeast Asia : a track-II Initiative », Disarmament Diplomacy, Issue n°35, 1998.

[11] Quelques années plus tard, le Centre d’analyse politique Comparée (CAPC) devient le Centre d’Analyse Politique Comparée, de Géostratégie et de Relations Internationales (CAPCGRI) de l’Université Montesquieu Bordeaux IV.

[12] La délégation française comptait dans ses rangs :  J. Valade, ancien Ministre de la Recherche, Sénateur et Président du Conseil Régional; C. Zorgbibe, Recteur et Professeur à l’Université Paris I; le Général Mouton; J.L. Martres, Professeur de Science Politique à l’Université Montesquieu Bordeaux IV et directeur du Centre d’Analyse Politique Comparée (CAPC); M. Bergès, Professeur de Science Politique à l’Université Montesquieu Bordeaux IV et co-directeur du CAPC; Michel Dusclaud (organisateur de la réunion), Ingénieur d’Etudes au CNRS et Chercheur associé au CAPC; H. Couteau-Bégarie, Directeur d’Etudes à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Président de l’Institut de Stratégie Comparée et Chercheur associé au CAPC; V. Niquet, Directeur des Etudes asiatiques à  l’Institut de Stratégie Comparée et Chercheur associé au CAPC; D. L. Seiler, Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux, Directeur de Recherche au CNRS, et Chercheur associé au CAPC; B. Sionneau, Professeur à l’Ecole Supérieure de Commerce de Bordeaux, Chercheur associé au CAPC; G. Pan Eng Bok, Chercheur au CNRS; Bui Xuan Quang, Professeur-assistant à l’Université de Paris X.

[13] La première corbeille décline trois thèmes : le retrait des armes nucléaires tactiques américaines d’Europe, l’objectif étant de rassurer la Russie sur les intentions pacifiques de l’OTAN; l’assurance que des armes d’un certain type ne seront pas utilisées à l’encontre d’une zone géographique qui en est dépourvue; la production, gérée par le secrétariat intérimaire, de papiers de recherche multilatéraux produits par les différentes délégations, dans le but de préparer les conférences plénières. La deuxième corbeille est consacrée à la création de mesures destinées à renforcer la confiance (Confidence Building Measures). Quatre dimensions sont retenues à cet effet : l’inscription de la RPC dans l’organisation chargée de piloter le processus de développement économique de la péninsule coréenne (KEDO); la participation de la RPC aux manœuvres militaires organisées en commun par le Japon et la République de Corée; l’élargissement du processus de discussion quadripartite à un processus impliquant six interlocuteurs dans le but d’aboutir à des accords de coopération du même type que ceux de la CSCE; une limite des arsenaux nucléaires américains et russes à 1000 engins comme prélude à l’existence effective d’une LNWFZ. La troisième et dernière corbeille évoque la dimension du soutien au développement économique de la zone. Deux aspects y contribuent : l’un vise à impliquer la RPC dans le traitement des problèmes de sécurité posés par la Corée du Nord; le second a pour but de développer une coopération entre les Etats-Unis, la République de Corée et le Japon pour aider la Chine à traiter le problème posé par l’afflux de réfugiés en provenance de la Corée du Nord.

[14] J. E. Endicott, « The impact of a limited nuclear free zone on deployed nuclear weapons in northeast asia », Georgia Institute of Technology, Center for International Strategy, Technology and Policy (CISTP), presented at the East-West Center, Honolulu, Hawaï, during the Conference on Peace and Security and the Nuclear Issue, 17-19 July 1994.

[15] La Zone Démilitarisée ou « Demilitarized Zone » (DMZ) est large de 4 km et s’étend de part et d’autre d’une « ligne de démarcation provisoire » longue de 239 km et marquée de 1292 poteaux au delà de laquelle s’étend, au sud, une zone de défense de 50 km de profondeur. Les réalités géostratégiques de la division de la péninsule font que Séoul, la capitale sud-coréenne est localisée à moins de 40 km de la DMZ, alors que Pyongyang en est à 150 km, dans : M. Foucher, Fronts et Frontières, Paris, Fayard, 1991, pp.314-315.

[16] « Toward a limited Nuclear Free Zone in Northeast Asia, Senior Panel’s Deliberations Draft Initial Agreement, 24 February 1995.

[17] Sont considérés comme « tactiques » les armes nucléaires dont la production d’énergie libérée lors de l’explosion est inférieure à 1 MT. « Armes du champ de bataille », elles sont destinées à atteindre des cibles éloignées de leur point d’origine (500 km au maximum) et éliminer en un seul coup une quantité significative d’unités adverses. Leurs missiles et vecteurs de lancement ou d’emport sont de cinq types (nous conservons ici la terminologie américaine) : Free Fall Bombs (parachute assisted for air bursts), Attack Missiles Class 1 (Carried aloft by aircraft and includes both short range and stand-off air-to-surface weapons such as cruise missiles), Cruise Missiles Class 2 (carried by Submarines or Naval Surface Vessels), Cruise Missiles Class 3 (Launched from the Battlefield), Battlefield Ballistic Missiles (Launched from the Battlefield). Les armes stratégiques quant à elles sont les plus redoutables. Elles sont capables d’emporter des charges comprises entre 1 Mt et plus de 500 MT sur des distances supérieures à 5500 km. La taille de leurs têtes nucléaires fait qu’elles ne peuvent être tirées par canon ou emportées par des missiles du champ de bataille. Leurs fusées porteuses sont, soit des missiles intercontinentaux basés à terre, soit des missiles lancés à partir de sous-marins ou de bombardiers. Sources : P. Moreau-Defarges, Problèmes Stratégiques Contemporains, Hachette, 1992, p.70 et Milnet : Open Source Military Information Database http://www.onestep.com/milnet/milnet.htm.

[18] Le choix de Vladivostok comme site d’accueil de l’agence soulevait quelques interrogations. Elles portaient notamment sur l’évolution de cette ville et du district du Primorié, dont le gouverneur Nazdratenko ancien député du Soviet Suprême et désigné par Boris Eltsine, paraissait en 1994 avoir échappé à tout contrôle de Moscou; cf. notre développement sur la question, dans la IVème partie de ce travail.

[19] L’organisation d’une rencontre historique, entre les chefs d’Etat de Corée du Nord et du Sud est prévue pour juin 2000. Les dirigeants des deux frères ennemis ont, chacun, des priorités différentes : une situation économique et sociale catastrophique pour la Corée du Nord; la menace nucléaire que représente ce pays pour la Corée du Sud. Derrière ces tentatives de rapprochement (voire de réunification) il est nécessaire d’intégrer les calculs dipomatico-stratégiques chinois, américains et japonais.

[20] J. E. Endicott, « A Limited Nuclear Weapons Free Zone for Northeast Asia? », Draft, Center for International Strategy, Technology, and Policy, 1996, p.6.

[21] C’est l’appellation que donne C. Sautter à la formule asiatique de l’Etat Protecteur, Promoteur, Programmateur et Producteur, dans « Un Etat Pro : Etat et marché en Asie », Cahiers de l’IREPD, 1988, cité dans J.R Chaponniere et P. Judet, « Dynamiques industrielles asiatiques: quels enseignements pour l’Afrique? »,  Annales des Mines, Juin 1993.

[22] Malgré les différences de trajectoires qu’empruntent les grands pays industrialisés et leurs firmes en matière de développement scientifique et technique, un facteur les rapproche : leur réussite et leur domination dans ces domaines ne résultent pas seulement du jeu des forces du marché. Elles ont été rendues possibles par la présence complémentaire d’institutions qui, jusqu’ici, ont permis d’en compenser les défaillances (lorsque par exemple la duplication de recherches entraîne un gaspillage de ressources, ou lorsque la protection partielle de l’innovation n’est pas assurée), dans : B. Amable, R. Barré, R. Boyer, Les systèmes d’innovation à l’ère de la globalisation, Paris, Economica, 1997. Un examen des « systèmes d’innovation » en Asie orientale révèle des résultats pour le moins mitigés. Si l’on prend le cas de la Malaisie, l’approvisionnement assuré par les entreprises locales de l’industrie électronique (cad les produits que les entreprises étrangères achètent aux entreprises installées dans le pays d’accueil) représente 20% de la valeur ajoutée totale. Mais 10% seulement sont achetés à des entreprises malaisiennes, le reste étant acquis auprès d’entreprises étrangères installées dans le pays d’accueil. Quant à la Corée du Sud et Taiwan, si les productions de ces pays ont atteint un niveau plus élaboré, ils éprouvent néanmoins de grandes difficultés à améliorer leurs normes de production. Les licences dont ils ont besoin ne sont pas dans les domaine public et leur acquisition reste très onéreuse. Malgré leurs efforts, les spécialistes estiment qu’ils n’ont toujours pas réussi à créer un système national d’innovation. Concernant la commercialisation sur le marché américain d’une nouvelle génération de semi-conducteurs, l’expérience a prouvé que les producteurs de ces pays ne s’étaient pas employés prioritairement à innover, mais qu’ils avaient le « génie de l’imitation ». Comme le souligne D. Hochraich, « L’intégration régionale basée sur la segmentation du procès de travail en raison des avantages comparatifs de chaque pays, assure la prééminence aux entreprises transnationales. Les firmes oligopolistiques confinent les partenaires des pays appelés « émergents » dans un rôle subordonné d’où ils ne peuvent espérer sortir. Tout est mis en œuvre pour perpétuer cette situation : le tronçonnage du procès de travail, la rétention des connaissances technologiques, le coût de leur transmission, la « solidarité » entre oligopoles, le contrôle des réseaux de commercialisation. Le transfert technologique obtenu à travers ce type de pratique ne diffuse pas automatiquement dans l’ensemble de l’économie », dans : D. Hochraich, L’Asie, du miracle à la crise, Bruxelles, Editions Complexe, 1999, pp.70 et148.

[23] Les Nouvelles Formes d’Investissement (NFI) : il s’agit des filiales étrangères où la FMN possède moins de 50% du capital, des accords de licence, de l’assistance technique, du franchisage, de la sous-traitance internationale, des accords de partage de la production, de la coopération industrielle, des contrats de gestion ou de service, des livraisons d’usine clés en main, produit en main ou marché en main et des accords de cofinancement […], W. Andreff, « La déterritorialisation des multi-nationales : firmes globales et firmes réseaux », dans B. Badie et M C Smouts (dir.), « L’international sans territoire », Cultures et Conflits,  Paris, L’Harmattan, sept 1996, p.379-380.

[24] La part de l’étranger dans la capitalisation boursière sud-coréenne est passée de 14,6% à 19,4% au cours des premiers mois de 1998, Y. Gounin., S. Vivier-Lirimont., La crise asiatique, Paris, Presses Universitaires de France, 1999, p. 105.

[25] cf. J. R. Chaponnière, « New Markets in Asia : a brief survey of services », Paper presented at the Conference Changing Markets in Asia, sponsored by the LVMH Group and held at the INSEAD Euro-Asia Center, Fontainebleau, France, Feb 3 and 4, 1995, p.14-15.

[26] Quelques mots sur la « diaspora » et les « réseaux chinois » : il n’existe pas de traduction chinoise de la notion de diaspora. La terminologie officielle de la République Populaire de Chine distingue les Chinois résidant à l’étranger (« Huaqiao ») qui ont conservé la nationalité chinoise, des Chinois de nationalités étrangères (« Waiji Huaren ») qui ont adopté la citoyenneté du pays d’accueil, des ressortissants étrangers d’origine chinoise (« Huayi »), des compatriotes (« Tongbao ») de Hong-Kong, Macao et Taiwan. En Asie orientale, l’émigration des chinois est très ancienne (les premiers courants sont datés du 3ème siècle avant notre ère), mais elle prend une grande ampleur à partir du 19ème siècle. Depuis, le flux n’a cessé. Les populations migrantes de cette troisième Chine sont originaires à 90% des provinces du Guangdong, du Fujian et du Hainan (Chine méridionale). Elles se divisent en réseaux dialectaux dont les principaux sont les suivants : Hokkien (20 millions : commerçants et banquiers), Cantonais (9 millions : grand négoce, artisanat, restauration), Teochew (5 millions: commerce agro-alimentaire et secteur bancaire), Hakka (7 millions d’individus dont certains ont eu des destins politiques d’exception : Lee Teng Hui à Taiwan et Lee Kuan-Yew à Singapour). Estimés à 53, 85 millions d’individus dont 93,22% vivent en Asie, les Chinois de l’étranger ont constitué des réseaux puissants en Asie orientale et dans le reste du monde. Ces réseaux sont très actifs, parfois pénétrés ou animés par des sociétés secrètes (triades). Ils ne forment pas de communauté homogène et soudée, organisent leurs propres congrès mondiaux réguliers, et génèrent une impressionnante circulation d’informations et de biens. Selon une étude Taiwanaise, ces chinois d’outre-mer produisent une richesse estimée à environ 500 milliards de dollars et disposent de réserves en devises de 217,8 milliards de dollars. R.P Cronin indique qu’en 1990, ces « chinois de l’étranger » contrôlaient les 3/4 du capital privé de l’Indonésie, 68% aux Philippines, 60% en Thaïlande et 33% en Malaisie. Toutefois, comme le soulignent J.C Pomonti et H. Tertrais à propos de la « diaspora » vietnamienne (les Viêt Kiêu), dans le cas chinois, il est également difficile de parler de « diaspora », dans la mesure où les 40 à 50 millions de chinois répartis de part le monde ne représentent pas un peuple dispersé, comme le peuple juif, pour l’essentiel, hors de ses frontières. Sources : E. Billes, « Le rôle de la diaspora chinoise Sud-Est asiatique dans le double mouvement d’ouverture de la République Populaire de Chine », IIIème Séminaire International de Recherche Euro/Asie, Nantes, Novembre 1996; J.P Larivière et P. Sigwalt, La Chine, Paris, Masson/Armand Colin, 2ème ed, 1996, p.120; RP. Cronin, Japan, the United-States, and Prospects for the Asia-Pacific Century, ST Martin’s Press, Institute of South-East Asian Studies, 1992, p.24; J C Abegglen, Sea Change, The Free Press, 1994, p.188; B. Badie, La fin des territoires, Paris, Fayard, 1995, p.236; Courrier International n°160 du 25 nov 1993 et Courrier International n°257 du 11 oct 1995, cités dans : F. Constantin, « L’informel Internationalisé », dans : B. Badie et M.C Smouts (dir.), « L’International sans Territoire », Cultures et Conflits, Paris, L’Harmattan, sept 1996, p.314. cf également, R.P Cronin, op.cit.,pp.24-25; J C Pomonti et H. Tertrais,  Viêt Nam, Communistes et dragons, Paris, Le Monde Editions, 1994, p.149.

[27] Si l’on prend le cas de la République Populaire de Chine, ses dirigeants ont misé sur l’imbrication toujours plus étroite de leurs relations avec Taiwan et Hong-Kong par les Zones Economiques Ouvertes (ZEO), les Zones Economiques Spéciales (ZES) et les trois deltas (Changjiang, Rivière des Perles, sud du Fujian), pour financer la croissance du pays, et dans le même temps, réintégrer ces territoires dans l’ensemble chinois. De la même façon, les autorités de Taiwan ont favorisé les investissements en direction de la Chine continentale parce qu’elle leur assurait le réservoir de main d’œuvre et de matières premières indispensables pour préserver la compétitivité de leurs économies et qu’elle leur permettait de reconquérir et d’ouvrir d’avantage le continent, par l’intermédiaire de leurs capitaux. Mais la République Populaire de Chine, tout comme la République de Chine (Taiwan) s’inquiètent de l’ampleur que prend cette ouverture : la première voit en effet les provinces méridionales prendre de plus en plus de distance et la seconde craint un renforcement trop brutal de la puissance économique de la Chine continentale, par l’intermédiaire d’investissements dont elle ne parvient plus à contrôler la dynamique : des milliers d’entreprises taiwanaises auraient ainsi investi près de 40 milliards de dollars en Chine, en dépit de la réglementation de Taipei qui interdit aux hommes d’affaires d’investir plus de 50 millions de dollars dans un seul projet. Les autorités de Taiwan ont tenté de réagir à deux niveaux : elles ont conçu un plan stratégique (« Southern Investment Policy Paper »), destiné à inciter leurs entrepreneurs à diversifier leurs investissements en Asie du Sud-Est et contourner Hong-Kong par Singapour, où il leur est fortement conseillé de faire domicilier leurs filiales ou entreprises mixtes; elles ont également pris la décision, avec le gouvernement de Singapour, de se lancer dans des plans de développement communs à l’étranger (Paraguay, Uruguay, Viêt Nam, Indonésie, Philippines, Inde et Birmanie), dans : Sources d’Asie, 2000, http://www.sources-asie.tm.fr/; Reuters, « Vietnam’s leading invesors form industry alliance », cité dans Vietnam Investment Review, 6-12 March, 1995;  « Asia’s Power Struggle », Newsweek, November 15, 1993, p.13.

[28] Le 5 novembre 1996, à l’issue d’un renouvellement de l’équipe du Premier Ministre vietnamien Vo Van Kiet, Le Duc Thuy, qui a étudié à Harvard était nommé Vice-Gouverneur de la Banque d’Etat (Banque Centrale). Il était jusqu’alors conseiller économique du Secrétaire Général du Parti Communiste Do Muoi. Cette nomination, comme les changements décidés dans d’autres ministères étaient, selon les commentateurs, destinés à confier à des communistes plus jeunes et compétents la gestion économique du pays, « Asie », Le Monde, 8 novembre 1996.

[29] Parmi tant d’autres cas, on peut citer au Japon les scandales de la Banque Daiwa, qui ont éclaté avec la révélation en 1995 de pertes de 1,1 milliard de dollars, à cause des opérations frauduleuses d’un employé de la filiale new-yorkaise, dans Naoki Okabe, Nihon Keizai Shimbun, cité dans : Courrier International n°308, du 26 septembre au 2 octobre 1996, p.21.

[30] En 1993, les banques et les institutions financières non bancaires japonaises affichaient entre 550 et 600 milliards de « mauvaises dettes » (prêts irrécupérables ou dont les intérêts n’avaient pas été payés depuis 6 mois…), dans : F.F Clairmont, « Etat d’urgence économique au Japon », Le Monde Diplomatique, oct 1993. En 1994, les 11 plus grandes banques du pays voyaient leurs résultats baisser de 90%. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la Sumitomo Bank, première du Japon et du monde, annonçait des pertes au cours de l’année fiscale 1994-1995 (environ 3 milliards de dollars). Et deux autres faisaient faillite, dans une atmosphère de scandale politique : la Tokyo Kyowa Credit Association et l’Anzen Credit Bank, révélant ainsi l’ampleur des dettes irrécupérables, dans : I.Ramonet, « Le Japon en panne »,  Le Monde Diplomatique, Juillet 1995. Les chiffres de 1995 concernant les « créances douteuses » des seules banques, faisaient état d’un montant de 900 milliards de dollars, dans : « Victims of the market », Newsweek, June 26, 1995, p.28.

[31] En février 1996, le Bureau de la Sécurité Publique de la République Populaire de Chine imposait aux utilisateurs d’Internet de se faire enregistrer auprès des autorités dans un délai de 30 jours. En outre, le principal prestataire du pays bloquait l’accès d’une centaine de sites, dont ceux de la Far Eastern Economic Review, de Playboy et du Bureau d’information du Gouvernement de Taiwan. L’objectif était de faire barrage à la « pollution spirituelle »dénoncée par le gouvernement chinois, dans : « En Asie, on veut bannir les sites indésirable », Far Eastern Economic Review, cité dans : Courrier International n°312, du 24 au 30 oct 1996, p.6. Comment ouvrir le pays et l’inscrire dans la révolution informationnelle pour le placer en situation d’interactivité avec le reste du monde, tout en contrôlant (pour des raisons autant économiques que politiques) l’accès au réseau de réseaux et l’entrée d’informations indésirables dans le pays – tels sont les problèmes avec lesquels le gouvernement chinois est aux prises, cf. A. Magara, « China logs on to information revolution », The Nikkei Weekly, 2 sept 1996, p.7. Pour illustrer de façon plus concrète le problème citons simplement l’analyse suivante : « Derrière la façade officielle, il existe un système de plus en plus fractionné, où les différents acteurs se livrent une concurrence acharnée, selon des modalités qui transcendent les clivages traditionnels d’autorité. Par exemple, le Ministry of Posts and Telecommunications (MPT) s’efforce de préserver le monopole qu’il possède sur l’industrie des télécommunications, des appétits d’autres ministères comme Electronics, Railway and Power (ERP), ou le Ministry of Radio, Film and Television (MRFT). La bataille qui s’annonce menace d’être rude. Elle prendra une nouvelle ampleur si MRFT parvient à mettre au point des technologies qui lui permettront de concurrencer les systèmes de communication beaucoup plus traditionnels de MPT. Les autoroutes de l’information en Chine semblent ainsi engagées sur une trajectoire privée de signalisation routière à ses intersections », dans : Country Risk Report: China,  Political and Economic Risk Consultancy (PERC) Ltd, Feb 1996.

[32] D. Bigo, « Les conflits de la transnationalité », dans : B.Badie et M C Smouts, op.cit., p.401.

[33] cf. J. L. Domenach, « Asie Orientale : le retour du politique », dans « L’international sans territoire », Cultures et Conflits, Paris, L’Harmattan, sept 1996 et du même auteur, « Asie Orientale : la montée des périls », Politique Internationale, n°70, Hiver 1995-1996.

[34] Lire sur ce point, D. Camroux, J.L. Domenach,  L’Asie Retrouvée, Paris, Seuil, 1997.

[35] Y. Gounin, S. Vivier-Lirimont, op.cit.

[36] D. Camroux,  » Des nations imaginées, à la région rêvée », L’Asie retrouvée, op.cit., p.60.

[37] F. Lasserre, « De la stratégie diplomatique au concept de région : représentation historique et conflit en mer de Chine du Sud », Relations Internationales et Stratégiques, n°27, Automne 1997, p.117.

[38] Les Japonais ont ainsi développé des stratégies pour se protéger contre l’effet boomerang occasionné par les transferts parfois « involontaires » de technologie en direction de leurs « partenaires » asiatiques. Au grand déplaisir des pays en développement de l’Asie orientale qui préfèrent traiter avec les occidentaux (plus enclins à réaliser des transferts),  les Japonais font en effet appel, dans leurs sites de production délocalisés, à une main d’oeuvre nippone à tous les échelons de la hiérarchie, ne laissant aux autochtones que les emplois d’exécution, dans : « ANSEA, la décennie prodigieuse », Notes et Etudes Documentaires,  n°4992 1994-7, p.152.

[39] Les Equilibres Militaires mettent en évidence la poursuite d’une hause sensible des capacités de défense d’un certain nombre de pays de la région depuis l’année de référence 1985. L’IISS estime que les dépenses militaires ont crû de près de 9% en termes réels entre 1992 et 1994. Pour l’année 1995, les budgets de la défense libellés en monnaie nationale présentent une hausse nominale de 6% avant le décompte de l’inflation. Le Japon dépense désormais sensiblement plus en matière de défense que n’importe quel autre pays, excepté les Etats-Unis et peut-être la Russie, dans : « L’Extrême-Orient et L’Océanie », Les Equilibres Militaires, Paris, Arléa, 1996, p.453.

[40] Cf. J.L. Domenach, « Asie orientale : la montée des périls », op.cité.

[41] P. Krugman, « The myth of Asia’s miracle », Foreign Affairs, november/december 1994, p.70.

[42] Au Japon par exemple, le rôle de la bureaucratie et en particulier du tout puissant ministère des Finances (MoF) sont souvent évoqués pour illustrer le caractère très imparfait de la démocratie et l’absence de véritables débats sur des orientations budgétaires et financières majeures du pays. Naoki Okabe, s’interrogeant ainsi sur la longévité du très puissant Ministry of Finance en explique la raison par « l’absence d’une véritable assise démocratique. Sous l’apparence de la démocratie, le Japon est en fait doté d’un régime technocratique hérité du système mis en place pendant la seconde guerre mondiale. Chargé d’établir le budget et de contrôler les finances dans un pays en plein essor économique, le ministère a acquis un pouvoir sans égal au monde. Les milieux politiques et bancaires étaient sous sa dépendance et son emprise était d’autant plus forte qu’il représentait l’élite aux yeux de la nation. », « Réformer le ministère des finances : maintenant ou jamais », Nihon Keizai Shimbun, cité dans Courrier International n°308, du 26 sept au 2 oct 1996, p.21. Pour en savoir plus sur le rôle du MoF, on lira E.Fingleton, « Japan’s Invisible Leviathan », Foreign Affairs, Volume 74, n°2. Afin de comprendre les liens entre l’administration, le monde politique, l’industrie et le Keidanren (Japan Federation of Economic Organization), on se reportera à l’article de R.M. Orr, « Japan’s bureaucrats weave a choking web », Nikkei Weekly, 19 aug 1996. Et pour finir sur les conséquences, en termes de dette publique (59,1% du PIB en 1995), de décisions budgétaires et financières prises par ces différents acteurs, on lira G. Mc Cormack, « Et si le Japon faisait faillite? », Le Monde Diplomatique, août 1996, p.8.

[43] Comme le font observer Y. Gounin et S. Vivier-Lirimont : « Pour ranimer la croissance, le gouvernement chinois a choisi d’utiliser les recettes budgétaires classiques d’une relance keynésienne, par l’augmentation massive de la dépense publique, notamment en matière d’infrastructures et de construction (barrage des trois Gorges sur le fleuve Yang Tsé). Ce sont plus de 1000 milliards de dollars qui devront être investis entre 1998 et 2001 », op.cit., p.70.

[44] « Toward a Limited Nuclear Free Zone in Northeast Asia », Senior Panel’s Deliberations, Draft Initial Agreement, 24 Feb 1995, §42.

[45] D. Bigo, op.cité, p.417.

[46] P. Boniface précise qu’au cours des 2340 semaines qui se sont écoulées entre 1945 et 1990, la planète n’a connu au grand maximum que trois semaines sans guerre. Les 160 conflits qui ont eu lieu durant cette période auraient fait entre 35 et et 40 millions de morts. Si l’on y ajoute les vies humaines éteintes pour des raisons de répression interne, de massacres de minorités, etc., ce sont entre 167 et 175 millions de personnes qui ont été éliminées au cours du 20ème siècle, dans : La volonté d’impuissance, Paris, Seuil, 1996, p.47.

[47] Le troisième conflit indochinois démarre avec l’invasion vietnamienne du Kampuchea Démocratique déclenchée le 24 décembre 1978 à minuit et s’achève avec le retrait des troupes de ce pays en septembre 1989, cf. Thu-huong Nguyen-vo, Khmer-Viet relations and the third indochina conflict, Mc Farland, 1992.

[48] Pendant la guerre Irak-Iran, l’utilisation sélective efficace et répétée d’armes chimiques par l’Irak à partir du printemps 1983 dans des situations délicates (les batailles des îles Majnoun et des marais de Howeyzah), leur emploi comme arme de représailles contre la ville de Halabjah en 1988, ainsi que d’armes balistiques (SCUD et FROG) de la part des deux belligérants dans la guerre des villes, laissent entrevoir la possibilité  que le modèle de la dissuasion puisse ne pas toujours jouer, F.Heisbourg, dans : L’Année Internationale, Paris, Hachette, 1990, pp.246-249.

[49] On peut citer ici le cas du Pakistan : comme le rappelle I. Ramonet, au plan intérieur, le Pakistan est une véritable poudrière. « Il est divisé par des clivages religieux opposant les sunnites aux chiites (20% de la population), des affrontements ethniques entre Pachtouns, Baloutches, Sindhis et Pendjabis, et des inégalités sociales : 40% de la population vivent sous le seuil de pauvreté, et il y a environ vingt million d’enfants esclaves… C’est l’un des pays, enfin, les plus corrompus au monde, et selon l’ONU, l’économie criminelle dépasserait, en valeur absolue, l’économie légale », dans : « La menace Pakistan », Le Monde Diplomatique, Novembre 1999.

[50] P. Boniface, op.cit., p.73-74.

[51] A. Mack décrit ces Etats comme des « puissances nucléaires virtuelles » (virtual nuclear powers).  Il en donne l’explication suivante: « Le Japon, Taiwan et la Corée du Sud sont trois Etats qui peuvent très vite se doter d’armes nucléaires, mais qui ont choisi – ou ont été persuadés – de ne pas le faire. Les Etats possèdant ce type de moyens peuvent être décrits comme des puissances nucléaires « virtuelles ». La « dissuasion virtuelle » existe, lorsque des Etats dissuadent d’autres Etats détenteurs d’armes conventionnelles de les attaquer, simplement parcequ’ils ont le potentiel technologique leur permettant de mettre au point des armes nucléaires très rapidement », dans : « Proliferation in Northeast Asia », Occasional Paper n°28, The Henri L. Stimson Center, July 1996, p.2.

[52] A la Conférence d’Helsinki sur une LNWFZ, organisée en octobre 1998, la délégation japonaise a contesté l’efficacité de la protection du parapluie nucléaire américain protégeant l’archipel, dans la mesure où les Etats-Unis ont été incapables d’empêcher le survol d’un missile nord-coréen TAEPO DONG 1. L’incident a mis en évidence la vulnérabilité des troupes stationnées à Okinawa vis à vis d’une attaque balistique. Il pourrait inciter le Japon à développer un système de détection de missiles (nucléaires ou non), à fabriquer ses missiles anti-missiles et augmenter sa capacité d’auto-défense.

[53] Il existe dans l’archipel plusieurs éléments qui vont à l’encontre d’une option nucléaire militaire à court terme : le fait tout d’abord que ce soit le seul pays au monde qui ait subi une attaque nucléaire suscite dans l’ensemble de la population une aversion profonde pour ce type d’armes qui transcende les partis ou les idéologies, cf. à ce sujet F. Sumiya, « Town’s anti-nuclear vote sends shock wave to Tokyo », The Nikkey Weekly, 5 august 1996. Malgré ces arguments, trois facteurs peuvent motiver le Japon à développer une politique d’armements nucléaire. Ils ont ont été énoncés en mars 1995 par le Professeur Fuji Kamiya de la National Defense Academy, l’un des plus éminents experts japonais sur les questions de sécurité. Ces facteurs sont par ordre d’importance : 1 – l’incapacité des cinq grandes puissances nucléaires à s’acheminer vers la réduction et l’élimination éventuelle de leurs armes nucléaires; 2 – la perception d’une menace militaire au Japon émanant de la Russie, de la République Populaire de Chine, ou de la Corée du Nord; 3 – la perte de confiance du Japon dans l’efficacité dissuasive du parapluie nucléaire américain contre les pressions militaires en provenance de la Russie, de la Chine et de la Corée du Nord, S. Harrison, « Overview, dans : S. Harrison (editor) Japan’s Nuclear Future, Carnegie Endowment for International Peace, 1996, pp.33-34. Rappelons également que sur la question des armes nucléaires, le Japon a une position officielle : en décembre 1967, le Premier Ministre Eisaku Sato énonçait les trois principes qui ont depuis déterminé la politique du pays : le Japon ne posséderait pas d’armes nucléaires, il n’en fabriquerait pas et il n’autoriserait pas leur introduction sur son territoire. En janvier 1968, ces principes étaient adoptés par la Diète et transformés en résolution en 1971. Pourtant, depuis l’adoption de cette résolution, le principe n’a pu être transformé en Loi, en raison notamment de l’opposition des Conservateurs et du ministère des Affaires Etrangères. Ces derniers se refusent à mettre l’option du nucléaire militaire « hors la loi » et un rapport secret du même Ministère, découvert en 1994 par le journal Manichi Shimbun, révélait la détermination de ses responsables à faire en sorte que le Japon conserve la possibilité de fabriquer des armes nucléaires,  J.Takagi, « Japan’s Plutonium Program : a critical review, in S.Harrison ed., Japan’s Nuclear Future, Carnegie Endowment for International Peace, 1996, p.76. Selon Matake Kamiya, le  Japon n’a toutefois pas, dans l’immédiat, les moyens d’une dissuasion crédible : il lui manque, précise cet auteur, la technologie pour produire le plutonium hautement enrichi qui sert à fabriquer des têtes nucléaires; il lui manque aussi  la technologie pour produire de l’uranium hautement enrichi utilisé dans la fabrication de bombes thermonucléaires; il lui reste enfin à adapter la technologie de ses lanceurs civils à ses missiles balistiques et à développer un système de guidage inertiel, ce qui ne peut se faire en quelques jours. Un dernier point, que souligne Kamiya : en raison de la petite superficie de son territoire qui rendrait vulnérable toute installation de missiles balistiques basés au sol, le japon serait obligé de se doter de sous-marins lanceurs d’engins et d’un système de communications terrestres ou par satellites, afin d’en optimiser les performances.Tous ces éléments sont donc, selon lui, autant de barrières techniques, politiques et financières qui rendent difficilement concevable à court terme l’idée d’une « nucléarisation » de la politique de défense du Japon, cf. Matake Kamiya, « Will Japan go nuclear? Myth and reality », paper prepared for An address to the New Zealand Institute of International Affairs, Auckland Branch at Auckland University on 6 october 1994.

[54] C. Raja Mohan, « Nuclear Politics in Asia », The Hindu, 2/01/96, p.12.

[55] « Asia’s energy temptation », The Economist, 7 oct 1995, p.15.

[56] En 1995, les deux centrales d’énergie nucléaire chinoises ont produit un total de 12.2 milliards de Kw/h. De source officielle,la production d’électricité d’origine nucléaire représentait en 1995 environ 1,2% de la production totale d’électricité. La Chine envisage de voir ce chiffre atteindre 6% en 2020, dans : Adams Atomic Engines Inc, P.O Box 1017, Tarpon Springs, FL, 34688-1017, atomicrod@aol.com. Si l’on s’en tient aux déclarations de M.Chen Zhaobo,Vice-Président de la China National Nuclear Corporation (CNNC), la capacité de production d’énergie nucléaire qui s’élève aujourd’hui à 2100 MW doit atteindre entre 40 000 ou 50 000 MW en 2020, soit 5 à 6% d’une capacité de production d’énergie qui représentera 800 000 MW, cf. Uranium Institute News Briefing 95/47 for the period 15-21 November 1995.

[57] Le programme nucléaire civil de Taiwan a déjà été abordé en note de bas de page au début de cette contribution.

[58] L’agence officielle de l’énergie atomique indonésienne (Badan Tenaga Atom Nasional – BATAN) a signé au début de l’année 1996 un accord de coopération technique avec Atomic Energy of Canada Ltd (AECL). Cet accord doit permettre à l’Indonésie de se familiariser avec la technology CANDU et d’en faciliter éventuellement l’adoption pour la réalisation de plusieurs centrales dont le coût unitaire est estimé à près de 2 milliards de dollars, dans : Adams Atomic Engines Inc, Feb 1996, op.cit.

[59] Au début des années 1970, la Corée du Sud a lancé un programme d’armements nucléaires. Ce programme semblait avoir été interrompu en 1975, après que le pays ait signé le TNP mais il a pu se prolonger jusqu’en 1978. Entre 1984 et 1985, la Corée du Sud a tenté de participer à un programme d’extraction de plutonium avec le Canada dans le cadre de son programme nucléaire civil. Mais ses dirigeants y ont mis un terme sous la pression des Etats-Unis. La Corée du Sud construit ses propres centrales nucléaires civiles et projette d’en fournir à la Corée du Nord. En 1989, 9 réacteurs nucléaires produisaient 7700 MW (50% des besoins électriques du pays) et les dirigeants du pays envisageaient d’en construire 5 autres d’une capacité additionnelle de 4500 MW. En 1995, 10 réacteurs étaient en activité sur le territoire, dans : Carry Sublette, Nuclear Weapons Frequently Asked Questions, MILNET, http: //www.onestep.com/milnet/milnet.htm.

[60] P. Boniface, op.cit., p.106.

[61] En Asie orientale où de nombreux litiges territoriaux n’ont jamais été résolus, les incidents se multiplient. Un conflit oppose ainsi le Japon à Taiwan au sujet des îles Tiaoyutai (îles Sankaku en Japonais). Le Japon a déclaré que ces îles appartenaient à sa zone économique exclusive de 200 miles nautiques. Une organisation nationaliste japonaise y a d’ailleurs installé un phare pour marquer la souveraineté de son pays. En représailles, un goupe de pêcheurs Taiwanais menaçait de le détruire, dans : « Country Risk Report : Taiwan », Political and Economic Risk Consultancy Ltd, 18 aug 1996, http://www.asiarisk.com/taiw.html. Pour une présentation de fond des litiges concernant les espaces maritimes, on lira C.Van Der Donckt, « Espaces maritimes et potentialités conflictuelles en Asie de l’Est : le repérage des principaux différends, dans : G. Hervouet (dir.), Asie-Pacifique : les nouveaux espaces de coopération et de conflits,  Les Presses de l’Université de Laval, FEDN, 1991, pp.125-160.

[62] La possession d’un arsenal nucléaire exige en effet, de par son caractère apocalyptique, une responsabilité et une compétence en matière de décision que l’on ne trouve qu’aux plus hauts sommets de l’Etat. Ces qualités habilitent les individus qui les détiennent à définir les intérêts vitaux de sécurité d’un pays et à identifier les moyens techniques et financiers qui lui assureront une crédibilité. Elles leur confèrent des prérogatives qui dépassent bien souvent le cadre des débats publics.

[63] B. Colson, « Concepts américains pour l’après-guerre froide », Stratégique n°57, Mai 1995, p.65.

[64] B. Colson, Le Tiers-Monde dans la pensée stratégique américaine, Paris, Economica et Institut de Stratégie Comparée, 1994, p.11.

[65] J. Decornoy, « La démocratie, c’est le commerce », Manière de voir n°31, août 1996, p.10.

[66] B. Colson, « Concepts américains pour l’après-guerre froide », op.cit., p.88.

[67] « US missile defence plans & the ABM treaty », Disarmement Diplomacy, Issue n°33, 1999.

[68] P. M. de la Gorce, « Washington rêve d’une arme absolue », Manière de Voir n° 49, janvier-février 2000, p. 14. Depuis, deux autres essais ont échoué.

[69] Selon des responsables des services de renseignement américain, la Chine construirait deux bases de missiles, face à Taiwan. Elle aurait, en outre, l’intention de déployer d’autres missiles russes S-300 à proximimité des villes côtières de Xiamen et de Shantou (également face à Taiwan), Wahington Times, 28/03/2000.

[70] P.M. de la Gorce précise que la Russie a renoncé à toutes sees armes nucléaires de théâtre, lors de la double décision, prise à cet égard, en septembre et octobre 1991, op.cit., p. 15.

[71] Le traité ABM (Anti Balistic Missiles) est un accord conclu le 26 mai 1972 à Moscou entre L. Brejnev et R. Nixon. Avant sa conclusion, les Etats-Unis et l’Union Soviétique étaient engagées dans une course aux missiles antimissiles dont le résultat pouvait remettre en cause la parité nucléaire et l’équilibre de la dissuasion. Pour éviter que les deux puissances ne s’épuisent dans cet effort de neutralisation des armes de l’autre, Russes et Américains parvenaient à un accord interdisant le développement de missiles anti-missiles et réduisant à cent le nombre de ceux qui existaient déjà.

[72] P. M. de la Gorce, op.cit.

[73] L. Carouet, « Sous la houlette des Etats-Unis », Le Monde Diplomatique, mai 1994, p.11; B.Colson, Le Tiers-Monde dans la pensée stratégique américaine, op.cit.p.45;  J. Stork, « Des arsenaux en quête de clients solvables », Le Monde Diplomatique, Janvier 1995, pp.22-23; M.Thompson, « Going up, up in arms », Time, 12 dec 1994.

[74] J. Stork, op.cit.

[75] J. P. Hébert, « Un marché des armes sans frontière », Manière de Voir n°31, août 1996, p.22.

[76] C. Bolkcom, J. Pike, Attack Aircraft Proliferation: Issues for Concern, FAS (Federation of American Scientists), Space Policy Project, http://www.fas.org/spp/aircraft/index.html.

[77] J.P. Hébert, op.cit.

[78] Cf. le titre et l’intitulé suivants de Courrier International n°310, du 10 au 16 Oct 1996 : « Extrême-Orient : le réarmement, obstacle au développement régional ». « Diaoyutai, Spratly, Tok-Do…Les conflits territoriaux ne manquent pas en Asie orientale, motivés par la recherche de sécurité pour les voies d’approvisionnement en pétrole et la volonté de mainmise sur les ressources naturelles. Les Etats s’arment activement et les nationalismes s’exacerbent ».

[79] J. P. Hébert, op.cit.

[80] T. Ferguson, « Le trésor de guerre du Président Clinton », Le Monde Diplomatique, Août 1996, p.10.

[81] Sur le front du lobby pétrolier, l’administration démocrate n’hésite pas à s’impliquer directement en Asie centrale pour promouvoir les intérêts de ce secteur, ibid. Et lorsqu’elle décide unilatéralement de sanctions à l’égard de certains Etats pour lutter contre le terrorisme, elle prend soin de signer un texte de loi (loi d’Amato-Kennnedy) qui menace les sociétés étrangères investissant dans les secteurs pétroliers Lybien ou iranien. Bien que ce texte aille à l’encontre de tous les principes du libre-échange et viole les normes du droit international, le Président Clinton le justifie par le fait qu' »Il ya des moments où l’Amérique et elle seule, peut faire la différence entre la guerre et la paix, entre la liberté et la répression, entre l’espoir et la peur », cité dans : A.Gresh, « Croisade anti-terroriste », Le Monde Diplomatique, septembre 1996, p.1.

[82] Sur la base d’une comparaison des budgets de la défense pour l’année 1995, dans : Les Equilibres militaires, op.cit.

[83] Le résultat semble avoir été atteint, puisqu’en 1994, les alliés de l’OTAN avaient acheté pour 7 milliards de dollars de matériel américain, et n’en avaient vendu que pour 1,5 milliard de dollars. Cette position dominante sur le marché de l’armement ne satisfait pas cependant tout le monde : le Pentagone est ainsi obligé d’acheter plus cher des équipements américains qu’il pourrait se procurer à meilleur prix à l’extérieur des Etats-Unis. Et certaines grands fabricants d’armes américains, qui confient déjà certaines parties de leurs contrats à des sociétés étrangères, ne sont pas opposés à  une plus grande ouverture du marché intérieur aux producteurs européens ( à condition toutefois de ne pas s’attirer les foudres du Congrès, par l’intermédiaire des représentants des Etats abritant de petites entreprises du secteur de l’armement). Jusqu’ici, les pays d’Europe occidentale n’ont pu obtenir de meilleur accès aux contrats du Pentagone – une situation qui est au coeur des frictions commerciales entre les Etats-Unis et leurs alliés européens. Sources : J.P Hébert, op.cit., p.23; J.S. Landay, The Christian Science Monitor, dans : « Le Pentagone renonce au made in USA », Courrier International n°296, du 4 au 10 Juillet 1996, p.18.

[84] J.S.Landay, The Christian Science Monitor, op.cit.

[85] En 1996, les Etas-Unis ne comptaient plus que 200 grandes entreprises dans le secteur de l’armement, contre 750 en Europe, pour un chiffre d’affaires deux fois et demi supérieur. Si les puissances militaires européennes avaient, pour la plupart, fédéré leur industrie de défense autour d’un ou deux pôles, la France elle, comptait toujours deux avionneurs : Dassault et Aérospatiale, deux missiliers : Aérospatiale et Matra, deux électroniciens de défense : Thomson et Dassault, une situation qui n’avait pas empêché l’envol des coûts dans des entreprises qui n’avaient pas la taille critique sur le marché mondial, dans : V. Lion, « Industrie militaire : opération survie, Enjeux-Les Echos, Février 1996, p.44-46.

[86] J. P. Hébert, op.cit., p.24.

[87] En 1992, le montant total de l’investissement direct étranger au Japon atteignait le chiffre de 15, 6 milliards de dollars, contre 692,4 milliards de dollars pour les Etats-Unis, 61,4 milliards pour l’Allemagne et 237,6 milliards pour la Grande-Bretagne, dans : « Direct foreign investments in Japan reach a turning point », The Nikkei Weekly, May 29, 1995, pp.14-15. Certains chercheurs (Bagwhatti) ont mis en évidence dans les pays d’Asie orientale, une « loi de la protection constante ». Elle signifie le renforcement des barrières non tarifaires (quotas, normes, standards techniques, licences d’importations, restrictions volontaires, mesures antidumping et anti-subventions, droits compensatoires, etc…) après chaque baisse des tarifs douaniers. Pour illustrer ces observations : si les tarifs douaniers japonais comptent parmi les plus faibles des pays industrialisés (2%), le taux d’ouverture de ce pays, mesuré en pourcentage des importations dans la composition du PIB, est anormalement bas (6% au lieu de 15% aux Etats-Unis). Mais le Japon n’est pas le seul pays de la région qui est concerné. Il a fait des émules. Pendant longtemps en Corée du Sud et à Taiwan, aux tarifs assez élevés, s’ajoutaient de multiples barrières non tarifaires. Aujourd’hui, ce type de protectionnisme est d’autant plus mal toléré de la part de ces deux pays, qu’ils importent ensemble autant que l’Amérique latine (et chacun autant que le continent africain). Dans le reste de la région, à l’exception de Singapour et de Hong-Kong, la Thaïlande, les Philippines et l’Indonésie, ont adopté des pratiques commerciales similaires. Sources : J.R.Chaponnière, « L’APEC, une étonnante conversion au libre-échange », MOCI, 29 Juin 1995, p.29.

[88] « National Security: Impact of China’s Military Modernization in the Pacific Region », Report to Congressional Committees, Federation of American Scientists (FAS), Intelligence GAO Reports, GAO/NSIAD-95-84, 06/06/95, http:www.fas.org:index.html.

[89] J. R Chaponnière écrit à ce sujet : « Selon Lee Kuan Yew, le vote récent accordant à l’armée japonaise la possibilité d’agir à l’extérieur de ses frontières équivaut à donner un bonbon au chocolat rempli de liqueur à un alcoolique désintoxiqué. L’ancien Premier Ministre n’a pas oublié qu’entre 1942 et 1945, Singapore avait été rebaptisé Syonan par les Japonais et que des milliers de Chinois avait péri dans leurs camps de concentration », Paper prepared for the conference : Changing Relationships in the Asia Pacific Region : Implications for European Corporations, sponsored by the LVMH Group and held at the INSEAD Euro-Asia Center, Fontainebleau, 5 and 6 Feb 1993. On pourrait également citer les raisons pour lesquelles les Coréens sont préoccupés par la question. Ils ne parviennent pas à oublier le comportement des Japonais pendant la guerre : entre autres, les 200 000 Coréennes contraintes à la prostitution (comfort women) pour la satisfaction des soldats japonais. Ils n’oublient pas non plus le refus des autorités japonaises de faire figurer le nom des millliers de Coréens victimes du bombardement nucléaire américain, sur le monument construit dans le parc de la paix à Hiroshima. Quarante ans après, ils ont obtenu de faire édifier un monument à leur mémoire…loin de ce parc. Sources : F. Godement, La Renaissance de l’Asie, O.Jacob, 1993, p.85; P. Boniface, Manuel de Relations Internationales, Dunod, 1994, p.213.

[90] « National Security: Impact of China’s Military Modernization in the Pacific Region », Report to Congressional Committees, op.cit.

[91] Comme l’indiquait P. Hassner en 1968, les armes nucléaires semblent encourager un nationalisme défensif marqué par le repli, la méfiance et la volonté de ne compter que sur soi; elles semblent décourager le nationalisme offensif de la conquête et de l’expansionnisme », dans : P. Boniface, op. cit., p.105.

[92] Les dirigeants d’Asie orientale évoquent avec inquiétude les conséquences, sur leurs économies, d’une croissance trop rapide de la RPC. Entre 1993 et 1995, ce pays a absorbé près de 40% du total des investissements directs à destination des pays émergents. Pour la seule année 1995, 40 milliards de dollars se dirigeaient vers la Chine, soit le huitième des flux mondiaux. La RPC représente aujourd’hui la principale destination des investissements dans les pays en développement. Ces flux d’investissement sont originaires non seulement de pays occidentaux, mais surtout des pays et « territoires » asiatiques les plus riches de la zone (85%). Parallèlement aux investissements des « Chinois de l’étranger » concentrés sur la côte entre Shangai et l’île de Hainan, une zone de « coprospérité » est ainsi en train d’émerger le long du Golfe de Bohai. Elle voit fleurir, de Qingdao à Dalian les zones réservées aux entreprises japonaises et coréennes. En sus de cette crainte d’un effet chinois de confiscation des transferts technologiques et financiers destinés à constituer des entreprises nationales dans les secteurs de pointe (espace, aéronautique, télécoms et automobiles, etc.), les gouvernements asiatiques s’inquiètent de l’invasion de leurs marchés par des produits en provenance de la RPC. Fabriqués dans des usines du secteur de la défense subventionnées par l’Etat, ils sont vendus à des prix défiant toute concurrence. Ceci n’explique pas toutefois le succès des produits chinois à l’étranger. Les entreprises du pays ont en effet amélioré leur qualité en créant des joint-ventures avec des firmes étrangères désireuses d’investir pour s’implanter sur le marché chinois. La dévaluation de 33% de la monnaie nationale par rapport au dollar en janvier 1994 a également contribué à rendre les productions des entreprises chinoises plus attractives que celles de leurs concurrents du sud-est asiatique sur le marché mondial. L’Asie représente 60% du commerce extérieur chinois en 1993, contre 14,1% pour les Etats-Unis et 13.3% pour l’Union Européenne. La croissance économique de la Chine fait également redouter la poursuite d’un effort d’armement proportionnel à sa progression. Le budget de la défense de ce pays a plus que doublé entre 1988 et 1994, atteignant 52,5 milliards de dollars. Sources : « L’investissement direct en Chine : Contexte, Contraintes et Perspectives », CEREM/FORUM-CERETIM, Ministère de l’Industrie, Observatoire des Stratégies Industrielles, Janvier 1997, p.3. « Chine : les relations économiques extérieures restent à définir », RAMSES 97, Dunod, 1996, p.111. T.Goto, Nihon Keizai Shimbun, « Au coeur de la crise, la concurrence chinoise », dans : Courrier International, n°359, du 18 au 24 septembre 1997, p.30. P.Boniface (dir.), L’Année Stratégique 1996, Paris, Iris-Arléa, 1996, p.155.

[93] L’incertitude est encore accrue par les éléments suivants. En 1992, Pékin promulguait une série de lois sur les eaux territoriales qui l’amenait à déclarer sa souveraineté sur la mer de Chine du Sud et sur d’autres zones de conflits; dans le même temps, les dirigeants de la RPC réaffirmaient leur détermination, jamais entamée, d’utiliser la force si nécessaire contre Taiwan, pour ramener cette « province » dans le giron chinois. En avril 1996, un partenariat stratégique pour le 21ème siècle était signé à Shangaï entre la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Au moins un volet pratique de ce partenariat est entré en application : il s’agit de la vente d’armes russes en quantités toujours plus importantes à la Chine. Source : Ramses 98,  IFRI, 1997, p.82. A ces causes éventuelles de perturbation régionale, il faut ajouter l’inquiétude liée aux évolutions internes parfois chaotiques du géant chinois (disparités économiques entre provinces et migrations massives vers les villes) ou à celles de la Corée du Nord (émigration vers la RPC et famine).

[94] A l’automne de l’année 1992, un nouveau concept fait, en France, son entrée dans le rapport annuel de la commission de la défense de l’Assemblée Nationale: c’est celui de « zone grise »,  qui accède au rang de menace majeure. Le rapport sur la loi de programmation militaire 1992-1994 fait état du concept et lui donne la traduction suivante : « des régions sont devenues inaccessibles et hostiles à toute pénétration; à l’intérieur, aucun gouvernement n’est en mesure de contrôler la situation ou de faire appliquer les règles minimales du droit; peu à peu abandonnées à elles-mêmes, ces régions risquent de se fermer définitivement et de sombrer dans une anarchie tragique pour les populations ». L’intégration du concept dans un tel document est, comme le souligne X. Raufer, un événement sans précédent, car il désigne un danger stratégique certes, mais non militaire, comme intéressant la défense de la France. Les auteurs qui ont développé le concept de « zones grises » entre 1989-1990 appartiennent au Centre de Recherches sur la Violence Politique (CERVIP) de l’Institut de Criminologie de Paris, Université Panthéon-Assas, Paris II. L’expression trouve son origine dans le vocabulaire du contrôle aéronautique. Elle fait référence aux secteurs du ciel se trouvant aux confins du rayon d’action efficace des radars, et non couverts par leur balayage. X. Raufer l’a adoptée pour désigner « les territoires échappant à tout contrôle étatique, où sévissent des entités criminelles à mi-chemin entre le « politique » et le « droit commun », dans : X. Raufer, Les Superpuissances du Crime, Paris, Plon, 1993, pp.33-34.

[95] Comme le précise M. C. Dupuis, après la chute de l’Union Soviétique en 1991, le mouvement de libéralisation sauvage de l’économie a fourni aux organisations criminelles une opportunité unique de prendre leurs marques dans un paysage en pleine reconstitution. Selon le ministère de l’intérieur russe, 60% des banques ont partie plus ou moins liée avec les organisations criminelles. En 1997, une étude réalisée par une universitaire américaine, et présentée à la Banque Mondiale, concluait qu’en Russie, le crime organisé avait infiltré le système bancaire domestique et les marchés financiers, plus profondément que dans d’autres pays et contrôlait maintenant plus de 40% de l’économie. Solomon Brothers liste ainsi « l’activité criminelle » parmi les sept risques majeurs du système bancaire russe. La Russie, ajoute d’ailleurs Dupuis, n’est pas la seule à avoir conduit son économie sur la voie de la libéralisation en ayant recours aux privatisations de masse; à des degrés divers, tous les pays de l’ex-bloc soviétique sont concernés par la possible infiltration d’intérêts criminels dans les sphères économiques et financières, dans : Finance criminelle : comment le crime organisé blanchit l’argent sale, Presses Universitaires de France, Paris, 1998, pp.141-148.

[96] cf. D. Bigo, « Guerre, conflits, transnational et territoire », dans : B. Badie et M. C. Smouts, « L’International sans territoire », Cultures et Conflits, Le Harmattan, septembre 1996.

[97]Novoïe Vremia, dans Courrier International n°211, du 17 au 23 Nov 1994, p. 44.

[98] L. Percival, « Russia’s Far East; Too far from Moscow for Comfort », Radio Free Europe/RadioLiberty, June131996, http://www.rferl.org/nca/features/1996/06/F.RU.960611316523060.html.

[99] Le 1er février 1996, le responsable de la First River administration, Andrei Diomin, était victime d’une tentative d’assassinat à son domicile. Deux hypothèses étaient retenues par l’enquête pour expliquer cet acte : le soutien apporté par Diomin à une loi récente visant à bannir la vente d’alcool des kiosques; l’autre hypothèse était que Diomin avait pu s’attirer la colère d’un patron local d’entreprise à qui il avait refusé un emplacement pour ses activités, dans:VladivostokNews,Issue113,13February1996,http://vlad.tribnet.com/archives/iss113/news.htp.

[100]RussianGazetteerFocalPointf/8andWorldMediaNetwork,1995,http://www.f8.com/FP/Russia/Avlad.html.

[101] J. Handler (Research Coordinator), « Preliminary Report on: Greenpeace visit to Vladivostok and areas around the Chazma Bay and Bolshoi Kamen submarine repair and refuelling facilities », Greenpeace International, 9-19 October 1991; cf également « Russia’s nuclear complex», Loose Nukes, Frontline, http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/shows/nukes/map/r22.html  .

[102] J. Handler, » Radioactive water tanker and naval nuclear waste crisis in Far east », Greenpeace,10Mai1994, revised7july1994, http://www.greenpeace.org/usa/reports/nuclear/tnt5.html.

[103] J. Handler, op.cit.

[104] Ibid.

[105] « Shipyard on warning strike », Ria Novosti, Vladivostok, 23 September 1996, http://www.russia.net/ria/hotline/09/ha230959.htm .

[106] L. Hockstader, « The boom that failed: Russia’s far-east had everything – but then the money ran out », Washington Post, 3 November 1996.

[107] G. H. Turbiville, « Mafia in uniform: « the criminalization of the russian armed forces », United States Army, Foreign Military Studies Office, Ft Leavenworth, Kansas, USA, 1996, http://leav-www.army.mil/fmso/geo/pubs/mafia.htm .

[108] G. H. Turbiville, op.cit.

[109] W. C. Potter, « Nuclear Leakage from the Post-Soviet States », Oral Presentation Before the Permanent Subcommitte on Investigations – US.Senate Committee on Governmental Affairs, 13 March 1996. Potter avait fait auparavant une étude très complète sur la question : « Before the deluge? Assessing the threat of nuclear leakage from the post-soviet states », Monterey Institute of International Studies, Center for Non-Proliferation Studies, October 1995, http//www.pbs.org/wgbh/pages/fron…/nukes/readings/potterarticle.html .

[110] Pour parvenir à fabriquer un dispositif nucléaire explosif, il faut enrichir l’uranium naturel qui ne contient que 0,7% d’U 235 fissile, afin qu’il contienne 93% d’U 235 (l’Uranium utilisé dans les centrales de production d’électricité n’est enrichi qu’à 3 ou 5%). Quatre techniques sont utilisées pour enrichir l’uranium : la diffusion gazeuse, la séparation électromagnétique, la centrifugation et la séparation isotopique. Une autre filère possible pour se doter d’armes nucléaires, est celle du Plutonium, qui n’existe pas à l’état naturel. Il est obtenu à partir du retraitement de combustibles nucléaires irradiés dans des réacteurs. Seuls les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU peuvent en produire.  Pour ce faire, on utilise principalement des réacteurs à eau lourde (heavy water reactors) ou des réacteurs employant la filière dite graphite-gaz qui fonctionnent à l’uranium naturel. Le type le plus connu de réacteurs à eau lourde est le réacteur CANDU, d’origine canadienne. Mais des réacteurs à « eau légère » (light water reactors) comme ceux que les Etats-Unis ont proposés en 1994 pour remplacer les réacteurs à graphite de la Corée du Nord et satisfaire les besoins en énergie électrique de ce pays, peuvent également, selon les spécialistes, parvenir au même résultat. C’est du moins l’avis de H. Agnew, l’un des pionniers du programme nucléaire américain, qui a été aussi le directeur du Los Alamos National Laboratories. Sources: P. Boniface, op.cit., p.98, ; H. M. Agnew, « A reactor for North Korea could enhance plutonium production », The SanDiegoUnionTribune,Sat29Oct,1994;Milnet,http://www.onestep.com/milnet/nukedesc.htm; cf également G. T.Allison, O.Cote Jr, R.A.Falkenrath, S.Miller, Avoiding Nuclear Anarchy : containing the threat of loose russian nuclear weapons and fissile material, CSIA Studies in International Security, J.F.Kennedy School of Governement, Harvard University, 1996.

[111] « The threat of nuclear diversion », Statement for the record, J. Deutch, Director of Central Intelligence Agency, to the Permanent Subcommittee on Investigations of the Senate CommitteeonGovernmentalAffairs,20March1996, http://www.pbs.org/wgbh/pages/fron…shows/nukes/readings/overview.html .

[112] A. Anderson, « The red mafia: a legacy of communism », dans E. P. Lazear. ed., Economic transition in eastern Europe and Russia: realities and reform, The Hoover Institution Press, 1995.

[113] M.Whitson, E.Koontz, « Dual use list « , High Risk Property Checklist Report, http://www.ornl.gov/risk/dual-lst.html. Dans le cas des armes nucléaires, le krytron (« high speed switch ») sert à apporter une quantité d’énergie initiale qui enclenche une réaction nucléaire. Il produit une impulsion électrique de haut voltage en un millième de seconde, qui amorce une charge d’explosif classique, placée au contact du plutonium.

[114] « Menaces nucléaires, chimiques, biologiques », Courrier International n°237, du 18 au 24 Mai 1995, p.11.

[115] Kaori Muraki, « Colorless, transparent, odorless, no substance fear », AERA, Asahi, NewspaperCompany,3/4/95,p.25-27. En Avril 1996, la police japonaise arrêtait un homme accusé d’avoir exporté 50 kg (110 lb) de fluorure de sodium et une quantité similaire d’acide fluorhydrique vers la Corée du Nord. Les quantités de produits chimiques détournés pouvaient servir à fabriquer 170 kg de Sarin et tuer 50 000 personnes, « Japan Police say sarin chemicals sent to N. Korea », Nando Net, 8 Apr 1996, 5:48 p.m.EDT.

[116] B. Hoffman, « Holy terror: the implications of terrorism motivated by a religious imperative », Rand Paper P-7834, 1993 et Postscript, May 1995.

[117] J. Deutch, op.cit.

[118] Retrait de certaines catégories d’armes nucléaires pour certains Etats, interdiction d’en produire pour d’autres, systèmes de surveillance et de protection par satellites et radars des installations de stockage d’armes nucléaires ou de retraitement des combustibles irradiés, etc.

[119] Sur son site internet, le CISTP de Georgia Tech se présente de la façon suivante : « […] le CISTP forme une union nouvelle et dynamique entre la communauté des affaires, celle de l’Université et de la recherche, et le gouvernement. Dans un monde où les pays sont appelés à devenir rapidement des voisins, le Centre recommande l’utilisation des technologies comme moyen de traiter les grandes questions de politique étrangères qui influencent les relations entre les pays et les organisations non-gouvernementales », cf. http//www.inta.gatech.edu/cistp.html  .

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