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Extraits du Chapitre 3 « Etats Fragiles : Violence et Barbarie au quotidien » in Bernard Sionneau, auteur de la 1ère partie du Management Responsable : approche critique et transculturelle, Paris : Ellipses, 2017, pp. 65-66 et 77-82.

Depuis les années 1990[2], les concepts abondent (« nouvelles terres inconnues », « chaos bornés », « zones grises ») pour tenter de décrire les difficultés rencontrées par les gouvernements de nombre de pays, dans l’exercice légitime de leur souveraineté territoriale[3]. Cette situation, issue de problèmes structurels profonds, débouche sur la volonté, affichée par différents intérêts (agents économiques, institutions internationales, recherche universitaire), d’en saisir l’origine et la dynamique, ainsi que les effets sociétaux induits, et d’en regrouper la problématique dans des termes génériques à la fois complémentaires et concurrents : « Etats faibles » (weak states), « Etats fragiles » (fragile states), « Etats effondrés » (collapsed states), « Etats en crises » (crisis states), etc[4].

A partir de 2005, l’OCDE publie ainsi un rapport annuel sur les « Etats fragiles » destiné à faire le point « sur l’évaluation du développement et sur les conflits, la paix et la coopération pour le développement (CPDC)[5] ». Dix ans plus tard, en 2015, la même institution décide de faire évoluer cette publication, proposant un cadre de suivi dont les cinq dimensions (violence, justice, institutions, fondamentaux, résilience) doivent permettre de saisir des « Etats de fragilité » (le nouveau titre des rapports)[6]. Bien que tardive par rapport à des travaux antérieurs appelant à évaluer les « risques pour les pays[7] » afin d’en saisir la plus ou moins grande fragilité (quel que soit leur niveau de développement), l’initiative OCDE ambitionne d’apporter des éléments autorisant la finalisation des objectifs de développement durable (ODD) dans tous les pays,  « au lieu de se concentrer sur les seuls Etats fragiles et en conflit ».

Nonobstant la générosité de l’objectif poursuivi par l’OCDE, les données fournies sur la fragilité de nombre d’Etats ne prêtent pas vraiment à l’optimisme en termes de « développement durable ». Selon les données de la Banque Mondiale, ce sont plus de 2 milliards d’habitants originaires d’«Etats fragiles » qui sont confrontés à des formes de violence extrême compromettant leur développement[8]. Et dans 33 États fragiles et en situation de conflit totalisant 500 millions d’êtres humains, la pauvreté touche plus de la moitié (51 %) des habitants. D’autres données complètent ce panorama social préoccupant : la part des populations pauvres du monde vivant aujourd’hui dans un État fragile ou en situation de conflit devrait au moins doubler d’ici 2030; en outre, les pays pauvres en situation de conflit représentent un tiers des décès liés au VIH/sida, un tiers des individus privés d’accès à une source d’eau propre, un tiers des écoliers n’achevant pas le cycle primaire et la moitié des décès d’enfants au niveau mondial. Même si la Banque Mondiale tente de rassurer l’opinion en écrivant que « 20 États fragiles et en situation de conflit ont récemment atteint une ou plusieurs cibles associées aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et six autres sont en bonne voie de réaliser un certain nombre de cibles spécifiques avant la date butoir de 2015[9]  », l’incertitude constante entourant le devenir de ces pays ou territoires fragiles rend la vie quotidienne souvent insupportable pour leurs populations, incitant à partir ceux qui le peuvent et faisant planer sur les autres l’ombre funeste d’un destin violent.

C’est cette part de barbarie et de violence au quotidien, qui n’apparaît jamais dans les travaux classiques d’économie et de gestion, qu’il nous semble aujourd’hui indispensable d’évoquer. Car, dans les faits, en les écartant de leurs grilles d’analyse, les chercheurs dans ces disciplines ont contribué à propager une vision du monde aseptisée et inexacte. Pire, en réduisant le monde à une dynamique de « globalisation de ses marchés[10] », ils ont permis à l’horreur quotidienne d’être banalisée, disparaissant derrière des typologies parfaitement lisses (« pays émergents », « pays en développement », etc.) et l’objectivité supposée de leurs batteries d’indicateurs économiques et financiers. C’est cette part de réalité humaine qui échappe totalement à l’analyse économique ou gestionnaire – car contraire à son désir de rationalité, à son envie d’appréhender les sociétés et leurs « agents » au moyen d’appareils statistiques ou de modèles formels permettant d’en gommer la sauvagerie associée aux pulsions primitives des Hommes – dont il sera maintenant question.

Motivée par  la production intellectuelle d’ignorance, issue d’une volonté naïve de faire rentrer l’Homme, ses Organisations et Sociétés, dans des modèles incapables d’en saisir la complexité, l’évocation des crimes organisés à grande échelle du 20ème siècle peut éventuellement nous permettre de comprendre pourquoi, la minoration, voire la banalisation d’actes de violence et de barbarie commis à partir d’Etats fragiles est devenue possible dans la dernière décennie de ce siècle; que ce soit avec l’évocation des réseaux de la prostitution albanaise, que ce soit à travers le récit des massacres commis au Libéria et en Sierra Leone, et, depuis les années 1990 jusqu’à aujourd’hui, au Mexique – le tout, dans une relative indifférence en Europe. […]

Thèmes développés mais non exposés ici : 
La banalisation del’extrême violence,
Le cas del ’Albanie dans la prostitution des femmes (adultes et mineures)
Les« diamants de sang » (blood diamonds) au Liberia et en Sierra Leone

Le Mexique : un pays immergé dans l’ultra-violence institutionnalisée  : Déjà, en 1993,malgré l’enthousiasme des milieux économiques nord-américains pour lespromesses associés à « l’émergence »du Mexique[11],le criminologue Xavier Raufer écrit « […]la situation est moins grave en Colombie où les cartels affrontent l’Etat,qu’au Mexique, où les organisations criminelles sont dans l’Etat[12] ». Le krach économique de1994-1995 (à la suite duquel la moitié de la population mexicaine tombeau-dessous du seuil de pauvreté) motive d’ailleurs la revue américaine Fortune, dont les analystes ont faitl’apologie de « marchés émergents » comme le Mexique, a devoirreconnaître que : « Rétrospectivement,l’essor des activités des narcotrafiquants a eu certainement plus d’impact surla crise économique qu’il est généralement admis[13] ». Et lorsque la réalité socialecombine ses effets dépréciateurs à ceux d’une économie en panne, c’est lapanique chez les investisseurs. Le meurtre au printemps 1993 du cardinal JuanJesus Posadas Ocampo de Guadalajara (tué « par erreur » à la place dunarcotrafiquant « el Chapo » Guzman Lorea, ou tué parce qu’il ensavait trop sur les activités des narcos?), le meurtre un an plus tard de LuisDonaldo Colossio (mars 1994) candidat du PRI à la présidence du pays et celuidu secrétaire général de ce parti, José Francisco Ruiz Massieu, lacriminalisation de l’économie (la part du revenu national provenant du traficde drogue est à l’époque estimée à 7 milliards de dollars par les expertsaméricains[14]),la corruption liée à la drogue, de pans entiers de l’appareil d’Etat[15]– tous ces éléments finissent progressivement par s’imposer comme autant deréalités qui viennent contrarier « la pureté » et « l’implacablerationalité économique » des modèles utilisés par les professionnels de lafinance pour évaluer les opportunités de ce pays[16].

D’autres facteurs de déséquilibres éloignent encore davantage la perspective de retours mirifiques sur investissements : l’assassinat de centaine d’opposants au régime, la guerre civile menée dans l’Etat du Chiapas[17] par l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) (une force politique jusque-là inconnue) et la vague d’attentats à la bombe et d’enlèvements qui alors secouent le pays. Tous ces incidents rappellent aux investisseurs que la violence politique fait toujours bien partie d’une réalité socio-politique quotidienne dont l’analyse économique ne peut être dissociée[18]. C’est d’ailleurs le prolongement de cette réalité qu’évoque de nouveau l’écrivain mexicain Sergio González Rodríguez, vingt ans plus tard : « La guerre contre le trafic de drogue au Mexique a fait entre soixante-dix mille et cent vingt mille morts et disparus (l’incertitude sur le chiffre fait partie intégrante du problème). […] La violence extrême des règlements de comptes entre criminels et trafiquants de drogue est fortement liée à la sous-culture de la violence de l’Etat lui-même, qui suppose corruption, inefficacité, ineptie et irresponsabilité. […] Depuis des années, il m’apparaît évident que la vie publique mexicaine se déroule sous l’architecture abjecte mise en place par ses pouvoirs économique et politique. La crise actuelle trouve sa genèse dans la modernisation de l’économie et de l’Etat des années 1980[19] ».

La signature du traité de libre-échange nord-américain en 1994 est l’un des éléments d’approfondissement. Mettant fin à la réforme agraire, aux aides de l’Etat aux produits de première nécessité (maïs, huile, savon, etc.), à toute politique volontariste d’industrialisation de la part de l’Etat  sous le prétexte (également avancé en Europe pour négocier le Tafta[20]) de mettre un terme aux « distorsions de concurrence », privatisant[21] des secteurs stratégiques nationalisés de l’énergie (pétrole, électricité) dans lesquels le Mexique obtient de bons résultats, toutes ces mesures ont pour effet d’éreinter la classe moyenne et d’appauvrir davantage les pauvres, créant un terrain qui nourrit la violence et la narco-économie. « En dernière analyse », écrit ainsi Pierre-Luc Abramson, « la seule sécurité sociale qui reste aux chômeurs, aux sans-terres et aux misérables de tout catégorie, c’est celle que les cartels offrent à leurs affidés[22]. » Sommé par les Etats-Unis d’éradiquer les cartels de la drogue, engageant alors la presque totalité des forces militaires et de polices pour y parvenir, l’initiative prise par le président d’alors Felipe Calderon fait basculer le pays dans une spirale de violence : « chaque jour apparaissaient – et cela continue encore aujourd’hui », précise Abramson, « des corps écorchés, décapités, violés, émasculés, sans que l’on sache si les victimes de la terreur ont été immolés par les sicarios – les tueurs des cartels – ou par des éléments des forces armées. Si l’on compare les cartels mexicains, et notamment les pires, les abominables Zetas, avec Daech, ces fanatiques religieux restent encore des enfants de chœur.[23] » Si l’on ajoute à ce sombre panorama, la barbarie au quotidien des situations de vie dans certaines industries « Maquiladoras » mexicaines[24], ces entreprises localisées dans des zones franches taillées sur mesure pour éviter aux grandes sociétés états-uniennes qui y sont installées, toute contrainte liée aux respects des droits de l’homme, au respect du droit du travail ou de l’environnement, le Mexique, pays de cartes postale pour touristes ou étudiants en échanges universitaires, rentre bien dans la catégorie des « Etats fragiles ».

Si l’on ne peut faire du Mexique une généralité, l’état du monde actuel permet néanmoins d’identifier, sur les cinq continents, l’existence de situations similaires peu propices à un développement réel des populations concernées. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : « le fait que plus de 2 milliards d’habitants des pays en développement soient confrontés à une forme de violence extrême illustre bien la nature du défi du développement : conflit ou violence, une telle situation ferme la porte au développement de nombreux pays ou réduit à néant des années de progrès[25]. » Pour autant, le quotidien brutal de ces plus de 2 milliards de personnes ne rencontre que peu d’attention parmi les élites politiques et économiques des pays les plus riches. Seules leurs conséquences les plus visibles, celles qui viennent perturber le cours des existences, telles les vagues de migration[26], ou les attentats terroristes qui touchent les populations dans leur chair comme ceux du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, où ceux qui ensanglantèrent Paris dans les années 1990 (GIA islamiste) et plus récemment la multiplication des attentats commis par l’Etat islamique entre 2015 et 2016, rappellent au monde que l’expression de la barbarie ne connaît pas de frontières. Et que cette barbarie peut finir par se retourner contre ceux qui ont pu en être les manufacturiers indirects et imprévoyants[27].

Fragilité de nombres d’Etats mal développés et expansion de la barbarie se combinent ainsi pour former la dynamique de risques structurels majeurs pour le système international, dont nous évoquions les causes dans un texte de 2001[28]. Les lignes qui suivent en reprennent l’essentiel.

Faillite d’Etats fragiles, impasses du développement sociétal et chocs en retour sur les pays développés

Le soutien militaire et financier à long terme, accordé par les leaders de la guerre froide et leurs alliés à des régimes clients et à des factions rivales, a ôté à des pays toute capacité de développement autonome. Pillés de façon systématique par leurs dirigeants qui en ont recyclé les richesses à leur compte dans les circuits financiers internationaux, abandonnés de leurs anciens protecteurs, dépossédés de leurs élites qui en ont fui les dictatures, affaiblis par les politiques de restructuration que le FMI ou la Banque Mondiale leur ont imposées, incapables d’attirer les grands investisseurs privés internationaux dans des programmes autres que prédateurs – ces territoires, anciens pions dans le jeu Est-Ouest, ont sombré dans l’incurie économique, mais également pour certains, dans l’anarchie et la violence [29]. Ces « angles morts » du système international – « zones grises » (Raufer, 1993), « nouvelles terres inconnues » (Ruffin 1993), et autres « chaos bornés » (Dollfus, 1995)[30], se rappellent toutefois au souvenir des États riches sous la forme de rétroactions systémiques difficiles à gérer : terrorisme international, migrations clandestines de populations déplacées, criminalisation d’économies et difficultés à endiguer leurs productions.

La plupart des problèmes de développement et conflits précités, dont les effets (démographiques, diplomatiques, économiques, etc.) finissent par déborder les frontières, ont des causes multiples, aussi bien internes qu’externes. Dans certains pays, ces ruptures traduisent la crise d’États fragiles issus des empires coloniaux, et dans lesquels il n’y a pas eu construction d’une nation, mais anti-développement ; dans d’autres, elles sont la résultante d’une étape dramatique de formation des nouveaux États, nés de l’effondrement du système soviétique [31] ; dans d’autres cas enfin, ces crises trouvent leur origine dans l’adoption sans discernement ni précaution du modèle privilégiant l’option du « tout marché et du « moindre État ». On observe enfin dans ces situations nationales catastrophiques des relations entre plusieurs facteurs : les bouleversements écologiques (raréfaction d’une ressource en raison de l’activité humaine), la croissance démographique (une ressource rare doit être répartie entre un plus grand nombre de personnes) et la distribution inégale des ressources (une élite nationale ou étrangère contrôle l’usage de cette ressource)[32]. Les manipulations identitaires ou religieuses s’ajoutent à l’ensemble. Elles naissent de la ruine de situations nationales qui ne sont plus viables pour les raisons précitées, et non pour des questions ethniques ou religieuses.

Il est possible de prolonger le raisonnement, en évoquant les effets structurels induits des options du « tout marché » et du « moindre État » à d’autres niveaux : le lien entre l’appauvrissement des économies de certains pays, leur criminalisation, ainsi que l’utilisation des circuits de la finance pour « blanchir » l’argent « sale ». Moins visibles que les crises de change ou les krachs boursiers, les implications de ces phénomènes pour l’avenir de ces pays, ainsi que pour la sécurité et la démocratie des pays industrialisés incitent à parler ici de « risque structurel majeur ». Il existe en effet une relation étroite entre la dette mondiale, le commerce illicite et le blanchiment de l’argent sale. La crise de la dette a eu d’autres implications internationales que le spectre d’une crise financière généralisée et la sensibilisation des banques occidentales au « risque-pays ». Elle a introduit un « risque pour les pays » majeur dans le cas des économies endettées, en fournissant aux syndicats du crime la possibilité de s’introduire dans leurs circuits. Elle l’a fait par le biais des programmes d’ajustement structurel que ces pays ont été obligés d’accepter pour avoir accès aux prêts du FMI ou de la Banque Mondiale. Sous l’effet des mesures d’austérité dictées par les créanciers internationaux, les licenciements massifs de fonctionnaires, l’effondrement des marchés nationaux et des exportations, la baisse des salaires dans les entreprises ont provoqué la crise de l’économie légale. Dans de nombreux pays endettés, les activités et productions illicites, contrôlées par les syndicats du crime sont alors devenues un secteur d’activité dominant, une possibilité de revenus alternatifs pour des populations précarisées et la principale source de devises[33]. Mais la criminalisation des économies est allée plus loin. Dans le sillage ordinaire des programmes de restructuration de la dette, les créanciers extérieurs ont exigé la mise en œuvre de programmes de privatisations. Ceux-ci  (à l’instar des crises financières récentes) ont eu des résultats inattendus. Les organisations criminelles, détentrices d’immenses revenus issus de leurs activités, ont pu acheter à bas prix (tout comme les multinationales étrangères) des entreprises publiques du secteur énergétique, des entreprises industrielles et commerciales, des terres appartenant à la collectivité, et des banques d’État. L’acquisition de ces banques, tout particulièrement, a été un moyen privilégié de recycler les profits générés par les activités illégales dans les circuits de l’économie légale. Déposés dans le réseau bancaire, ils ont été utilisés par les établissements pour financer leurs activités de prêt et d’investissement, aussi bien dans l’économie légale que criminelle[34]. C’est ainsi que dans un certain nombre de pays endettés et soumis à l’ajustement structurel (des pays où le service de la dette excédait le total des recettes d’exportation) les revenus tirés du commerce illicite ont fourni à des gouvernements, par l’intermédiaire de la privatisation de banques et d’entreprises, les moyens d’acquitter le service de leur dette. Dans le même temps, un dangereux engrenage se mettait en place sous la forme d’une banalisation du procédé et son acceptation tacite par la communauté financière internationale qui le voyait comme un moindre mal. Du moment que les dettes étaient acquittées, les créanciers ne faisaient plus de distinction entre « argent propre » et « argent sale ».

[1] In Bernard Sionneau, auteur de la 1ère partie du Management Responsable : approche critique et transculturelle, Paris : Ellipses, 2017, pp. 65-66 et 77-82.

[2] Cf. « Les Novae terrae incognitae » de Jean-Christophe Rufin, in L’Empire et les Nouveaux Barbares, Paris : JC Lattès, 1991, pp. 33-52 ; les « chaos bornés » d’Olivier Dollfus, in « Le système-monde : point de vue d’un géographe », Sciences Humaines n°14, Févier 1992, p. 24 ; les « zones grises » de Xavier Raufer, Les Superpuissances du Crime, Paris : Plon, 1993, p. 33.

[3] En droit international : la « Souveraineté » désigne le caractère d’un Etat qui n’est soumis à aucune autorité. Par une transposition de la théorie interne de la toute-puissance de la République, la Souveraineté devient le critère constitutif d’un Etat reconnu internationalement : cf. paragraphe 1 de l’article 2 de la charte des Nations-Unies : « L’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de ses membres». La doctrine juridique internationale définit la souveraineté par rapport à 3 propriétés : exclusivité de la compétence, autonomie, plénitude.

[4] Denis Bauchard, « Introduction », Politique étrangère 1/2011 (Printemps), pp. 10-15.

[5] Guide sur l’Evaluation des activités de prévention des conflits et de construction de la paix, OCDE,  Document de travail pour la période d’application, Comité d’aide au Développement (CAD), OCDE, 2008, p. 4.

[6] Cf. OCDE, « Etats de fragilité 2015 : Réaliser les ambitions de l’après-2015 », Edition Révisée, http://www.oecd.org/dac/governance-peace/conflictfragilityandresilience/docs/FRE%20States%20of%20Fragility%20Highlights%20document.pdf .

[7] Cf. Bernard Sionneau, Risque-pays et Prospective Internationale, Théorie et Application à la République Socialiste du Viêt Nam, op. déjà cité.

[8] Joaquim Levy, « Favoriser l’investissement dans les pays fragiles », blogs.worldbank.org, 18/05/2016, http://blogs.worldbank.org/voices/fr/category/topics/conflict .

[9] Ibid.

[10] Cf. les écrits “fondateurs”: Theodore Levitt, « The globalization of markets », Harvard Business Review, Harvard, May-June 1983; Michael E. Porter, Competitive Advantage: Creating and Sustaining Superior Performance, New York: The Free Press, 1985; Kenichi Ohmae, Triad Power: The Coming Shape of Global Competition, The Free Press, New York, 1985.

[11] Cf. Bernard Sionneau, »Le risque-pays au Mexique », in Risque politique, risque-pays et risque projet, Cahiers du LIPS n°7, Paris : CNAM, Novembre 1996, pp. 19-24.

[12] Xavier Raufer, Les Superpuissances du crime : Enquête sur le Narcoterrorisme, Paris : Plon, 1993, p. 69.

[13] Traduction de l’auteur, in H. Hurt III, « It’s time to get real about Mexico », Fortune, 4 September 1995, p. 72.

[14] The New York Times, 29 Juillet 1995, source citée in J.Avilés, « Main basse sur le Mexique », Le Monde Diplomatique, Août 1996, pp.4-5.

[15] Lorsque le Président Mexicain Miguel de la Madrid termine son mandat (1982-1988), la DEA délivre 3 mandats d’arrêt contre ses proches : M. Manuel Bartlett Diaz, ancien ministre de l’intérieur, M. Juan Arevalo Gardoqui, l’ancien ministre de la défense et M. Enrique Alvarez del Castillo, ancien gouverneur de l’Etat du Jalisco. Quant à Carlos Salinas, qui vit actuellement en Irlande, son frère Raul Salinas est en prison depuis février 1995, accusé d’être l’instigateur du meurtre de José-Francisco Ruiz Massieu, le secrétaire général du PRI. Il est par ailleurs soupçonné d’avoir blanchi plusieurs centaines de millions de dollars pouvant provenir du trafic de stupéfiants, in J. Avilès, ibid.

[16] Comme le déclara très sincèrement un gestionnaire américain de fonds d’investissement : « We went into Latin America not knowing anything about the place. Now we are leaving without knowing anything about it », in M. Naim, “Latin America; the morning after”, Foreign Affairs, Vol. 74, n°4, July/August 1995, p. 53.

[17] « Depuis toujours », écrivait François Barrault, « le Chiapas a été un des hauts lieux du mouvement paysan et indien. En 1974, la ville de San Cristobal fut choisie pour être le siège du premier congrès indien du Mexique. Le gouvernement central de Mexico a toujours eu des difficultés avec les indiens du Chiapas comme avec ceux du Guatemala qui ont pris l’habitude de passer clandestinement la frontière, in « La monnaie du pauvre », op.cit., p.46. Ajoutons également que si le Chiapas est la lanterne rouge de l’Etats Fédéral Mexicain en matière économique, politique et sociale (le pauvreté y touche environ 80% de la population pour la plupart des indiens), ce pourrait être l’un des Etats les plus riches du pays : on y trouve de l’or et de l’argent, de très importantes ressources forestières et tropicales; sur son réseau fluvial très étendu de grands barrages fournissent 55% de l’électricité du pays et ses gisements pétroliers considérables produisent 21% du pétrole et 47% du gas naturel du Mexique, in B.Pinaud, Cahiers pour Croire Aujourd’hui, 15 Mai 1994, pp.9-10.

[18]cf. Raufer Xavier, Les Superpuissances du crime, op.cit., pp.60-61; également J. Castaneda, « Cracks in the foundation« , Newsweek, 4 April 1994, p.11; et enfin C. Walken, « Triomphe du Narcosystème à Mexico », Courrier International n°215, du 15 au 21 déc. 1994, pp.39-42.

[19] Sergio González Rodríguez, « Dire la violence extrême au Mexique : Deux individus armés se sont approchés…», Le Monde Diplomatique, Août 2015, pp. 8-9.

[20] « Transatlantic Free Trade Agreement », cf. infra.

[21] Au Mexique, les narcotrafiquants ont largement profité des privatisations organisées par le président Carlos Salinas de Gortari et par son successeur Ernesto Zedillo. On estime ainsi que sous leurs deux présidences, ce sont deux fois trente milliards de dollars des actifs issus des sociétés publiques vendues qui ont profité aux groupes criminels amis, in P. Meyzonnier, Trafics et Crimes en Amérique centrale et dans les Caraïbes, Presse Universitaires de France, 2000, p. 53.

[22] Pierre-Luc Abramson, « Mexique, les racines de l’actualité ou la violence et ses liens avec les politiques ultralibérales conduites en Amérique du Nord », Les Possibles N°07 Été 2015, mardi 4 août 2015. https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-7-ete-2015/debats/article/mexique-les-racines-de-l-actualite-ou-la-violence-et-ses-liens-avec-les

[23] Ibid.

[24] Ibid. cf. également, sur le sujet, Nayereh Pourdanay, Les « maquiladoras » et le développement industriel mexicain » in « Multinationales et développement », Revue Tiers Monde , t. XXIX, n°113, janvier-mars 1988. Aussi, Marie-France Labrecque et Beatriz Castilla Ramos, « Recherche sur les Maquiladoras du Sud du Mexique et en Amérique Centrale : Travail, Genre et Identité » Cahiers du LAB.RII, Documents de Travail n°234, Décembre 2010.

[25] « États fragiles et en situation de conflit – Vue d’ensemble », Banque Mondiale, Dernière mise à jour: sept. 24, 2015, http://www.banquemondiale.org/fr/topic/fragilityconflictviolence/overview .

[26] « Sur les six premiers mois de 2015 », écrit Guillaume Duval, « l’Europe a enregistré 420 000 demandes d’asile, un quasi-doublement par rapport à 2014. Et la tendance est rapidement croissante : le chiffre d’un million devrait donc être largement dépassé sur l’année. […] La question des réfugiés n’est absolument pas en première instance une question économique. Les discours utilitaristes sur le thème « l’Europe vieillissante va avoir besoin de main-d’œuvre et c’est pour cela qu’il faut laisser rentrer ces réfugiés » sont insupportables. Sans parler de ceux qui insistent sur le fait que les personnes qui cherchent asile en Europe ne sont pas des « damnés de la terre » mais plutôt les élites bien formées des pays de départ : ce serait presque au contraire une raison de s’opposer à ce que l’Europe pratique une fois de plus du « brain drain » en privant ces pays pauvres et en difficulté de leur main-d’œuvre qualifiée. Non. Si nous devons impérativement ouvrir les portes et abaisser le pont-levis de la « forteresse Europe » c’est d’abord pour des raisons humanitaires, parce que ces gens risquent leur vie et celle de leur famille s’ils restent dans leur pays et parce que nous ne pouvons plus nous contenter de laisser la charge de s’en occuper à des pays voisins comme le Liban ou la Jordanie que cette tâche insurmontable menace de déstabiliser à leur tour. », in « Europe : il faut un plan Marshall pour les réfugiés », AlterEcoPlus.fr, 02/09/2015.

[27] Cf. notre chapitre 4 intitulé « Stratégie de la ceinture verte : Stratégie du KO (chaos), in Le Management Responsable : approche critique et transculturelle, Paris : Ellipses, 2017, pp.83-87.

[28] Sionneau Bernard, « Une théorie du risque-pays (II), Géoéconomie n°19, automne 2001, pp. 188-190.

[29] Pour Mariano Aguirre, les caractéristiques des conflits de l’après-guerre froide sont les suivantes : « Les institutions des États à l’intérieur desquels se déroulent ces affrontements disparaissent, laissant un vide institutionnel dangereux : la police n’agit plus et opte pour l’un des camps en présence ; le pouvoir judiciaire s’estompe ; le gouvernement (quand il y en a un) cesse de contrôler l’ensemble du territoire national ; des lois nouvelles, que nul n’a votées, s’appliquent dans les zones en guerre. Le banditisme, de caractère politique ou crapuleux se répand, ainsi que le chaos social. Les infrastructures (routes, ponts, barrages, centrales électriques, chemins de fer, aéroports) sont systématiquement détruites par tous les belligérants, ce qui accélère la régression économique et rend aléatoires la reconstruction et le développement futurs. Les parties qui s’affrontent conduisent souvent une diplomatie sauvage, où ne valent ni la parole donnée, ni les règles élémentaires de bonne conduite. La guerre s’arrête après un cessez-le-feu hâtivement négocié, pour reprendre soudain en violation des accords, et tout recommence. Les groupes en guerre brûlent les récoltes, minent les champs et tentent de contrôler aussi bien les routes par lesquelles est acheminée l’aide humanitaire, que les camps de réfugiés, dans lesquels ils peuvent recruter de nouveaux combattants, en général chez les mineurs, in Aguirre M., « L’émergence d’un monde nouveau », Manière de Voir n°29, Février 1996, p.11-12.

[30] Cf. pour ces auteurs les références à leurs travaux en première page de ce chapitre.

[31] Ibid., p.12.

[32] Ibid., p.11.

[33] Michel Chossudovsky, « La corruption mondialisée », Manière de Voir n°33, Février 1997.

[34] Cf. la note n°21 évoquant le cas du Mexique et notre chapitre 5 intitulé « Etat mafieux : de l’URSS à la Fédération de Russie », in Le Management Responsable : approche critique et transculturelle, Paris : Ellipses, 2017, pp. 91-97.  Comme le précisait M.C Dupuis, après la chute de l’Union Soviétique en 1991, le mouvement de libéralisation sauvage de l’économie a fourni aux organisations criminelles une opportunité unique de prendre leurs marques dans un paysage en pleine reconstitution. Selon le ministère de l’intérieur russe, 60% des banques ont partie plus ou moins liée avec les organisations criminelles. En 1997, une étude réalisée par une universitaire américaine et présentée à la Banque Mondiale concluait qu’en Russie, le crime organisé avait infiltré le système bancaire domestique et les marchés financiers, plus profondément que dans d’autres pays et contrôlait maintenant plus de 40% de l’économie. Solomon Brothers liste ainsi « l’activité criminelle » parmi les sept risques majeurs du système bancaire russe. La Russie, ajoute d’ailleurs Dupuis, n’est pas la seule à avoir conduit son économie sur la voie de la libéralisation en ayant recours aux privatisations de masse ; à des degrés divers, tous les pays de l’ex-bloc soviétique sont concernés par la possible infiltration d’intérêts criminels dans les sphères économiques et financières, in Finance criminelle : comment le crime organisé blanchit l’argent sale, Presses Universitaires de France, Paris, 1998, pp.141-148.

Global Studies for Global leaders: Preparing for GlobalResponsibilities? A case for Business Schools By Bernard Sionneau

EFMD/UNGC – GRLI 4thInternational Meeting, 
Rio de Janeiro (Brazil), April2005
(Updated 2018-12-02)

The starting millennium has seen the World ensnared in issues of various kinds, the magnitude of which concerns all peoples[1]and territories. Economy, demography, development, ecology and security – these transnational issues have correlating incidences that affect the  whole planet. Confronted to their simultaneous impacts, current leaders, whether in politics or business, are now hard put dealing with some, while ignoring others. They have to embrace the “Global view”, an exercise which is not necessarily natural and may require an “intellectual evolution”grounded in an “academic revolution”.

Actually, as theafore-mentioned issues are global in scope and consequences, their identification and treatment require a mental prerequisite: that, for current or future leaders, of being able to grasp their “interconnectedness” and be in acapacity to replace them within a context which is wider than theirprofessional preoccupations, in order to understand these issues’ origins andfathom their actual or possible consequences.

This exercise in “contextualization” is a fundamental step towards the “global view”. However,in the present academic setting, the reality of disciplinary segmentation and the ensuing compartmentalization of knowledge still make it “mission impossible” as it remains an exercise in “partial understanding”. This situation, in turn, has professional consequences.

If we take the case of business people, taught by the dominant paradigm that the “only business of business is business”, the prevailing trend among these populations is to limit the scope of their analyses to strictly financial or economic considerations. Abstracting the latter from their historical,ecological, social, political or psychological context, these professionals have been ill equipped to fathom the consequences that their incomplete assessments may have had on decision making. Academically provided with “partial curricula”that allow them toproduce only “partial representations”of complex issues, they may involuntarily participate in the making of global crises the real causes of which they don’t understand, the responsibility in which they refuse to endorse, and the social or ecological consequences they are unable (or refuse) to see.

This analysis allows us toexpress the following formula: “partial training” produces “partial thinking” and generates “partial understanding”. Those elements,in turns, are obstacles to the tackling of issues that are not “partial”, but “global” in scope and consequences. They can be identified as themain determinants of “irresponsible decisions”the latter producing “global crises”that take every day aheavier toll on societies and the environment[2].

The subject cannot be leftpending to the eventual materialization of “newlayers of awareness” among leaders or populations that would motivate theadvent of forces, strong enough to make things change. Were it to happen, thistrend would not lessen the need for an education into “global thinking”which remains a prerequisite for identifying the causes and consequences of global challenges and deal with them in a responsible way.

Actually, any in-depth treatment of these global challenges requires, for those in charge, a capacity to integrate both “context” and “complex” into their operational reasoning:

  • “Context” firstly, because each professional decision should be thought within an intellectual space of speculation that does not isolate it but considers it in relation with its general environment (cultural, economic, political, technological, social, environmental).
  • “Complex”, secondly, because each professional decision should be considered as one dimension of a bigger “whole”(markets, territories, societies, the planet) and thus should be assessed not only by considering the relationships it entertains witht hat totality and its other dimensions at macro and micro levels, but also, by trying to consider the induced effects (risks/opportunities, uncertainty, bifurcations, etc.) these phenomena may generate on the “parts”and the “whole”.

Integrating“complex” and “context” into the education of leaders in order to enable them to grasp “globality” and ensure the anticipation and treatment of its  major dysfunctions, requires a“revolution” in academic curricula.

Not only does it point out to the necessary recognition that the actual system of education in leadership makes “specialists in partial thinking” poorly equipped to tackle global stakes (not a widely shared perception); but it also requires from academia and establishments of higher education that they started to encourage (in researchand professional applications) “multi-” and even “trans-disciplinary approaches of social phenomena” where the compartmentalization of disciplines and knowledge would give way to their systematic conjugation.

Let us assume that this new formula into “global thinking”, strongly resisted until now, will materialize.

Several reasons can be given that should motivate business schools, more particularly, to broaden their curricula in order to integrate this reality.

As a matter of fact, if traditional classesin marketing, accounting, corporate finance, etc. are necessary steps to understand the basics of corporate life – as natural scions of “Management Sciences”, they are not meant to provide insights into the complex dynamics that shape the world and impact the global and local contexts of business units. Other scientific domains need then to be tapped that do not fit easily in business studies and business schools’ departments. They are, for the main ones:  Political Science, International Relations[3],Sociology and anthropology, Area studies, etc.

Economics occupies, here, a special place. Very often, the study of Macro-Economics is included in B. Schools curricula. However, part of the problem is that it tends to be presented as the main, if not the only “external” dimension worth considering in relation with corporate preoccupations. As a result, B. Schools students tend to reduce the corporate context (environment) of operations as exclusively economic and financial in essence. And when domestic or international crises occur (over debt, foreign outsourcing, territorial or wealth allocation, corruption, business misdemeanors, terrorism or ecological disasters, etc.) the same students are ill equipped to identify other primary and often interrelated variables of different nature (political, social, technological, etc.) that, together with economic and financial factors, may have an important role in their outbreak, as well asunderstand their impact on corporate operations, societies, the world.

As it goes, the present situation makes it difficult for B. School students to convert into executives and leaders able to deal responsibly with global challenges. Provided with a highly specialized but somehow reducing vision of their surroundings, they are not in a position to assess correctly the complex stakes (political, economic,social, technological, etc.) simultaneously associated with business operations and make decisions geared to those realities.

In order to deal with theseproblems, ESC Bordeaux, later called BeM – Bordeaux Management School, then KEDGE, chose, in 1989, to develop a series of specialized lectures and seminars designed to provide students with a comprehensive view of the corporate environment. For fifteen years (starting in 1990), a specific department was entrusted with this task. Formerly called “WorldBusiness and Issues” (Business & International Environment) its faculty pooled the resources of Economics, Political Science, International Relations, Sociology, Futures Studies  withManagement Sciences, with one goal in mind: try to avoid the pit of knowledge compartmentalization and provide students, during their initial phase of training (Pre-Master, M1 and M2 levels),with a “boosted toolbox” allowing them to delve into the complexity of global and local issues.

Obviously, the need to provide people with “a holistic understanding of the profound changes in the world” has been shared by other institutions o fhigher learning that are not necessarily involved in the “administration of business”.

Fred W. Riggs, at University of Hawaii (UH) was an active pioneer and practitioner of “Global Studies” and documented the leading contributions in the field. At University of Hawaii (UH) Riggs managed a pilot project in Global Studies. Involving, thanks to “distance learning tools”, teams of professors with different disciplinary and area studies background, he conceived a workshop (and developed ‘low-cost multi-disciplinary material’ with Distributed Learning technology) meant to provide students “with a broader-based understanding of the many causes and consequences of globalization as it affects their daily lives”.

If the above-mentioned initiative took place within the wider framework of a “Globalization Research Center” (UH) that obtained support from Congress to organize a 4- university network, other important universities have also created “global studies curricula” and “global studies research Centre”, namely: John Hopkins University with an Institute of Global Studies in Culture, Power and History, the University of California at Santa Barbara (USA) with a program called “Global and International Studies” (G&IS), the University of Wisconsin, Milwaukee, with a “Bachelor’s Degree in Global Studies”, the University of Illinois Urbana Champaign with a “Masters of Education in Global Studies, the “Centre for Global Studies” at the University of Victoria (Canada), The Centre for the Study of Global Governance at the London School of Economics or the “Globalization and Development Program” of the Warwick Graduate School (U.K), etc.

Some associations have also tried to answer the global challenge, using different approaches. The International Studies Association (ISA) was born in the U.S. “Founded in 1959, its more than 7,000 members span the globe – comprising academics, practitioners, policy experts, private sector workers and independent researchers, among others. The Association has long served as a central hub for the exchange of ideas and for networking and programmatic initiatives among those involved in the study, teaching and practice of International Studies.”,  https://www.isanet.org/ISA/About-ISA  In order to understand the world, its supporters look at its many parts and ask how they fit together. In contrast, the Global Studies Association (GSA), born in the U.K. in 1999 has opted for an opposite intellectual stance. Actually, its members have chosen to understand the world as a whole : “The Global Studies Association (GSA) is a multi-disciplinary scholarly association set up in order to address the vast social, political & economic transformations of global scope which are impacting upon the world today. The GSA provides a forum for scholars to collaborate & explore shared responses to such phenomenon, particularly in the context of globalisation. The commitment to multidisciplinarity & to the global context make the GSA unique in its aims & scope & thus offering its members invaluable contacts & connections. In addition, the thematic approach of the GSA allows interests which are not easily accommodated in single disciplinary associations to be fully recognised & encouraged. Thus individuals who share a common commitment to enhancing understanding of global life can find an intellectual home by working with others in the GSA”, https://globalstudiesassoc.wordpress.com/about/ . As to the Global Studies Consortium, its members seek to foster the growth and linkage of a large number of globalization and global studies research and teaching programs (  https://globalstudiesconsortium.org/ ). As explained in its mission statement : “The purposes of this consortium are to promote and facilitate graduate teaching programs in global studies and to foster cooperation among them. The consortium is open to any academic program in the world that offers a graduate M.A., M.Sc., M.Phil., or Ph.D. related to global studies. It includes programs that are transnational, transcultural, global/local, world systems, or cross area, and that are hospitable to interdisciplinary and multidisciplinary approaches within the humanities and social sciences to global studies.” https://globalstudiesconsortium.org/mission-statement/ .

Some non-exhaustive information about “Global Studies”:

Fred W. Riggs, “Global Studies Manifesto”, in Globalizations, Vol. 1, N° 2, Routledge, Taylor & Francis Group, December 2004, pp. 344-350.

John Hopkins, Krieger School of Arts and Sciences, The Arrighi Center for Global Studies, https://krieger.jhu.edu/arrighi/about/

B.A. in Global Studies, Penn State Berks, https://berks.psu.edu/ba-global-studies

For the Master of Education in Global Studies, see Center for Global Studies at the University of Illinois Urbana-Champaign, go to http://www.cgs.uiuc.edu/about/-home-/index.html

Welcome to Global Studies at UCSB :For Santa Barabara Global & International Studies Program, go to http://www.global.ucsb.edu/

For      Warwick,        Centre for       the       Study   of         Globalisation and Regionalisation,         go        to  http://www.warwick.ac.uk/csgr .

For the Centre for Global Studies at the University of Victoria (Can.), go to http://www.globalcentres.org

For a more exhaustive presentation of global studies resources in Canada, see “Provinces with Global and Globalization Studies Programs”:

British Columbia : British Columbia Global and Globalization Studies University Programs, http://www.canadian-universities.net/Universities/Programs/Global_and_Globalization_Studies-British_Columbia.html

Manitoba : Manitoba Global and Globalization Studies University Programs,

http://www.canadian-universities.net/Universities/Programs/Global_and_Globalization_Studies-Manitoba.html

Ontario: Ontario Global and Globalization Studies University Programs, http://www.canadian-universities.net/Universities/Programs/Global_and_Globalization_Studies-Ontario.html


[1] People with an « s » refers, here, to groups of people from multiple ethnic, cultural, racial, or national backgrounds, translated as “les peuples” in French.  

[2] Cf. the articles posted on this site.

[3] Cf. Bernard Sionneau, Relations Internationales pour les Managers(Ouvrage numérique), Les Classiques des sciences sociales, Chicoutimi, Québec,2014, 187 p., avec une préface de Christian Dargnat, Directeur Général de BNPP Asset Management, Président de European Fund and Asset Management Association, 
http://classiques.uqac.ca/contemporains/sionneau_bernard/Relations_internationales_managers/relations.html  

Globally Irresponsible Management: Three cases

GRLI 2006

Updated 04/2016

By Bernard Sionneau1

Three examples have been chosen in this short communication. They are meant to illustrate the social, environmental and human damage formerly caused by corporate strategies, as can be assessed according to the standards contained in the main texts founding the Global Compact (i.e. UNO Universal Declaration of Human Rights, ILO Declaration of Fundamental Principles and Rights at Work, Stockholm, Rio, Johannesburg Declarations and Agenda 212).

In the three following instances of corporate misdemeanour, the management of each company obviously never asked themselves what “the global consequences of their decisions” could be.

This may be called “managing irresponsibly”.

1 – Enron: from 1996 to 2001, Enron was considered one of the greatest “market performers” of its time and labelled “the most innovative corporation” by Fortune magazine. In the year 2000, The Financial Times called it “Energy Group of the Year” and The Economist labelled Kenneth Lay(CEO), “The energetic messiah”3. Less than a month before its downfall, AlanGreenspan, Chairman of the Federal Reserve Board got the “Enron Prize” from the JamesBaker III Institute for Public Policy (Rice University)4.

During that period, Enron was the referencecompany (“market maker”), an Energy trading entity which, though holding few real assets seemed to create value permanently, thanks to complex financial and fiscal operations5. The corporation was also a political heavyweight6. Having spent around 6 million dollars in lobbying activities during the 1990s to obtain the deregulation of the American energy market, Enron got deeply involved (largest donor) in the first presidential campaign of conservative republican candidate George W. Bush, a 20-year friend of its CEO, Kenneth Lay.

In a few words, until its “creative” accounting system was exposed, and the fraudulent character of its operations explained, Enron was portrayed as the perfect symbol of the “win-win” economy, a case-study for many essayists, consultants and market analysts, professors of economics or management. When the “great performer” crashed unexpectedly, the shock sent ripple effects throughout the world.

The fall of Enron, first, cast severe doubts about the new American model of “Turbo” or “Super-Capitalism” activated at the end of the 1970s7. To many people, the real issue was there.

A few years before, corporate and institutional America had explainedthe Asian crisis with such words as “crony capitalism”. Now, the label seemed to fit perfectly Enron’s operational mode. Not only did people discover that the firm’s leading position was the result of auditing and counselling malpractices (cf. Andersen’s LLP « accounting Tales ») laced with supervision vacancy. But they also learned that the heavyweights of multinational banking (J.P. Morgan Chase, Citigroup,Merrill Lynch, Barclays Bank, Bank of America, Deutsche Bank, CréditSuisse-First Boston)8 had been part of the fraud. As the official investigation revealed, these credit establishments contributed to maintain Enron’s stock at an unnatural high level, by helping the firm transfer part of its debt to the accounts of offshore subsidiaries.

The confidence crisis in market self-regulatory capacity was evoked by financial experts after the Enron scam, as it was during the 2001 bubble burst of the “Internet economy” (and before with the “junk bond mania” of the 1980s).

But much less was said about the “micro disasters” engendered by Enron’s employees’ losses. A short example will cast some light on that particular issue.

In December 2001, Mrs Digna Showers, an 18 years administrative assistant with the logistics department at Enron’s learned that she had half an hour to pack and leave the company9. The consequences of this dismissal were quite  brutal. Digna Showers,age 53, not only lost her job, which was the main source of income for her family, but she also lost her medical and life insurances, plus her retirement plan. The last item hurt particularly. Actually, over the years, Mrs. Showers had invested more than $400,000 in Enron stock through her 401(k)-retirement plan, ESOP10 and savings plan. She suddenly learned that those savings had been reduced to nil11.

Actually, it should be recalled that, while Enron employees lost all their stash money invested in Enron stock because their 401(k) pension plans where frozen during the time the company stock crashed, “on the day before Enron filed for bankruptcy, bonus checks for more than $55 million were written to company executives, on top of another $50 million in bonuses just weeks earlier12”.

The months following Enron’s downfall proved that managerial malpractice on a grand scale, was not the lot of one “stray corporation”. In the wake of Enron, the world learned about a host of illicit dealings and federal investigations in other big groups such as Qwest, Tyco, Xerox, Global Crossing, Imclone, Merck, Adelphia13, etc.

2 – Union Carbide: in the 1970s, Union Carbide India Limited (UCIL), a subsidiary of the Americanmultinational corporation, Union Carbide, built a pesticide factory near a densely populated shanty neighbourhood of Bhopal. The move was meant to answer the pressures of the government of India, eager to reach national food sufficiency through what was then called a “green revolution”14.

Considering that India represented a huge untapped market for its pest control products, UCIL set the goal of turning out, each year, 5000 tons of two kinds of pesticides (Temik and Sevin).However, despite the initial enthusiasm of the local population who saw the promise of employment associated to a new activity, there happened to be no real market for UCIL’s products. Indian farmers, confronted to severe droughts and floods, were too poor to buy these15. As a consequence, the plant, which never reached full capacity, soon lost too much money and was forced to cease active production in the early 1980s.

Instead of removing its factory, and making sure to clean the site, UCIL lefton it vast quantities of dangerous chemicals. Three tanks, containing over 60 tons of methyl isocyanate (MIC), a particularly reactive and deadly gas, remained on the premises. As six safety systems had been installed to prevent a leak of MIC and since production had stopped, the management believed that no real threat remained. This proved to be wrong reasoning. Actually, the factory’s elaborate safety system had been progressively allowed to become inoperative16.

On the night of December 2 to 3 1984, one supervisor was left to attend to the controls of the Bhopal plant. As an employee flushed a pipe for maintenance, its corroding state associated with leaking valves, allowed water to enter the largest tank (E610) of non-cooled MIC. The uncontrolled reaction triggered by this contact, caused a violent explosion blowing the tank out of its sarcophagus and releasing a lethal gas mixture of MIC, hydrogen cyanide, mono methyl amine and other chemicals. Blown by the prevailing winds, this cloud settled over an area of 8 square miles. As the safety siren (meant to warn the community should an incident occur) was switched off to avoid a panic, it did exactly the contrary, as many started dying in horrible circumstances17, while as many were running for their lives. Half a million people were exposed to the deadly gas and the immediate body count numbered 8000 dead. But the sequels were even worse.

Bhopal’s inhabitants still suffer, today, from extreme forms of ailments caused by the accident and the subsequent pollution at the factory site. The list of theses ailments forms a horrendous catalogue: difficulty in breathing, brain- damage, gynecological disorders, recurrent fevers, recurrent anxiety and depression, blindness, tuberculosis, cancers, miscarriages and “monstrous births”18. Despite the magnitude of the human and environmental catastrophe (50,000 Bhopal citizens still can’t work due to their injuries and some don’t have enough strength to move), since the accident, the factory grounds have not been properly cleaned. As a result, toxic waste continues to poison the residents and the vicinity. Actually, different tests made between 1999 and 2002, have revealed that deadly elements like trichloroethene are contained in local ground and well water at abnormal high levels. Furthermore, medical analyses showed that chloroform, dichloromethane, trichlorobenzene, lead and mercury can be found in the breast milk of nursing women19.

3 – Citibank: in 1998, a special committee led by U.S. Senator Car Levin (D-Mich.) was mandated to investigate “Private Banking”- a particular service offered by big multinational banks to their wealthy customers – and its eventual role in the issue of “money laundering”20.

Thanks to this officialenquiry, people soon realized that the darkest side of international finance was not contained solely in tax havens or offshore zones located in exotic places. Detailed case studies revealed that its main conduits happened to be located in the credit establishments of the world’s richest countries21. By the same token, one could also fathom the consequences of these banking operations on the development of struggling countries.

As Senator Levin explained to the press,in order to justify the motivations behind his subcommittee’s inquest: “America can’t have it both ways. We can’t condemn corruption abroad – be itofficials taking bribes or looting their treasuries – then tolerateAmerican banks making fortunes off that corruption22. “Private banking” is a very profitable service23 that multinational banks provide to wealthy patrons in order to help them manage vast amounts of money in secret accounts. Personal wealth is, in this very instance, a discriminating factor. As a matter of fact, in order to get that kind of service, clients are required to deposit a minimumof $1 million dollars. Once they have satisfied that basic requirement, they are offered the presence of a “one-on-one private banker”and receive as well the assurancet hat they will enjoy such adding-value services as “offshore accounts” with “code names”, “secret trusts” and “shell companies” (otherwise called “Private Investment Corporations – PICS); they will also take advantage                    of   their                   banks’      “concentration”                or   “suspense”                   accounts   and “correspondent banking” facilities. While these tools of secrecy can be used for legal money, the Senate Subcommittee pointed out that “they were also used to hold and move the wealth of criminals and corrupt government officials”.

During the investigation, the most famous names of American banking were mentioned for their involvement in illicit practices associated with “private banking”: Bank of New York, Bank of America andChase Manhattan were among the establishments reviewed by theSenate Subcommittee and presented as “Supplemental Case Histories” in the final report of 5 February 2001 24. However a name stood out among others: Citibank (Citigroup25), one of the biggest banks in the  United States, managing more than 100 billion dollarsof assets in 30 countries just for its private banking activity.

Actually, the hearings before the Senate permanent subcommittee on investigations established the involvement of Citibank in several unlawful private banking operations for the benefit of controversial figures connected to foreign political circles26.

In one instance, Citibank, through Cititrust, one of its subsidiaries, helped Raul Salinas, brother of Mexico’s former president, to move $87 million of illicit gains out of his country using aliases, offshore accounts and a complex system of shell corporations and trusts27. Another instance showed Citibank allowing Asif Ali Zardari, husband of the former prime minister of Pakistan, to use three Citibank private accounts to disguise $10 million in kickbacks of gold importing contract to Pakistan. A third case aided to understand how Citibank, since 1970, had helped Omar Bongo, the President of Gabon, to move $130 million through private bank accounts; it also revealed, in response to an investigation by the Office of the Comptroller of the Currency, that the primary source of these funds were Gabon government funds. A last example showed how Citibank assisted the sons of General Sani Abacha, former dictator of Nigeria, to move and hold over $110 million on private banking accounts, thanks to the activation of shell corporations28.

If the four above-mentioned instances disclosed the direct implication of the largest American bank into illegal practices associated with private banking, they also confirmed that these activities, owing to their profitability, had beenconsidered “business as usual”.

The issue not only raised serious doubts about the advocated “self- regulating” capacities of these credit institutions, but they also attracted indirectly people’s attention to one reality: the plight of third-world societies and their populations – the wealth of which was plundered by unconcerned corrupt local elites thanks to the financial know-how of foreign banks.

A “conservative” evaluation of the national losses due to capital flights from poor countries (made possible through private banking practices and offshore zones), proposed $50 billion a year as a possible figure. This sum “is equivalent to sixt imes the estimated annual costs of achieving universal primary education, and almost three times the cost of universal primary health coverage”29.

The rapid assessment that was made above, of the human and ecological disasters generated by the policies crafted at Enron’s, Union Carbide’s and Citibank’s, allows one to conclude that:

  • these firms’ behaviour was detrimental to clearly stated universal values contained in the Global Compact;
  • these firms’ behaviourwas thus detrimental to the pursuitand achievement of “common wealth” (both economic and societal).

Footnotes:

1 Senior Professor-HDR, Bordeaux Business School (now Kedge BS) in 2006, one of two representatives of BBS (with Laurence Harribey) in the initiative set commonly by EFMD and UNO Global Compact to train, with 20 other B. Schools and Corporate delegates from 4 continents, a new generation of “Globally Responsible Leaders”. 2 Cf. Claude Fussler, Aron Cramer and Sebastian van der Vegt (editors), Raising the Bar: Creating Value with the United Nations Global Compact, Sheffield UK: Greenleaf Publishing, 2004, pp. 19-39.

3 « Kenneth Lay: The energetic Messiah », The Economist, June 1st, 2000.

4 Ibrahim Warde, « Faiseurs de krach boursier », Le Monde Diplomatique, 28 août 2002.

5 Thanks to the creation of about 3000 “special purpose vehicles” (SPV) in offshore zones, Enron could hide its irrecoverable losses and avoided paying taxes between 1996 and 1999.

6 Thomas White, a high-ranking Enron executive for 11 years who headed Enron Energy Services (EES), was named Army Secretary in the first George W. Bush administration. White, also a former brigadier general, was nonetheless made to resign by Donald Rumsfeld on April 25, 2003. He was involved in a controversy over his former role as an executive with EES. During hearings before a Senate panel in July 2002, White was questioned about trading strategies in California’s electricity market, detailed in December 2000 Enron memos. The memos contained several schemes that critics said took advantage of California’s power crisis, including one that involved EES. White said repeatedly that he had played no part in manipulating California energy prices and knew nothing of other irregularities, in Rumsfeld fired Army secretary Thomas White”, USA Today, 4/25/2003.

7 Cf. Edward N. Luttwak, Turbo-Capitalism: Winners and Losers in the Global Economy, New-York: HarperCollins, 1999; Robert B. Reich, Supercapitalism: The Transformation of Business, Democracy, and Everyday Life, New York: Alfred A. Knopf, 2007. In order to get a detailed explanation of the historical context and the main actors that made possible the transition from “Stakeholder” to “Shareholder” Capitalism in the U.S., Cf. also Jean-Marc Figuet and Bernard Sionneau, « Boosting, then Trampling the Moral Contract: How Financialized Globalization Gave Birth to Corporate Social Irresponsibility« , in Hubert Bonin &Paul Thomes editors, Old Paternalism, New Paternalism, Post-Paternalism (19th-21st Centuries), Brussels: Peter Lang, Editors:, pp.305-332.

8 Thierry Godefroy, Pierre Lascoumes, Le Capitalisme Clandestin : L’illusoire régulation des places offshore, Paris : La Découverte, 2004, p. 80.

9 « What went wrong at Enron? » and « Digna Showers lost her retirement savings and more », AFL-CIO, http://www.aflcio.org/corporateamerica/enron. Cf. also Martine Bulard, « Les retraités trahis par les fonds de pension », Le Monde Diplomatique, mai 2003, pp. 4-5.

10 An “Employee Stock Ownership Plan” (ESOP) is an employee benefit plan which makes the employees of a company, owners of stock in that company. Among the features that make ESOPs unique, as compared to other employee benefit plan: the fact that an ESOP is required by law to invest primarily in the securities of the sponsoring employer.

11 Enron employees lost all their savings invested in Enron stock because their 401(k) pension plans where frozen while the company stock crashed. It should be recalled that “On the day before Enron filed for bankruptcy, however, bonus checks for more than $55 million were written to company executives, on top of another $50 million in bonuses just weeks earlier”, in afl-cio, op.cit.

12 AFL-CIO, op. cit.

13 Pascal Boulard, « Crise de valeurs dans les milieux d’affaires », La Tribune, 17/09/2002.

14 Olivier Bailly, « Bhopal, l’infinie catastrophe », Le Monde Diplomatique, décembre 2004.

15 « What happened in Bhopal? », The Bhopal Medical Appeal & Sambhavna Trust, http://www.bhopal.org/whathappened.html .

16 Leaking gas could have been detoxified, but a vent gas scrubber was turned off; also a flare tower, designed to burn off gas, could not fulfil its role, as a connecting pipe had been removed for maintenance; more, the refrigeration system did not work as the Freon system destined to cool liquid MIC was shut down to save money on electricity bills and Freon was shipped to other plants; lastly, trained safety personnel were cut from twelve to six, in « Dow, Bhopal & corporate responsibility », Southeast Michigan Coalition for Occupational Safety and Health, (SEMCOSH) , see also “Bhopal Diagram”, http://www.semcosh.org/bhopal.htm .

17 Cf. the survivors’ testimonies, in « « What happened in Bhopal ? », op. cit.

18 Ibid.

19 Ibid.

20 “Private Banking and Money Laundering: A Case Study of Opportunities and Vulnerabilities,” S. Hrg. 106-428 (November 9 and 10, 1999), Minority Staff report at 872.

21 The first conclusion of the Minority staff report stated that : “U.S. correspondent banking provides a gateway for rogue foreign banks and their criminal clients to carry on money laundering and other criminal activity in the United States and to benefit from the protections afforded by the safety and soundness of the U.S. banking industry”, in op. cit.

22 “Levin says U.S private banks profit off foreign corruption”: Minority-led subcommittee investigation highlights four cases which illustrate weaknesses in private banking system”, November 9, 1999.

23 During the Subcommittee’s hearings, experts of the Federal Reserve declared that “private banking” generated huge revenues, twice as large as most traditional banking activities (in numerous cases, more than 1 million dollars a year per customer).

24 See “Supplemental Case Histories – 8, 9, and 10” in Minority Staff of the Permanent Subcommittee on Investigations. “Report on Correspondent Banking: A Gateway For Money Laundering”.

25 Citibank, subsidiary of Citicorp became Citigroup in 1998 after merging with Travelers Group.

26 Hearings before the Permanent Subcommittee on Investigations of the Committee on Governmental Affairs, United States Senate, One Hundred Sixth Congress, First Session, November 9 and 10, 1999.

27 For details, see « Raul Salinas et la Citibank », Thierry Godefroy, Pierre Lascoumes, op. cit, p. 61.

28 “Levin says U.S private banks profit off foreign corruption”, op. cit.

29 Oxfam GB Policy Paper, “Tax Havens, releasing the hidden billions for poverty eradication, cf. “The impact of financial                      havens           on                                 developing                                 countries               (part              3), http://www.oxfam.org.uk/what_we_do/issues/debt_aid/tax_havens.htm.

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Catastrophes Écologiques

In Bernard Sionneau, auteur de la 1ère partie du 
Management Responsable : approche critique et transculturelle, Paris : Ellipses, 2017, pp.55-63[1]

Au début du nouveau millénaire, Paul J. Crutzen, spécialiste de Chimie atmosphérique[2] propose, avec le biologiste Eugene F. Stoermer, d’appeler « anthropocène »,un nouvel âge dont ils datent le commencement à la fin de la deuxième moitié du 18ème siècle[3] et qui fait suite à l’Holocène[4]. Le concept désigne, selon eux, une époque marquée par l’emprise géologique et écologique de l’homme à l’échelle du Globe, due à la croissance des populations humaines,à l’urbanisation, l’agriculture et l’élevage, à l’industrialisation tirée parla consommation d’énergies fossiles et l’exploitation des ressources minières du sous-sol, des ressources en eau, etc. Les retombées de l’ensemble de ces activités affectent la planète et son atmosphère ; ces retombées sont aujourd’hui catastrophiques, combinant leurs interactions en boucles de rétroaction dont les conséquences planétaires sont létales ; elles rendent aujourd’hui possible l’existence de situations difficilement réversibles, voire irréversibles et représentent, ainsi, ainsi l’une des deux principales possibilités d’autodestruction de l’espèce humaine (l’autre étant les conflits armés).

Pollution de l’air et réchauffement climatique : des vecteurs de destruction humaine et environnementale massive

Les manifestations de la crise écologique actuelle sont aujourd’hui connues : « Par rapport à 1750, du fait des émissions humaines, l’atmosphère s’est « enrichie » de 150% de méthane, de 63% de protoxyde d’azote[5] et de 43% de dioxyde de carbone. La concentration de ce dernier est passée de 280 parties par million (ppm) à la veille de la révolution industrielle à 400 ppm en 2013, soit un niveau inégalé depuis 3 millions d’années[6] ». Ce faisant, même si des évènements d’origine naturelle, tels les éruptions volcaniques, ou les collisions avec des météorites peuvent produire des changements brutaux dans la composition de l’équilibre atmosphérique, on observe que depuis le début de l’ère industrielle, il y a de cela 200 à 250 ans, les sociétés humaines ont perturbé l’atmosphère et le climat de la planète sur des périodes beaucoup plus courtes. La pollution atmosphérique est donc l’un de ces effets induits par l’activité humaine dont les émissions de polluants concernent deux de ses régions : la troposphère (du sol jusqu’à 8 à 15km d’altitude selon la latitude) et la stratosphère (entre 15 et 50 km d’altitude)[7]. Parmi les gaz polluants issus des transports et de l’activité industrielle,  la formationd’ozone troposphérique (à distinguer de l’ozone stratosphérique[8]), principal composant du « smog » des mégapoles, est favorisée par le réchauffement climatique et la présence de polluants atmosphériques comme l’oxyde d’azote (NOx), le monoxyde de carbone (CO) et les Composés Organiques Volatils (COV). Provoquant, entre autres, de nombreux effets indésirables sur les massifs forestiers parmi lesquels la disparition de végétaux fragilisés par les attaques parasitaires ou des problèmes nutritionnels, mais également sur la santé de nombreuses espèces animales, la pollution de l’air se traduit, chez l’homme, par des irritations, des crises de toux, une aggravation des crises d’asthme, des maladies chroniques pouvant conduire à une mort prématurée. L’exposition à l’ozone troposphérique est très élevée dans les zones urbaines de l’Union européenne, dont 97% de ses habitants ont subi des concentrations d’ozone supérieures au niveau de référence de l’Organisation Mondiale de la Santé (rapport 2012 de l’AEE sur la qualité de l’air)[9].  Ce type de pollution est donc devenu le principal risque environnemental pour la santé dans le monde, causant en moyenne chaque année la mort prématurée de 7 millions de personnes, dont 600 000 en Europe[10]. La France connaît d’ailleurs régulièrement des pics de pollution aux particules fines (PM10, particules inférieures à 10 micromètres), se traduisant à Paris, par la formation de smog enveloppant la tour Eiffel d’une brume sombre. Et Le 18 mars 2015, la capitale devenait détentrice, selon le New York Times, d’un record dont elle se serait peut-être passée en tant que ville d’accueil de la conférence des Nations unies sur le climat : championne du monde de la pollution atmosphérique, devant Pékin et New Dehli[11]. A la suite de cette révélation, le public découvrait que, outre la menace pour la santé des Parisiens, ce sont environ 40 000 Français qui meurent prématurément chaque année à cause de la pollution aux particules fines, une pollution principalement redevable à un usage immodéré (car longtemps subventionné par le gouvernement) du carburant Diesel.

Déjà difficile à mettre en place dans les pays de l’Union européenne, la régulation et le traitement de fond des pollutions atmosphériques issues de l’activité humaine (pollutions anthropiques) prend un tour dramatique dans les pays en développement. A la fin des années 1990, une mission scientifique multinationale emmenée par le Dr. Ramanathan, observe un phénomène relativement nouveau dans les pollutions globales : l’existence d’un nuage de pollution au-dessus de l’Océan Indien d’une superficie à peu près équivalente à celle des Etats-Unis et d’une épaisseur d’environ 3 kilomètres. Composé de particules en suspension, de suies, d’aérosols et de composés chimiques issus des feux de forêts, des rejets de millions de fourneaux brûlant du bois notamment, de la combustion des déchets agricoles, des carburants fossiles des véhicules, des industries et des centrales électriques, l’origine de ce nuage est attribuée aux émissions peu contrôlées et très polluantes de pays asiatiques (d’où son nom originel de « nuage asiatique »). Les conclusions de la mission déclenchent à l’époque des réactions politiques courroucées de la part d’Etats mis en cause, comme l’Inde, le Pakistan et l’Indonésie, ou des réactions opportunistes de la part de l’administration américaine de l’époque (G. W. Bush). Les dirigeants américains y voient en effet un moyen de rejeter les contraintes issues du protocole de Kyoto[12] auxquelles ne sont soumises ni la RPC ni l’Inde. Outre les effets dangereux pour la santé humaine, ce nuage révèle également la capacité des aérosols à voyager sur de longues distances et à avoir une action sur le climat[13].

Consubstantielle à l’existence de ces pollutions atmosphériques, l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère que sont le dioxyde de carbone, le protoxyde d’azote ou le méthane[14] contribue au réchauffement de la planète. Si le climat de la planète a toujours varié, alternant périodes de glaciation et de réchauffement, la hausse des températures actuelles est inédite en raison de sa rapidité. Si l’on considère, par exemple, le cas de l’hémisphère nord pour lequel les données sont disponibles, en moyenne, sa température n’a jamais été aussi élevée depuis 1400 ans, qu’au cours des 30 dernières années[15]. Les effets du réchauffement se font déjà sentir : la fonte des glaces dans les régions arctiques et antarctiques plus rapides que prévue (19 centimètres entre 1901 et 2010, rythme supérieur à celui enregistré au cours des deux derniers millénaires) a entraîné une élévation du niveau des mers supérieure aux estimations. Dans le même temps, ce monde plus chaud a vu se multiplier les événements climatiques extrêmes et leur cortège de conséquences sociétales toujours plus difficiles à gérer[16]. « Cyclones provoquant des inondations[17], sécheresses interminables qui menacent les maigres réserves d’eau potable avec des conséquences immédiates : appauvrissement des sols par salinisation, érosions du littoral du fait de la disparition de la végétation et l’existence subséquentes de « réfugiés climatiques[18] ». La fonte des terres gelées recouvrant une partie des zones froides du globe, ainsi que la poursuite de la déforestation massive, pourraient d’ailleurs accentuer le réchauffement général, en transformant des zones concernées (Sibérie, forêt amazonienne) en émetteurs nets de carbone[19]. Mais les émissions humaines de gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone ont d’autres conséquences que le changement climatique. Elles sont également responsables de l’acidification des océans dont les impacts sont particulièrement dévastateurs sur les organismes et les écosystèmes marins, ainsi que sur les biens et services qui leur sont associés : « les récifs coralliens sont actuellement une source indirecte de revenus pour environ 400 millions de personnes vivant majoritairement en zone tropicale[20] ». La surexploitation industrielle des ressources naturelles des sols et sous-sols terrestres mais aussi des milieux marins, la combustion des carburants fossiles, les rejets des industries et des centrales électriques, sont à l’origine de ces phénomènes de variations climatique et de pollutions générale des écosystèmes, avec de multiples impacts négatifs, tant en termes de disparition rapide de la biodiversité (des rapports officiels l’interprètent comme « la 6ème extinction majeure des espèces dans l’histoire de la terre[21] »), que de pollutions de l’air, des océans, des sols et sous-sols de nos territoires.

Des océans « plastifiés » et empoisonnés par une surexploitation de leurs ressources

Concernant les océans, qui représentent le plus grand écosystème du monde (71% de la surface de la planète), l’existence d’une « soupe de plastique » dont la masse, multipliée environ par 10 tous les 10 ans depuis 1950, forme une sorte de nouveau continent dans le Pacifique Nord entre la Californie et Hawaï, est une illustration de cette pollution. Toutefois, si les macrodéchets en sont les plus visibles, la dimension préoccupante de cette pollution vient, non seulement de sa reproduction dans 4 autres grands bassins océaniques (Pacifique Sud, Atlantique Nord et Sud, Océan Indien), mais également de « la multitude de débris micro-plastiques, d’un diamètre inférieur à 5 mm, en suspension à la surface ou jusqu’à 30 mètres de profondeur[22] ». Absorbés par la faune, ils causent déjà de terribles dégâts chez les poissons, mammifères et oiseaux marins, et, en raison de leur décomposition dans le plancton sous la forme de Polychlorobiphényles (PCB) – polluants chimiques très persistants et en excès – ils contaminent la chaîne alimentaire des océans, mais également celle des rivières et des lacs par les échanges entre bassins maritimes et fluviaux.

Dans le même temps, « la haute mer recueille polluants organiques persistants, hydrocarbures, métaux lourds, nitrates, substances radioactives, débris marins (de pêche notamment)[23] », issus de la surpêche toujours plus loin des côtes (subventionnée par les Etats),  mais également redevables à des forages de gaz et de pétrole de plus en plus profonds, à la recherche de minéraux rares et de ressources génétiques. Malgré les accidents récurrents liés à ces activités industrielles et leurs conséquences catastrophiques à long terme pour les milieux et les hommes,  l’esprit d’entreprise ne connaît pas la crise. Ainsi, la fonte des glaces apparaît, pour de très grandes compagnies pétrolières comme un effet d’aubaine pour exploiter, par exemple l’Océan Arctique supposé receler plus de pétrole que le Venezuela ou de gaz naturel que la Russie, ou pour des compagnies de fret dont les dirigeants prévoient d’ouvrir de nouvelles voies de transport synonymes de gains de temps et de réduction des coûts[24]. Ni la perspective de nouvelles pollutions des eaux à très grandes échelle issues d’accidents de forage ou du transport des hydrocarbures, d’autant plus difficiles à circonscrire qu’ils surviendront dans des zones périodiquement glacées, ni la possibilité nouvellement évoquée de réactiver d’anciens virus particulièrement contaminants lors de forages en milieux glaciaires, ne semblent pouvoir diminuer l’ardeur à exploiter des zones jusqu’ici protégées.

Agriculture, industrie et mafias : une combinaison d’activités et d’intérêts mortifères pour les sols et sous-sols

Quant à la pollution des sols et des sous-sols, elle est principalement due à l’activité agricole et industrielle (licite et illicite), à l’exploitation forestière intensive, à l’urbanisation, la « périurbanisation » et la « rurbanisation[25] » des espaces. Le développement de l’agriculture dans les pays riches s’est souvent accompagné d’un remembrement des territoires, destiné à permettre l’exploitation des terres sur de plus grandes surfaces en utilisant de nouvelles techniques et outils. L’arrachage de haies associé au remembrement a eu des effets induits très négatifs sur les écosystèmes et la biodiversité : destruction des habitats de nombreuses espèces, disparition d’insectes polinisateurs ou de prédateurs de rongeurs, disparition des coupe-vent formés par les haies et, avec elles, celle d’un microclimat protégeant culture et troupeaux du soleil ou des intempéries, tout en contenant le ruissellement des eaux. L’ensemble, auquel est venu s’ajouter le bétonnage intensif de sols en zones humides pour accueillir des projets immobiliers, favorise aujourd’hui la diminution des eaux infiltrées et l’épuisement des ressources en eaux souterraines, tout en accentuant l’érosion et l’appauvrissement des sols, ainsi que la survenance d’inondations. Dans le même temps, encourageant ses agents à développer la productivité et leur compétitivité dans les pays les plus riches, l’agriculture a eu recours à l’utilisation massive d’engrais contenant phosphates et nitrates, mais aussi pesticides (herbicides, fongicides, insecticides, bactéricides), et, pour ses élevages extensifs, à l’épandage de millions de tonnes de déchets (fumiers et lisiers) issus des élevages hors-sol. Le développement de jardins publics ou privatifs en milieu urbain et péri-urbain utilisant sans modération nombre de substances chimiques utilisées par l’agriculture,  n’a fait qu’amplifier le risque de destruction massive de la biodiversité, la pollution des écosystèmes terrestres par l’infiltration dans les sols mais aussi la mise en danger de la santé des populations par la contamination des chaînes alimentaires et la pollution de l’air.

Le bilan de cette pollution des sols et sous-sols ne serait pas complet, toutefois, sans la prise en compte des activités industrielles. Le rejet dans les sols, de substances polluantes comme le mercure, le cadmium, l’arsenic, le cuivre, le cyanure, le chlore, redevable à la chimie lourde, la pétrochimie, la sidérurgie, la chimie pharmaceutique, les usines d’incinération, etc. contribue à l’empoisonnement du milieu naturel et des chaînes alimentaires dont dépendent espèces animales et végétales mais également l’espèce humaine. A ces problèmes d’exploitation de sites actifs qui, dans les pays les plus riches font l’objet d’une surveillance et de normes plus strictes qu’auparavant, s’en rajoutent d’autres : l’abandon de sites industriels transformés en friches et l’exportation sauvage de déchets toxiques dans les pays en développement. Dans le premier cas, deux siècles d’enfouissement incontrôlé de déchets industriels contenant souvent des produits très toxiques, puis des règles de sécurité qui changent en fonction des époques, rappellent aux pays qui ont porté les grandes révolutions industrielles qu’ils ont assis leur développement économique sur de véritables poudrières écologiques. Le phénomène représente, pour certains observateurs, un risque majeur de santé publique auquel sont quotidiennement exposés plus de 200 millions de personnes dans le monde[26]. Sites abandonnés ou revendus sans décontamination[27], containers corrodés par les produits chimiques qui laissent fuir leurs rejets et contaminent l’air, les sols, les nappes phréatiques et les cours d’eau. La multiplication de ces friches industrielles non décontaminées, transformées dans les villes ou les campagnes en espaces verts ou de loisirs, en terrains constructibles, suscite de nombreuses inquiétudes quant à leurs effets sur les écosystèmes et la santé[28]. Pour les pays qui en ont les moyens et la volonté politique, des résultats encourageants sont enregistrés sur le terrain de la décontamination et leurs coûts se révèlent bien inférieurs à ceux qui doivent être mobilisée pour lutter, par exemple, contre le réchauffement climatique[29].  Pour les pays concernés d’Afrique (Nigeria, Côte d’Ivoire) et d’Asie (Inde, Pakistan, Bangladesh), le problème ne se pose pas de la même façon. A la recherche de la moindre source de devises, souvent gérés par des élites corrompues et dépourvus de contre-pouvoirs, ils sont devenus les poubelles industrielles des pays riches qui n’hésitent pas à alimenter ce commerce illicite[30], accueillant, soit des déchets électroniques et chimiques contenant divers éléments toxiques comme l’arsenic, le sélénium, le cadmium, le chrome, le cobalt ou le mercure, ou de vieux navires à démanteler bourrés d’amiante avec des conséquences dramatiques pour les milieux naturels et les populations[31].

La présentation des menaces pour les sols et sous-sols de notre planète ne serait pas complète cependant, si l’on omettait d’évoquer les conséquences écologiques des activités illicites menées à l’échelle industrielle par de puissantes organisations du crime. La production de drogues et la gestion des déchets comptent parmi les causes principales de pollution des sols et sous-sols. Si l’on prend la fabrication de cocaïne, la culture de plants de coca est responsable de déforestations massives au Pérou, en Colombie et en Bolivie qui a pour effet une réduction de la biodiversité. De façon plus précise, dans les Andes et plus particulièrement en Colombie, la transformation de feuilles de coca en cocaïne dans des laboratoires installés dans la forêt vierge, se traduit par le déversement annuel dans la nature de « 16 millions de litres d’éther éthylique, de 8 millions de litres d’acétone, et entre 40 et 770 millions de litres de kérosène[32] » avec des conséquences désastreuses pour la faune, la flore, les cours d’eau, sols et sous-sols des espaces concernés. Quant à la fabrication d’Héroïne, localisée principalement au Myanmar (Birmanie), sa transformation à partir de la morphine issue des plants de pavot, se traduit par un processus de déforestation à grande échelle qui représente, pour cette culture et pour la seule Birmanie près de 57 000 hectares en 2014[33]. Les conséquences écologiques de cette exploitation sont catastrophiques : outre la combustion des déchets organiques et les pesticides utilisés, on constate la contamination, l’épuisement et l’érosion des sols, la survenance de glissements de terrain, d’inondations et l’expansion de de terres impropres à l’exploitation agricole – phénomènes qui entraînent ensuite la migration de populations vers d’autres destinations non exploitées et la propagation des effets polluants vers les pays riverains. Concernant l’enfouissement illégal de déchets particulièrement toxiques, un déplacement vers l’Europe, et plus particulièrement la péninsule italienne, permet d’illustrer l’ampleur du problème et de ses conséquences. Le cas de la ville de Naples et de la Campanie, sa région de rattachement administratif, est particulièrement préoccupant. Il faut revenir aux années 1980 pour en comprendre les raisons. A cette époque, l’Italie se dote d’une législation obligeant les industries à éliminer leurs déchets à leurs frais. Sur le marché de la gestion de ce type de déchets bien particuliers, Camorra, organisation criminelle qui domine la région de Naples, fait savoir qu’elle propose des prestations moitié moins chères que celles des entreprises spécialisées[34]. Grâce à la corruption locale entretenue par un réseau de complicités politiques et administratives, Camorra devient un acteur prépondérant de la gestion des déchets toxiques. Le résultat se traduit par un bilan environnemental particulièrement lourd : depuis 22 ans, près de 10 millions de déchets toxiques (amiante, benzopyrène, chlorure de vinyle, arsenic et autres métaux lourds) ont été enterrés ou brûlés sur ce qui a été appelé « la terre des feux[35] », contaminant environ 15% des sols de Campanie ainsi que les nappes aquifères avec des effets redoutables sur la santé de la faune sauvage, des cheptels et des hommes. Les spécialistes italiens ont ainsi observé, sur la période 2002-2008, une augmentation de 47% des maladies cancéreuses chez les hommes et de 40% chez les femmes dans la région de Naples[36]. Depuis le 20 décembre 2015, un rapport commandé par le Parlement Italien à l’Institut Supérieur de Santé (ISS) a d’ailleurs officiellement attesté qu’il existait bien une relation de cause à effet entre la pollution due à la combustion des déchets toxiques et le nombre élevé de décès ou de maladies graves dans la région de Naples particulièrement chez les enfants et les nourrissons[37]. Dans la « Terre des feux », plusieurs records de pathologies graves ont ainsi été battus par rapport à la moyenne nationale: records de stérilité masculine, d’avortements spontanés et de malformations à la naissance. Malgré un arsenal de lois plus efficaces votées en 2007 pour endiguer ce fléau, le phénomène perdure grâce à la corruption. Et il n’est pas rassurant de savoir qu’en Italie les grandes organisations du crime comme Camorra ou Cosa Nostra se sont déjà infiltré sur le marché des énergies alternatives et des opérations d’assainissement de terrains.

« L’économie de la prédation et de la déprédation » (cf. notre texte sur ce blog) celle qui,depuis le 19ème siècle, encouragée par les décisions politiques de gouvernements des pays les plus industrialisées, a choisi de faire de la surexploitation du milieu naturel autour des énergies fossiles un modèle de développement universel, a clairement engagé le monde dans une impasse létale.Ignorée par la science économique dominante et les choix industriels de régimes politiques rivaux (pays communistes et pays capitalistes), cette impasse se rappelle à nous, non seulement à travers les bilans ci-dessus mentionnés, mais également à travers un constat : si en 1961, la planète Terre était encore excédentaire en termes de ressources naturelles renouvelables, à partir des années 1970, elle était devenue déficitaire. Et, depuis, la situation n’a cessé de se dégrader. Selon les estimations de l’ONG Global Footprint Network, il faudrait aujourd’hui une planète et demie pour répondre aux besoins de consommation et absorber la pollution de l’humanité ; et, en 2050, trois planètes seraient nécessaires[38].Dans le même temps, pour« contenir l’augmentation de la température moyenne bien en-deçà de 2°[39] et s’efforcer de la limiter à 1,5° » (objectif officiel de la COP 21[40]) et pour envoyer ainsi un signal politique fort privilégiant une transition énergétique« décarbonée »[41], il faudrait s’interdire d’extraire plus de 20 % des réserves aisément accessibles de pétrole, de gaz et de charbon[42].


[1] Bernard Sionneau, Carlos Rabasso, Javier Rabasso, Management Responsable : approche critique et transculturelle, Paris : Ellipses, 2017.

[2] En 1995, Paul J. Crutzen, Mario J. Molina et F. Sherwood Rowland reçoivent le Prix Nobel de Chimie pour leurs travaux en Chimie atmosphérique portant sur la formation et la décomposition de l’ozone.

[3] Crutzen Paul J, Stoermer Eugene F., “Have we entered the “Anthropocene”?, Global Challenge Magazine, Newsletter 41, IGBP, 2000; article reproduit in IGBP, October 31, 2010 : http://www.igbp.net/news/opinion/opinion/haveweenteredtheanthropocene.5.d8b4c3c12bf3be638a8000578.html

[4] L’holocène (Totalité ou Tout, récent), âge géologique postglaciaire, qui s’étale sur une période de 10 à 12 000 ans, marqué par l’emprise croissante de l’humanité sur son environnement ; le terme aurait été proposé par Sir Charles Lyell en 1833 et adopté par le Congrès Géologique de Bologne en 1885.

[5] « Le protoxyde d’azote est un puissant gaz à effet de serre qui subsiste longtemps dans l’atmosphère : environ 120 ans. Son potentiel de réchauffement est 298 fois celui du CO2 à l’horizon d’un siècle. », cf. « Changement climatique, effet de serre… comment ça marche ? », INRA, 13/02/2015, http://www.inra.fr/Grand-public/Rechauffement-climatique/Tous-les-dossiers/Changement-climatique-gaz-a-effet-de-serre-et-agriculture/Protoxyde-d-azote-gaz-a-effet-de-serre/(key)/3 .

[6] « La longue marche de la crise écologique », Manuel d’Histoire Critique, Le Monde Diplomatique, 2014.

[7] « Pollution de l’air ou pollution atmosphérique : définition », notre-planete.info, dossier mis à jour le 08/04/2014.

[8] Concernant le « trou » dans la couche d’ozone stratosphérique, la situation irait aujourd’hui beaucoup mieux. « D’après le rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l’environnement (Pnue). Mené par près de 300 scientifiques de 36 pays, dont des chercheurs français du CNRS, il souligne le rôle capital joué par le Protocole de Montréal qui aura permis d’empêcher « deux millions de cas de cancer de la peau chaque année d’ici à 2030 ». Sans cet accord, « l’un des traités relatifs à l’environnement les plus efficaces au monde, (…) les niveaux atmosphériques de substances appauvrissant l’ozone auraient pu décupler d’ici à 2050″, relève le document, qui confirme des estimations déjà annoncées par l’Onu en 2010. Signé en 1987, le Protocole de Montréal a permis l’interdiction progressive des chlorofluorocarbones (CFC), ces substances qui appauvrissent la couche d’ozone, bouclier gazeux situé entre 20 et 50 km d’altitude et qui protège la Terre contre le rayonnement solaire ultraviolet. » […] C’est donc un encouragement pour l’humanité à s’attaquer enfin aux causes humaines du changement climatique », in Lafon Cathy,  » Pollution de l’air : la couche d’ozone va mieux ! », maplanete.fr, Blog Sud-Ouest, 14/09/2014, http://maplanete.blogs.sudouest.fr/archive/2014/09/12/pollution-de-l-air-la-couche-d-ozone-va-mieux-1026404.html .

[9] « Pollution de l’air ou pollution atmosphérique : définition », op. cit.

[10] Ibid.

[11] « Vu des Etats-Unis, il y a urgence, Paris étouffe ! », New York Times, 15/04/2015.

[12] Signé en 1997, « le protocole de Kyoto fixe des objectifs de réduction de gaz à effet de serre à une quarantaine de pays industrialisés, fait suite à la Convention sur le climat de 1992. Ouvert aux Etats parties à la Convention, il a été ratifié par 190 pays [octobre 2010]. Il ne comporte toutefois d’engagement que pour 38 pays industrialisés, avec un objectif de réduction moyenne de 5,2 % par rapport aux émissions de 1992 des émissions de six gaz à effet de serre entre 2008 et 2012 », http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/changement-climatique/nouvel-accord-international.shtml . Pour faire le point sur ses résultats, on peut lire Elisa Bellanger, « Protocole de Kyoto : dix ans après, tout reste à faire », Le Monde.fr, 16.02.2015, http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/02/16/protocole-de-kyoto-tout-reste-a-faire_4577299_4355770.html .

[13] Ibid. Cf. aussi Fialka John J., “Discovery of ‘Asian Brown Cloud’ over Indian Ocean sets off fight”, The Wall Street Journal, May 6, 2003.

[14] « Les principaux gaz à effet de serre (GES) d’origine humaine sont le dioxyde de carbone (CO2), issu à 80 % de la combustion des ressources fossiles (charbon, pétrole et gaz), le méthane (CH4), produit notamment par l’élevage (digestion des ruminants et lisier), ainsi que l’exploitation pétrolière et gazière, et le protoxyde d’azote (N2O), issu des engrais azotés et de certains procédés industriels. Certains gaz fluorés jouent un rôle mineur. Historiquement, les pays riches, pour l’essentiel Etats-Unis et Europe, sont les principaux responsables des rejets carbonés. Environ les deux tiers des émissions cumulées depuis 1850 leur sont imputables. Mais, ces dernières années, la part des nations émergentes a fortement augmenté. La Chine est maintenant le premier émetteur de GES (23,2 % du total mondial en 2012), devant les Etats-Unis (12,6 %), l’Union européenne (8,9 %), l’Inde (6,3 %), la Russie (4,9 %), l’Indonésie (4,3 %) et le Japon (2,6 %), selon les données du World Resources Institute. », in Garric Audrey et Le Hir Pierre, « Le réchauffement climatique en 10 questions », Le Monde, 27.11.2015.

[15] Ibid.

[16]  Comme le souligne Michael Freilich, directeur de la division Sciences de la Terre à la Nasa, « Plus de 150 millions de personnes, principalement en Asie, vivent dans des zones situées à moins d’un mètre de l’actuel niveau des mers », rappelant que les grandes marées causent déjà des inondations dans certaines rues de Miami, ce qui n’était pas le cas par le passé. « Certaines îles du Pacifique pourraient être entièrement éliminées et des grandes villes comme Dhaka, au Bangladesh, Singapour ou Tokyo seront grandement touchées », in « La montée des eaux pourrait submerger une partie du littoral français selon la Nasa, SudOuest.fr avec AFP, 27/08/2015.

[17] « Tuvalu : le premier Etat au monde, victime du réchauffement climatique », notre-planete.info, 21 février 2002, http://www.notre-planete.info/actualites/lireactus.php?id=69

[18] « Réchauffement climatique : les îles, premières concernées par la montée des eaux, lancent un cri d’alarme », Le HuffPost/AFP, 05/06/2014. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, près de 250 millions de personnes seront déplacées d’ici à 2050 à cause de conditions météorologiques extrêmes, de la baisse des réserves d’eau et d’une dégradation des terres agricoles, in Audrey Garric et Pierre Le Hir, op. cit.

[19] Kempf Hervé, Comment les riches détruisent la planète, Paris : coll. Essais/Points, éditions du Seuil, 2007, pp. 17-18.

[20] Foucart Stéphane, « L’acidification des océans aura d’importantes conséquences pour la biodiversité », Le Monde.fr, 08. 10. 2014.

[21] Conférence des Nations unies aux Brésil sur la biodiversité (2006).

[22] Garric Audrey, “Le 7ème continent de plastique : ces tourbillons de déchets dans les océans”, Le Monde.fr, 09/05/2012.

[23] Valo Martine, “Un appel pour sauver la haute mer, un Etat en déliquescence”, Le Monde.fr, 24.06.2014.

[24] Cf. Frédéric Lasserre, « La géopolitique de l’Arctique : sous le signe de la coopération », CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 26/11/2015, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part5/la-geopolitique-de-l-arctique-sous-le-signe-de-la-cooperation

[25] Si la « périurbanisation se présente comme une extension urbaine et à vocation à être reliée à un pôle urbain », il n’en est pas de même pour « la « rurbanisation qui ne prétend pas offrir à ses adeptes les facilités qu’on ne trouve habituellement pas à la campagne », in http://www.insee.fr/fr/insee_regions/pays-de-la-loire/themes/dossiers/dossier38/dossier38_ch01.pdf .

[26] Walsh Bryan, « Focusing on industrial pollution », science.time.com, 2013/11/04, http://science.time.com/2013/11/04/urban-wastelands-the-worlds-10-most-polluted-places/ .

[27] Cf. sur le sujet, la catastrophe de Bhopal en 1984, la pire dans l’histoire industrielle mondiale, qui a fait des dizaines de milliers de victimes et continue aujourd’hui de faire sentir ses effets, très négatifs sur l’environnement et la population locale, après qu’un nuage de gaz toxique se fut échappé de l’usine de pesticides du groupe américain Union Carbide. Malgré les séquelles de ce désastre, la compagnie Dow Chemical, qui a racheté depuis l’usine estime que sa responsabilité n’est plus engagée depuis le versement de 470 millions de dollars d’indemnisation, ce que contestent les populations et ONG locales.

[28] Si l’on prend le cas de la France, ce ne sont pas seulement des entreprises privées qui sont concernées par ces pratiques d’enfouissement des déchets toxiques et de leur abandon sans précaution ; l’Etat est également pointé du doigt avec des pratiques laxistes de décontamination (amiante, radioactivité, arsenic, etc.), impliquant des installations civiles ou militaires associées à différents types d’activité, in Oultaf Sarah, “Pollution des sols, le scandale cache”, France 5, 20 janvier 2015.

[29] Voosen Paul, « Wasteland : No one talks much about toxic Superfund sites anymore. But 49 million Americans live close to one”, National Geographic, décember 2014, http://ngm.nationalgeographic.com/2014/12/superfund/voosen-text . cf. également, “New Report cites the world’s worst polluted places: top ten toxic threats in 2013: Cleanup, Progress and Ongoing Challenges”, http://www.blacksmithinstitute.org/blacksmith-institute-to-lead-global-inventory-of-polluted-sites.html

[30] Le Quotidien suisse Le Temps de Genève signale ainsi un accord de libre-échange entre les Philippines et le Japon, qui supprime tous les contrôles sanitaires des déchets aux Philippines, Hoda Saliby, “Afrique et Asie, poubelles à déchets des pays riches”, Courrier International, 30/11/2006.

[31]  Checola Laurent et Dumons Olivier, « Les pays émergent,s poubelles de l’Occident », Le Monde, 14.06.2007.

http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2006/11/28/afrique-et-asie-poubelles-a-dechets-des-pays-riches

[32] Crowder Lindsay, “Illegal drugs and the environment”, Greeniacs.com, 09 July 2009, http://www.greeniacs.com/GreeniacsArticles/Green-Living/Illegal-Drugs-and-the-Environment.html .

[33] Larsen Niels, “The poppies and the damage done”, Frontier (Leading the way), 10 Aug. 2015, http://www.frontiermyanmar.net/the-poppies-and-the-damage-done/ .

[34] Le Nir Anne, « Les habitants de la Campanie se battent contre la pollution illégale », La Croix, 3/12/13.

http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Les-habitants-de-la-Campanie-se-battent-contre-la-pollution-illegale-2013-12-03-1070198 .

[35] Raffaele Del Giudice, de l’ONG Legambiente explique l’origine du terme. Des feux toxiques sont allumés par des petites mains de la façon suivante : « Des pneus servent de lit de combustion pour brûler des ordures mêlées à des panneaux d’Eternit, des frigos désossés, des déchets agricoles et industriels, des solvants et des rebuts de cuir en quantité considérable. » Car les environs de Naples fourmillent d’ateliers clandestins qui fabriquent des articles en cuir pour des griffes mondialement célèbres, ibid.

[36] Ibid.

[37] Ridet Philippe, « A Naples, des cancers dus aux déchets toxiques », Le Monde 05.01.2016.

[38] Van Eeckhout Laetitia,  « Ressources naturelles : l’humanité vit « à crédit » pour le reste de l’année », Le Monde.fr, 19.08.2014. http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2014/08/19/ressources-naturelles-l-humanite-vit-a-credit-pour-le-reste-de-l-annee_4473543_3244.html .

[39] Comme le souligne Philippe Descamps, « Au-delà, on ne peut écarter un emballement, avec une déglaciation rapide du Groenland, une modification de la circulation océanique profonde et un dégel du pergélisol dans les terres boréales, entraînant la libération massive de CO2 », « Comment éviter le chaos climatique : de la science à la politique », Le Monde Diplomatique, Novembre 2015, p. 13. Pour Éric Martin, « Deux degrés de plus » seraient « deux degrés de trop », car « on ne connaît pas avec précision le seuil à partir duquel le réchauffement climatique serait catastrophique : « Il se situe probablement entre 1 et 4° C et un tel processus, irréversible, conduirait à une élévation du niveau moyen des océans, de 7 mètres », Ibid., p. 15.

[40] « COP21 : l’accord destiné à limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C est adopté par les 195 pays », 12/12/2015, http://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/cop21/cop21-les-principales-annonces-de-laurent-fabius-sur-le-projet-d-accord-final_1218669.html

[41] « Finance et climat : assurer une transition ordonnée vers une économie décarbonée », Empreinte Terre, Novethic, 22 mai 2015, http://www.novethic.fr/empreinte-terre/climat/isr-rse/finance-et-climat-assurer-une-transition-ordonnee-vers-une-economie-decarbonee-143327.html

[42] Jean Jouzel, « Pourquoi un monde à plus de 2° C est dangereux », Alternatives Internationales, n° 17, Novembre 2015, pp. 6-9.

Fondements épistémologiques d’une démarche mondiologique


Extrait du chapitre 1 de l’ouvrage suivant : Bernard Sionneau, Carlos Rabasso et Fco. Javier Rabasso, Le management responsable : approche critique et transculturelle, Paris : ed. ellipses, gestion, 2017, pp.37-54.

Les choix théoriques et méthodologiques proposés pour déployer cette « Mondiologie[1] », sont contenus dans le texte qui suit.

Philosophie politique : à l’examen des faits, et sur le très long terme, il apparaît clairement que l’Humanité possède une spécificité. Elle seule est, en effet, capable, en tant qu’espèce, d’organiser sa propre autodestruction de deux façons : par l’exercice de la violence destructrice illimitée (organisée ou spontanée) sous diverses formes qui est une constante de l’Histoire Universelle ; et, par l’anéantissement de son environnement naturel. La conception et la prolifération d’armes de destruction massive (nucléaire, biologique, chimique), l’utilisation d’armes de terrain toujours plus dévastatrices, ainsi que le déploiement planétaire de formes de création de valeur à partir de la prédation industrielle de toutes les ressources naturelles exploitables, contribuent déjà à la matérialisation de ces deux possibilités. A la lecture de ces données, il apparaît donc, tout aussi clairement, que l’Homme n’est pas « naturellement bon » ; si l’Homme était « bon », cela se saurait ; et notre planète,après avoir survécu à différents âges difficiles de gestation, et nonobstant la survenue d’accidents extra-atmosphériques, serait un« Paradis ». Dans la mesure où malgré des siècles d’innovation dans tous les domaines de la science et de la technique ou dans ceux de l’organisation politique et économique des sociétés humaines, ce n’est pas le cas, il importe de faire de cette réalité le fondement de toute analyse consacrée à la volonté de comprendre notre monde. La « Mondiologie » s’intéressera alors en priorité aux phénomènes qui, dans les sociétés humaines, contribuent à une « expression institutionnelle de la malfaisance » ;ce dernier concept sera compris, ici, de façon très simple, comme « l’étude des élites, de leurs interactions et de leurs dispositifs politiques, économiques et sociaux contribuant à la mise en œuvre et à la légitimation de décisions contrevenant aux chartes universelles du 20ème siècle[2] et participant à la mise en danger du patrimoine naturel de l’Humanité». Ce faisant, parmi les objets d’étude de la« Mondiologie », seront privilégiés l’identification et l’examen des catégories de populations qui, à l’échelle du globe et de nos sociétés, ont la capacité de prendre et d’imposer des décisions qui servent leurs intérêts immédiats, tout en oubliant/refusant d’en envisager les conséquences sociétales les plus destructrices. Seront également inclus dans cette approche, l’étude de leurs décisions, interactions et dispositifs qui leur permettent de passer outre les intérêts et la volonté du plus grand nombre, ainsi que leurs conséquences sociétales.

Sociologie Politique[3] : au centre des préoccupations de la Mondiologie, l’étude du Pouvoir et des Pouvoirs (institutions, dynamiques et élites) dont les interactions et décisions impactent de façon létale la santé de la planète et des sociétés humaines. L’étude de ces impacts doit en effet nous permettre de saisir leur véritable étendue et, partant d’un diagnostic précis, de vérifier s’il existe (ou non) des contre-pouvoirs capables d’équilibrer l’influence de ces institutions et élites dominantes, en leur opposant discours et solutions permettant, aussi bien d’assurer le respect des droits humains fondamentaux, que celui de l’environnement naturel des Hommes. Au départ de cette réflexion sur le Pouvoir et les Pouvoirs du Monde :l’hypothèse en fonction de laquelle le pouvoir, en tant qu’élément de domination (Platon[4]) et de contrainte (Machiavel[5]),s’inscrit dans la dynamique comme « un effort pour contraindre, influencer[6] » et donc, dans l’interaction, elle-même conditionnée par une distribution inégale de ressources. Le caractère antagonique de cette relation,de même que la dénégation éventuelle du vouloir des dominés, sont illustrés parla définition donnée par Max Weber pour qui « le pouvoir (Macht) signifie toute chance de faire triompher, au sein d’une relation sociale sa propre volonté, même contre des résistances ; peu importe sur quoi repose cette chance »[7].

 Dans l’appréhension du phénomène, le conflit d’intérêt « actuel et observable », occupe une place de choix comme chez Robert Dahl(1957, 1961, 1969)[8] ou Nelson Polsby (1963)[9] qui se concentrent sur les acteurs (ainsi que leur comportement) parvenant à imposer leurs vues et solutions dans un processus de négociation ; ou chez Peter Bachrach et Morton Baratz (1963)[10] qui choisissent de traiter, non seulement des participants au processus de décision politique, mais également de ceux qui en sont exclus, révélant ainsi les biais formulés à l’encontre de certains groupes et la suppression de leur participation et revendications, de l’agenda politique des autorités ;  ou, encore, chez Steven Lukes (1982)[11] pour lequel les décideurs fonctionnent dans un univers institutionnel et normatif où prédomine, la plupart du temps, une idéologie politique reflétant la nature des relations économiques et sociales à une époque. En d’autres termes, une posture idéologique sert les intérêts d’un groupe dominant et peut être considérée comme un élément fondamental de leur pouvoir. Par le contrôle de l’information et des mass media, mais aussi par les processus de socialisation opérant dès le plus jeune âge, se déploie alors la forme suprême de Pouvoir. Celle-ci parvient à modeler les attentes ou les désirs des individus, de telle sorte qu’il n’existe plus de conflit, mais, comme le dirait Pierre Bourdieu « un consensus fabriqué par violence symbolique »[12].

La problématique des « élites » complète,presque « naturellement[13] »,notre réflexion sur le pouvoir, et peut être utilement confrontée aux différents éclairages historiques proposés par les spécialistes de cette thématique, tout en évitant d’en intégrer les choix politiques. Cette problématique s’inscrit dans une vision «réaliste » souvent pessimiste et parfois « cynique » de l’action politique, en fonction de laquelle, dans toute société, l’inégalité est plutôt la règle que l’exception, et, la démocratie, souvent une illusion, voire une mystification. Pour les« élitistes »,  partout est toujours, le pouvoir est exercé par une minorité restreinte qui s’impose aux masses, un postulat de base qui leur fait souvent réduire l’histoire des sociétés à la lutte des élites pour le pouvoir. Ainsi, pour un Vilfredo Pareto(1917)[14],fervent partisan du libéralisme économique et adversaire du socialisme, malgré la division des sociétés en classes, celles-ci ne sont pas séparées, et de même qu’il existe une circulation entre ces différentes classes, il existe une circulation entre la classe des « élites gouvernementales » et la classes de « l’élite non gouvernementale », assurant ainsi le renouvellement de la première – la mobilité sociale constituant, par là même,le meilleur antidote contre les révolutions. Pour le conservateur Gaetano Mosca(1896)[15], c’est à une minorité organisée, véritable « classe dirigeante politique » (il préfère cette expression plus neutre à celle d’ « élites ») une classe qui est, soit,« ouverte » (démocratique) ou « fermée » (aristocratique) -qu’il revient d’exercer le pouvoir, faisant remarquer que ce ne sont pas les peuples qui choisissent les élus, mais la classe dirigeante qui fait élire ses députés. Pour le socialiste révolutionnaire Robert Michels[16] (1914), gouvernements ou partis, quelle que soit leur couleur politique, sont avant tout des organisations dont les principales tendances sont la bureaucratisation et la « loi d’airain de l’oligarchie »,redevable, pour la seconde, autant à la tendance des chefs à vouloir perpétuer et renforcer leur autorité, qu’à l’inertie des masses, toujours prêtes à abandonner volontairement leur sort à une minorité de spécialistes. Terminons ce panorama des apports à une réflexion sur les « élites » avec les œuvres, plus proches dans le temps. Le sociologue radical, Charles Wright Mills (1956)[17],identifie ainsi, aux Etats-Unis, une élite restreinte (« national upper class ») qui s’apparente à une « oligarchie non élue »prenant les décisions capitales auxquelles ne sont pas associés les citoyens ; trois groupes constituent cette élite sans toutefois former une classe sociale parfaitement unie ; ses membres occupent le sommet des institutions politique, économique et militaire, naviguant de façon très fluide entre ces trois univers formant ainsi le sommet d’un « triangle du pouvoir », dominant de leur hauteur la strate intermédiaire des leaders de groupes d’intérêts, des législateurs et des politiciens locaux et la strate inférieure, composée des « gens ordinaires » et constituant la base de ce triangle. Mills, partisan d’un changement social est convaincu que la pensée critique constitue un moyen essentiel d’accès à la connaissance qui en permettra la survenue, et à la création d’une véritable « imagination sociologique[18] ».

Derniers apports de la sociologie politique à notre mise en œuvre d’une démarche« mondiologique », ceux d’Antonio Gramsci et de Noam Chomsky. L’apport de Gramsci (1926-1937[19]),premier secrétaire général du Parti Communiste italien, c’est l’idée quel’organisation de la culture est « organiquement »liée au pouvoir dominant : «Avec tout groupe social, qui naît sur le terrain originaire d’une fonction essentielle dans le monde de la production économique, se crée, en même temps,de façon organique, une ou plusieurs couches d’intellectuels qui lui apportent homogénéité et conscience de sa propre fonction, non seulement dans le domaine économique, mais également dans le domaine social et politique [20]».Gramsci appelle ainsi les entrepreneurs capitalistes, les techniciens d’industrie ou les savants en économie politique, des « intellectuels organiques », parce qu’ils sont les organisateurs d’une culture nouvelle, d’un droit nouveau irriguant la société civile (l’une des deux composantes de la superstructure, l’autre étant la société politique). Quant à Noam Chomsky[21],l’un des animateurs de la « NewLeft [22]» aux Etats-Unis,  il dressera, en 1969, un réquisitoire, contre ceux qu’il appelle les «nouveaux mandarins » une caste de « technologues » proches du pouvoir, une intelligentsia, composée d’intellectuels de toutes catégories : mathématiciens,ingénieurs, économistes, sociologues, experts en relations internationales[23]et science politique, journalistes, etc. qui justifient l’expansionnisme impérial des Etats-Unis contenu dans sa politique étrangère[24].

Relations Internationales[25] : ce champ disciplinaire très large[26]constitue le troisième apport majeur à la formation des « mondiologues » dont l’existence est appelée de ses vœux par le sociologue Edgard Morin[27].De fait, en ce début de troisième millénaire, les enseignements classiques dispensés en Economie, Gestion ou Finance, n’intègrent toujours pas, dans leurs cursus, de préparation à la lecture d’un environnement international non réductible aux seules dimensions du marché. L’« Economicisme[28] », dont les principales déclinaisons théoriques ont réduit l’activité humaine à des choix individuels et des calculs de maximisation avec pour seul objectif l’accumulation de capital par « l’homo œconomicus[29] », est alors (et reste)  incapable de faire le lien entre la mondialisation, les fractures nationales et planétaires (externalités négatives) et d’en concevoir les conséquences sociétales en termes de « risques pour les pays » et de « risques de système ».

C’est donc pour mettre à la disposition des citoyens des clés de lecture pour comprendre leur Monde et pour compléter la formation des futurs ou actuels managers – trop souvent nourris de macro ou de micro-économie, de théories ou de techniques financières, mais sevrés de Relations Internationales – que cette contribution à la Mondiologie a été conçue. Elle fait la part belle au courant de la Sociologie des Relations Internationales, porté en France par l’œuvre de Marcel Merle dans les années 1970[30]et qui n’a pas pris une ride. Elle intègre également les travaux de nombreux auteurs français[31]: économistes atypiques (car attachés à l’étude des réalités contemporaines[32]),géographes, sociologues, ou spécialistes des relations internationales, dont les écrits ont marqué la production scientifique des années 1990[33].Réalisés dans le courant de cette décennie particulièrement productive en France, les travaux de Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts[34],ceux de Zaki Laïdi[35],de Philippe Moreau-Defarges[36],de Michel Beaud[37],d’Olivier Dollfus[38],de Marie-Françoise Durand, Jacques Lévy et Denis Retaillé[39] et ceux de François Chesnais[40],partagent deux points communs : tout d’abord, celui de se féconder mutuellement; la plupart des auteurs, malgré parfois une appartenance à des disciplines différentes, font référence à leurs travaux respectifs qui se complètent; ensuite, celui d’avoir fourni, déjà à cette époque, un nombre significatif de clés d’analyse qui nous paraissent essentielles, non seulement pour faire évoluer la formation à la lecture de notre « monde mondialisé », mais aussi pour en évaluer, tant les opportunités, que les risques opérationnels et sociétaux induits. La « Systémique »est aussi un choix commun fait par les auteurs dont nous avons mobilisé les contributions pour dire le Monde : elle répond à leur volonté de saisir une réalité mondiale qu’ils conçoivent comme un ensemble hiérarchisé, dont les principaux éléments (facteurs et acteurs) sont en position d’interdépendance et ne peuvent être isolés les uns des autres; elle répond également à leur souhait(complémentaire) de dépasser les lectures unidimensionnelles et disciplinaires et de choisir l’inter- ou la pluridisciplinarité[41],afin de pouvoir replacer chaque problème (crises, krachs, etc.) dans cet ensemble. La systémique revendiquée par ces auteurs ambitionne donc d’articuler le tout et ses parties, le global et le particulier en un aller-retour incessant; simple métaphore pour certains, elle représente, pour d’autres, un moyen de construire des outils de pensée capables de lier entre eux les savoirs spécialisés.


[1] Le terme est issu d’une citation de l’écrivain argentin Ernesto Sabato (1911-2011) : « Il nous faut des mondiologues », citation faite par Edgard Morin au début d’un ouvrage co-écrit avec Anne-Brigitte Kern, Terre Patrie, Paris : Seuil, 1993, p. 7.

[2] UNO Universal Declaration of Human Rights, ILO Declaration of Fundamental Principles and Rights at Work, Stockholm, Rio, Johannesburg Declarations and Agenda 21.

[3] Nos travaux s’inscrivent dans une problématique générale de la Sociologie Politique, entendue comme « Science du Pouvoir». La question centrale autour de laquelle la démarche de recherche s’organise est la suivante : Qui gouverne vraiment? Des questions complémentaires viennent en éclairer la portée : Qui a la capacité de prendre des décisions dont les effets affectent de façon parfois irréversible les organisations sociales qui en sont la source et le contexte ? Quels sont les enjeux et les intérêts identifiables, à l’origine de ces décisions ? Quelles sont les conséquences de ces décisions (en termes de sécurité, de prospérité) pour les pays, les sociétés, mais aussi pour la planète ?

[4] La République, l’une des œuvres de Platon (424-347 av. J.-C) sous forme de dialogues, est souvent citée comme la première œuvre de philosophie politique grecque et  la première philosophie politique des élites.

[5] Parmi les textes incontournables de Machiavel, on lira avec profit : « De Pincipatibus, (Le Prince) », « Discours sur la Première Décade de Tite-Live », et « De Re Militari (L’Art de la Guerre) », in Machiavel : Œuvres Complètes, Paris : Bibliothèque de la Pléiade: nrf Gallimard, 1952.

[6] « La Science Politique » in Madeleine Grawitz, Méthodes des Sciences Sociales, Paris : Dalloz, 10ème édition, 1996, p. 258.

[7] Cité in Philippe Braud, “Du pouvoir en général au pouvoir politique”, in Madeleine Grawitz et Jean Leca, Traité de Science Politique, Tome 1 : La science politique science sociale, L’ordre Politique, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 1985, Max Weber, Economie et Société, Paris : Plon, t. I, p. 56. , cité in Philippe Braud, op. cit., p. 336.

[8] Robert Dahl, “The concept of power”, Systems Research and Behavioral Science, Volume 2, Issue 3, 1957, pp. 201–215; Robert Dahl, Who Governs, New Haven: Yale University Press, 1961; Robert Dahl, “Power” in International Encyclopedia of the Social Sciences, New York: The Free Press, 1969.

[9] Nelson W. Polsby, Community, Power and Political Theory, New Haven: Yale University Press, 1963.

[10] Peter Bachrach, Morton Baratz, “Decisions and non-decisions: an analytical framework”, American Political Science Review, 57, 1963, p. 632.

[11] Steven Lukes, Power. A radical View, London: The Mac Millan Press, 1982.

[12] Ibid.

[13] Comme l’écrivait Jean Touchard, « Les méditations sur la décadence s’accompagnent souvent d’une réflexion sur les élites », in Histoire des Idées Politiques : T2 – Du XVIIIème siècle à nos jours, Presses Universitaires de France, 7ème édition, 4ème trimestre 1975, p. 819. Pour un panorama complet, cf. William Genyes, Sociologie des Elites, Paris : Armand Colin, 2011.

[14] Vilfredo Pareto, Traité de Sociologie Générale, Paris-Genève : Librairie Droz, 1re édition, 1917. Né à Paris en 1848 et mort à Céligny (Genève) en 1923, Pareto succéda à Léon Walras dans la chaire d’Économie politique de l’Université de Lausanne. Dans cette Université, il enseigna aussi la sociologie et la science politique, http://classiques.uqac.ca/classiques/pareto_wilfredo/traite_socio_generale/traite_socio_gen.html .

[15] Gaetano Mosca, Elementi di Scienza Politica, Rome : Bocca, 1896 ; ce livre a été traduit en anglais sous le titre suivant : The Ruling Class, New-York : Mc Graw-Hill, 1939.

[16] Robert Michels, Les partis politiques – Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, trad. Française., Paris : Flammarion, 1914.

[17] Charles Wright Mills, The Power Elite, New York, Oxford: U.P., 1956; Première édition française sous le titre L’Élite du Pouvoir, Paris : François Maspero 1969.

[18] Charles Wright Mills, The Sociological Imagination, New York: Oxford Univ. Press, 1959.

[19] Il écrira ses « Cahiers de Prison » (Quaderni del carcere) entre 1926 et 1937. Cf. Antonio Gramsci, Quaderni del carcere, édition établie par Valentino Gerratana, Turin, Einaudi, 1975 et pour une édition française, Cahiers de prison, nrf Gallimard, Bibliothèque de Philosophie, traduit de l’italien par F. Bouillot et G. Granel, avant-propos, notices et notes de Robert Paris, 1990.

[20] Attilio Monasta, « L’intellectuel organique selon Gramsci », http://agora.qc.ca/documents/intellectuellintellectuel_organique_selon_gramsci_par_attilio_monasta (accès au 03/06.2016.

[21] Noam Chomsky, « The responsibility of intellectuals », The New York Review of Books, 23 Feb 1967, http://www.nybooks.com/articles/1967/02/23/a-special-supplement-the-responsibility-of-intelle/ (accès au 03/06/2016), propos repris dans American Power and The New Mandarins, New York: Pantheon Books, 1969.

[22] Pour comprendre ce que fut la New Left et la façon dont elle fut utilisée par les réseaux conservateurs et néo-conservateurs pour transformer la vision du monde et des politiques publiques des principaux milieux dirigeants aux Etats-Unis, cf. Bernard Sionneau, « Contre-culture, Néoconservatisme et Nouvelle Droite Bis », in La construction du conservatisme moderne aux Etats-Unis », Paris : L’Harmattan, 2012, pp. 74-89,

[23] Sur la question,cf. Michel Dusclaud et Bernard Sionneau, « Théories américaines des relations internationales: Aux origines des controverses et des paradigmes fondateurs, Revue d’Histoire Diplomatique,2012 (4),  p. 373-413, http://pedone.info/rhd/2012-4/04-Dusclaud.html 

[24] Pour une illustration de cette thèse, cf. Colin S. Gray, « What Rand has wrought », Foreign Policy n°4, Fall 1971et Allen S. Whiting, « The Scholar and the Policy-Maker », World Politics, vol. XXIV, Spring 1972.

[25] Pour une présentation des grands paradigmes de la discipline, on peut lire Michel Dusclaud et Bernard Sionneau, op.cit.

[26] Lorsque l’on confronte la production française et la production américaine, trois remarques s’imposent : tout d’abord, la recherche française en relations internationales est fortement marquée par  une approche juridique et institutionnelle; ensuite, à l’inverse de la démarche américaine, peu d’auteurs français parmi les fondateurs tentent le pari de la théorisation; enfin, jusqu’au début des années 1980, un certain nombre d’auteurs choisit de développer une interprétation marxiste du milieu international. On peut essayer de répertorier les principaux axes de recherche retenus par les fondateurs sous les intitulés suivants (tout en précisant que les problématiques retenues par les auteurs inscrits sous une même rubrique peuvent être différentes) : les approches sociologiques des relations internationales avec Raymond Aron  et  Marcel Merle ; les approches juridiques et institutionnelles avec Claude- Albert Colliard , Paul Reuter et Jean Combacau ; les approches empirico-descriptives avec Charles Zorgbibe  et Philippe Moreau-Defarges ; les approches historiques avec Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle ; et pour finir, les approches marxistes avec Pierre-François Gonidec, Robert Charvin et Albert Marouani. Cf. Raymond Aron, Paix et guerre entre les nations, Paris : Calmann-Lévy, 8ème édition, 1984 (1ère édition, 1962), Marcel Merle, Sociologie des relations internationales, Paris : Dalloz, 4ème édition, 1988 (1ère édition, 1974). Claude-Albert Colliard, Institutions des relations internationales, Paris : Dalloz, 9ème éditions, 1990 (1ère édition, 1960).  Paul Reuter et Jean Combacau, Institutions et relations internationales, Paris : Thémis, Presses Universitaires de France, 4ème édition, 1988 (1ère édition, 1980). Charles Zorgbibe, Les relations internationales, Paris : Thémis, Presses Universitaires de France, 3ème édition, 1983 (1ère édition, 1975).  Philippe Moreau-Defarges, Les relations internationales dans le monde d’aujourd’hui, Paris : Editions STH, 4ème édition, 1992 (1ère édition, 1981). Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle, Introduction à l’histoire des relations internationales,  Paris : Armand Colin, 4ème édition, 1991, Jean Baptiste Duroselle, Tout empire périra : théorie des relations internationales, Armand Colin, 1992 (1ère édition, 1981). Pierre-François Gonidec, Robert Charvin, Relations Internationales, Paris : Précis Domat, Montchrestien, 1981; Robert Charvin, Albert Marouani, Les relations internationales des Etats socialistes, Paris : Thémis, Presses Universitaires de France, 1981.

[27] Le terme est de l’écrivain argentin Ernesto Sabato cité par Edgar Morin. Cf. la note n°9.

[28] Guy Roustang, « L’imaginaire économiciste et la question du sens », Nouvelle revue de psychosociologie 2/ 2006 (no 2), p. 33-45, http://www.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2006-2-page-33.htm (accès au 04/06/2016).

[29] Cf. Josette Combes. « Pour en finir avec l’économicisme, une autre rationalité économique », Xèmes Rencontres du RIUESS, Luxembourg 2, 3, 4 juin 2010, http://base.socioeco.org/docs/_index99.pdf .

[30] Marcel Merle, Sociologie des relations internationales, Dalloz, 4ème édition, Paris, 1988 (1ère édition, 1974); Merle Marcel., Les acteurs dans les relations internationales, Economica, Paris, 1986; Marcel Merle, Forces et Enjeux des relations internationales, Paris : Economica, 2ème éd., 1985; Marcel Merle, « L’international sans territoire? » in Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts, « L’International sans Territoire », Cultures & Conflits, Paris : L’Harmattan, septembre 1996.

[31] Nous avons présenté les travaux de tous ces auteurs dans l’ouvrage numérique suivant : Bernard Sionneau, Relations internationales pour les managers. L’apport français des années 1990, avec une préface de Christian Dargnat, Directeur Général de BNPP Asset Management, Chicoutimi, Québec: Les Classiques des sciences sociales, 2014, 187pp. http://classiques.uqac.ca/contemporains/sionneau_bernard/Relations_internationales_managers/relations.html .

[32] Michel Beaud et Gilles Dostaller précisent : « Dans le domaine de la science économique, « […] Les quarante dernières années ont été marquées par une prolifération démesurée de travaux théoriques formalisés sur les marchés, les équilibres, les choix et les stratégies. L’étude des réalités économiques contemporaines est désormais considérée comme une activité de deuxième rang, rattachée à la précédente par quelques passerelles », in La Pensée Economique Depuis Keynes, Paris : Seuil, 1993, pp. 205-210.

[33] Pour une présentation des travaux de ces auteurs, cf. Bernard Sionneau, Relations Internationales pour les Managers, Chicoutimi, Ca : Les Classiques des Sciences Sociales, 2014, http://classiques.uqac.ca/contemporains/sionneau_bernard/Relations_internationales_managers/relations.html, (accès au 04/06/2016).

[34] Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts, « L’International sans Territoire », Cultures & Conflits, L’Harmattan, septembre 1996; Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts, Le retournement du monde, Paris : Presses de la FNSP, Dalloz, p.1992.

[35] Zaki Laïdi « Sens et puissance dans le système international », in Zaki Laïdi (sous la direction de), L’ordre mondial relâché,  Paris : Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques,  2ème édition, 1993; Zaki Laïdi, Un  monde privé de sens, Paris : Fayard, 1994; Zaki Laïdi « Après les guerres, la mêlée généralisée », Le Monde Diplomatique, Janvier 1996, p.20.

[36] Philippe Moreau-Defarges La Mondialisation : Vers la fin des frontières?, Paris : Dunod, 1993; Philippe Moreau-Defarges, L’ordre mondial, Paris : A. Colin, Paris, 1998;  Philippe Moreau-Defarges, La Mondialisation : Vers la fin des frontières?, Paris : Dunod, 1993;

[37] Michel Beaud, « A partir de l’économie mondiale : esquisse d’une analyse du système-monde », in Jacques Bidet et Jacques Texier (sous la direction de), Le nouveau système du  monde, Paris : Presses Universitaires de France, 1994; Michel Beaud, Le basculement du monde, Paris : La Découverte, 1997.

[38] Olivier Dollfus, « Le monde est un chaos qui se déchiffre », Affiches de la géographie,  « La géographie : situer, évaluer, modéliser ». Grands colloques de prospective, Ministère de la Recherche et de la Technologie, Novembre 1990; Olivier Dollfus, L’Espace Monde, Paris : Economica, 1994; Dollfus Olivier, La nouvelle carte du monde, Paris : Presses Universitaires de France, 1995.

[39] Marie-Françoise Durand, Jacques Levy, Denis Retaillé, Le monde : espaces et systèmes, Paris : Presses de la FNSP, Dalloz, 1992. Pour un complément d’analyse, on lira également, Denis Retaillé., « L’impératif territorial », in Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts, « L’International sans territoire »,  Cultures et Conflits n°21-22, Printemps/Eté 1996, p.21-40; Levy J., « Espaces-monde, mode d’emploi », in Jacques Bidet et Jacques Texier (sous la direction de), Le nouveau système du monde, Paris : Presses Universitaires de France, 1994.

[40] François Chesnais, La mondialisation du capital, Paris : Syros, 2ème édition augmentée, 1997.

[41] Une précision, faite ici par Jean Piaget, sur le sens des termes « inter, pluri et trans- disciplinarité » peut être utile: la recherche pluridisciplinaire implique la collaboration de plusieurs sciences, chacune conservant sa spécificité; la recherche transdisciplinaire, qui se situe à un niveau d’abstraction élevé, utilise des théories et des concepts communs à toutes les sciences sociales; la recherche interdisciplinaire, implique confrontation, échange de méthodes, concepts et points de vue, in Madeleine Grawitz, Méthode des sciences sociales, 10ème édition, Paris : Dalloz, 1996, p.305.