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Nos sociétés n’ont plus vraiment le temps pour se décider à « changer de mode de vie » car cela fait presque un demi-siècle que des questions engageant leur survie , malgré une exposition internationale et récurrente, font l’objet de traitements incomplets ou totalement inappropriés.

Pourquoi ?

Une réponse pourrait être faite sur la base d’une observation simple : Nos dirigeants ont « la tête bien pleine » comme l’atteste la liste de diplômes qui, souvent, apparaissent sur leurs Curriculum Vitae.

Mais, tout comme les élites qui les ont précédés, et qui ont été incapables, malgré l’assurance que leur donnait leurs titres, de prévenir les catastrophes d’une histoire encore récente[1], ils ont, à l’évidence, « la tête très mal faite ».

Pire, au-delà même d’une carence de la formation supérieure qui a fabriqué des élites incapables de « recomposer le tout » (comme y invitait l’anthropologue Marcel Mauss[2]) et de voir plus loin que leur intérêt immédiat, revient l’idée largement propagée que la richesse matérielle serait le critère discriminant permettant de sélectionner ceux qui sont appelés à présider aux destinées du monde[3].

Parmi les dispositifs conceptuels de « dé-formation », à l’origine de ces idées « fausses », on peut citer l’« Economicisme[4] » :

  • l’« Economicisme, dont les principales déclinaisons théoriques[5] ont réduit l’activité humaine à des choix individuels et des calculs de maximisation avec pour seul objectif l’accumulation de capital par « l’homo oeconomicus[6]».
  • l’« Economicisme dont les principaux sectataires ont été incapable d’appréhender le lien entre une mondialisation économique tirée par la finance et ses externalités négatives « glocales ».

Face à ce constat, que faire ?

L’ampleur de la tâche est, ici, un véritable défi. Car qui dit « tête mal faite » dit « erreur d’analyse », « erreur de diagnostic » et donc « erreur sur les solutions »[7].

Pour autant, le défi, par son ampleur, est également stimulant.

  • Que faire, et comment le faire, pour aider nos « élites » à prendre la mesure des dysfonctionnements et fractures de notre « monde mondialisé », ainsi que leurs conséquences sociétales ?
  • Quels choix théoriques, méthodologiques opérer, pour les aider à affiner leur entendement et, dans le même temps, mettre ces éléments à la disposition du plus grand nombre, afin d’en éviter les « phénomènes d’intermédiation confiscatoire ? »

Les choix théoriques et méthodologiques proposés pour déployer cette « Mondiologie[8] », sont présentés dans ce blog.

Leur énoncé resterait toutefois insuffisant sans une mise à l’épreuve des faits.

Cette mise à l’épreuve a été réalisée sous la forme d’un diagnostic global, mais précis, de notre monde, dont les résultats sont clairement exprimés dans les analyses thématiques postées sur ce site.

A l’opposé des propos convenus ou doctrinaires, la liberté de ton utilisée dans leur formulation ambitionne d’illustrer ce que peut être la mise en œuvre d’une véritable pensée critique.

[1] Cf. la France des années 1930 retranchée derrière les certitudes de sa puissance militaire et de sa ligne Maginot – certitudes balayées en un mois par la « débâcle » de son armée devant l’armée allemande en mai 1940 puis l’exode de la population fuyant l’avancée éclair de l’ennemi sous le feu de ses avions de chasse. cf. également l’ouvrage très important sur la période de Marc Bloch, L’Étrange Défaite, Témoignage écrit en 1940, Société des Éditions Franc-Tireur, Paris, 1946 pour l’édition originale. Cf. aussi une édition ultérieure : Paris : éd. Gallimard Folio Histoire, 1990 pour la préface du politologue Stanley Hoffmann. http://www.marcbloch.fr/etrange.html . On peut y lire les lignes qui suivent : « Cinquante ans après la catastrophe de 1940, cinquante ans après la rédaction de ce que son auteur a appelé, modestement, ce  » procès-verbal de l’an 40 « , le  » témoignage  » du grand historien, résistant mort pour la France, reste l’analyse la plus pénétrante et la plus juste des causes de la défaite […] Le citoyen qui parle de la sorte ne ménage personne. Ni une bourgeoisie  » aigrie « , incapable de comprendre l' » élan des masses vers l’espoir d’un monde plus juste  » et encline à considérer le régime politique  » corrompu jusqu’aux moelles  » et le peuple  » dégénéré « . Ni des syndicats ouvriers (ou des syndicats de fonctionnaires) braqués sur les  » petits sous « , sur  » les profits du présent  » auxquels se bornaient leurs regards, et sur un pacifisme incapable de distinguer  » entre le meurtre et la légitime défense « . Ni les grandes écoles et les universités où régnaient les  » fils de notables « , la cooptation, et aussi  » routine, bureaucratie, morgue collective « . Ni un enseignement voué au bachotage et méfiant envers l’initiative et l’observation. Ni un marxisme figé, aussi hostile à toute hérésie que la pensée militaire officielle. Ni un état-major enfermé derrière  » un mur d’ignorance et d’erreur « , en désaccord avec la vie politique du pays, et dont les chefs  » ont estimé très tôt naturel d’être battus « . Ni un régime plus faible que méchant. Ni une politique étrangère arrogante et sans rapport avec la puissance diminuée de la nation, après l’épuisante victoire de 1918. Ni lui-même et ceux qui, comme lui, avaient  » une langue, une plume, un cerveau « , mais,  » par une sorte de fatalisme « , ne s’en étaient pas servi pour informer et instruire la collectivité. Fiers d’avoir été, dans leurs tâches quotidiennes,  » de bons ouvriers « , ils faillirent au devoir d’être de bons citoyens, et de lutter pour cette  » vertu  » que la Révolution française et, avant elle, Montesquieu, avaient proclamée indispensable à tout État populaire (p. 14 et 15), http://www.marcbloch.fr/etrange.html . Pour un accès au texte original intégral, cf. Marc Bloch, L’étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, Société des Éditions Franc-Tireur, Paris, 1946, pages 21-194. L’édition papier contient un avant-propos de Georges Altman, Édition numérique complétée à Chicoutimi le 15 août 2005, http://classiques.uqac.ca/classiques/bloch_marc/etrange_defaite/bloch_defaite.pdf .

[2] Marcel Mauss (1870-1950), agrégé de philosophie qu’il a étudiée à Bordeaux, est le neveu de l’un des fondateurs de la sociologie moderne qui n’est autre qu’Emile Durkheim (1858-1917). Mauss est souvent présenté comme le « père » de l’anthropologie française ». Il écrivait : « « Les historiens sentent et objectent à juste titre que les sociologues font trop d’abstractions et séparent trop les divers éléments des sociétés les uns des autres. Il faut faire comme eux : observer ce qui est donné. Or, le donné, c’est Rome, c’est Athènes, c’est le Français moyen, c’est le Mélanésien de telle ou telle île, et non pas la prière ou le droit en soi. Après avoir forcément trop divisé et abstrait, il faut que les sociologues s’efforcent de recomposer le tout. Ils trouveront ainsi de fécondes données. – Ils trouveront aussi le moyen de satisfaire les psychologues. Ceux-ci sentent vivement leur privilège, et surtout les psycho-pathologistes ont la certitude d’étudier du concret. Tous étudient ou devraient observer le comportement d’être totaux et non divisés en facultés. Il faut les imiter. L’étude du concret, qui est du complet, est possible et plus captivante et plus explicative encore en sociologie. Nous, nous observons des réactions complètes et complexes de quantités numériquement définies d’hommes, d’êtres complets et complexes. […] Le principe et la fin de la sociologie, c’est d’apercevoir le groupe entier et son comportement tout entier. », «Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques» (1902-1903), Article originalement publié dans L’Année Sociologique, seconde série, 1923-1924, In Sociologie et Anthropologie, Paris, Presses universitaires de France, 1950, p. 276.

[3] Sur la question, on lira ou relira avec profit ce qu’écrivait l’économiste John Kenneth Galbraith dans un ouvrage intitulé Brève Histoire de l’Euphorie Financière, Paris : Editions du Seuil, 1992, pp. 20-22 : « Dans toutes les attitudes libérales (jadis nommées capitalistes), il y a une forte tendance à croire que, plus un individu possède ou gère de l’argent, en revenus ou en capitaux, plus profonde et magistrale est sa vision des phénomènes économiques et sociaux, et plus subtils et pénétrants sont ses processus mentaux.. […]  En fait, cette révérence pour la possession de l’argent est une nouvelle preuve de la mémoire courte, de l’ignorance de l’histoire et du champ ainsi ouvert à l’autosuggestion et à l’illusion collective, que nous venons d’évoquer. Avoir beaucoup d’argent, cela peut vouloir dire, comme souvent dans le passé, que l’intéressé a bêtement négligé les contraintes légales, et qu’il pourrait bien être, de nos jours, un résident potentiel pour quelque prison à régime léger. Ou l’argent vient peut-être d’un héritage et comme chacun le sait, la vivacité d’esprit ne passe pas automatiquement des parents à leurs rejetons. […] Enfin, et plus particulièrement, nous associons d’instinct une intelligence peu commune aux fonctions de direction des grandes institutions financières […]. En réalité, l’individu ou les individus qui peuplent les sommets de ces institutions sont souvent là parce que, comme il est de règle dans toute grande organisation, ils étaient, des divers talents en lice, les plus « prévisibles » intellectuellement, donc les moins dangereux pour la bureaucratie. Lui, elle ou eux sont alors revêtus de l’autorité qui encourage leurs subordonnés à acquiescer, leurs acolytes à applaudir, et interdit l’opinion contraire ou la critique. »

[4] Guy Roustang, « L’imaginaire économiciste et la question du sens », Nouvelle revue de psychosociologie 2/ 2006 (no 2), p. 33-45, http://www.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2006-2-page-33.htm (accès au 04/06/2016).

[5] Nous exposons dans le détail les principales thèses à l’origine de l’ »Economicisme », ainsi que les réseaux politiques et d’affaires qui les ont portées, in Bernard Sionneau « L’appui de la science économique anti-keynésienne », La construction du conservatisme moderne aux Etats-Unis, Paris : L’Harmattan, 2012, pp. 89-100, http://classiques.uqac.ca/contemporains/sionneau_bernard/construction_conservatisme/conservatisme_EU.html .

[6] Cf. Josette Combes. « Pour en finir avec l’économicisme, une autre rationalité économique », Xèmes Rencontres du RIUESS, Luxembourg 2, 3, 4 juin 2010, http://base.socioeco.org/docs/_index99.pdf .

[7] Cf. sur le site du Blog, Bernard Sionneau, “Global Studies for Global leaders: preparing for Global Responsibilities? A case for Business Schools”, EFMD/UNGC – GRLI 4th International Meeting, Rio de Janeiro (Brazil), April 2005.

[8] Le terme est issu d’une citation de l’écrivain argentin Ernesto Sabato (1911-2011) : « Il nous faut des mondiologues », citation faite par Edgard Morin au début d’un ouvrage co-écrit avec Anne-Brigitte Kern, Terre Patrie, Paris : Seuil, 1993, p. 7. Nous le précisons dans le texte consacré aux « Fondements épistémologiques d’une démarche mondiologique », https://worldissuesandservices.org/2018/11/27/49/

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